Des Yéménites affichent leur soutien à Bachar al-Assad

Manifestation en soutien à Bachar al-Assad au Yémen, jeudi. Sur les pancartes, on peut lire : "Faire chuter le gouvernement syrien, c’est légitimer le chaos et blesser la dignité arabe". Photo postée sur Facebook. 
 
Des hommes en uniforme posant avec des portraits de Bachar al-Assad, le président syrien : on pourrait croire que ces images ont été filmées en Syrie. Ce rassemblement a pourtant eu lieu au Yémen.
 
Le 25 mars, une manifestation a été organisée à Sanaa, la capitale yéménite, en soutien au président syrien. Des dizaines de personnes, rejointes par des soldats yéménites, ont scandé le prénom de Bachar al-Assad, dont le régime est fragilisé par une rébellion qui dure depuis plus de deux ans.
 
Des soldats yéménites collent des portraits de Bachar al-Assad sur leur véhicule à Sanaa, en marge du rassemblement de mardi.  Images: Karem Ziraii.
 
Le conflit syrien a exacerbé les tensions confessionnelles, notamment entre les musulmans sunnites et chiites du pays. Ces derniers mois, des brigades djihadistes jouent un rôle de plus en plus important dans la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad, qui est membre de la minorité chiite alaouite. 

"Certains le soutiennent parce qu’il est chiite, d’autres parce qu’ils ne supportent pas l'idée d'une ingérence occidentale en Syrie"

Hind Aleryani est une activiste yéménite et journaliste qui vit entre Beyrouth et Sanaa, la capitale du Yémen.
 
De manière générale, ceux qui étaient contre la révolution et qui continuent à soutenir Ali Abdallah Saleh [l’ancien président contraint d’abandonner le pouvoir en 2011] ne veulent pas non plus voir la révolte syrienne aboutir. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils apprécient particulièrement Bachar al-Assad ou lui affichent leur soutien. Ils se concentrent davantage sur les questions internes du Yémen. Il existe, en revanche, deux groupes qui soutiennent ouvertement le président syrien.
 
D’une part, il y a les nationalistes arabes, pour qui le printemps arabe a été orchestré par l’Occident afin de diviser et d’affaiblir les pays arabes. Dans ce groupe, on trouve des membres de la communauté chiite ainsi que des sunnites. D’autre part, il y a les Houthis [un groupe insurrectionnel chiite basé dans le nord du Yémen et qui a combattu lors de plusieurs guerres le pouvoir central de Saleh qu’il accusait de discrimination]. Pour certains d’entre eux, notamment les plus religieux, il n’y a aucun doute sur le fait que leur soutien à Bachar est lié au fait que ce dernier est chiite aussi [de confession alaouite]. Pour d’autres, il s’agit d’avantage de l’expression d’une opinion politique. Tout comme les nationalistes arabes, ils ne supportent pas l’idée d’une ingérence occidentale en Syrie. Ils s’opposent aussi au soutien de l’Arabie saoudite à l’opposition syrienne puisque qu’ils n’ont aucune confiance dans le royaume wahhabite [à plusieurs reprises, l’Arabie saoudite voisine a soutenu militairement le pouvoir de Sanaa dans sa lutte contre l’insurrection Houthi].
 
Les Houthis brandissent souvent des photos de Bachar al-Assad ou des drapeaux syriens. On a notamment vu cela lorsqu’ils protestaient contre la visite du ministre turc des Affaires étrangères au Yémen l’année dernière. Pour eux, la Turquie est un des acteurs du 'complot' contre la Syrie. 

"Nous préférons sans hésitation le régime de Bachar al-Assad aux groupes djihadistes qui sont devenus intenables"

Ali al-Boukhiti est un représentant de la communauté houthie qui participe au dialogue national qui se tient actuellement au Yémen.
 
Les Houthis ont d’abord exprimé leur soutien aux manifestants syriens quand ils protestaient pacifiquement contre leur gouvernement il y a deux ans. Mais aujourd’hui, nous préfèrons, sans hésitation, le régime de Bachar al-Assad aux groupes djihadistes qui sont devenus intenables. Le soutien apporté par les États-Unis et l’Arabie saoudite aux rebelles syriens ne fait d’ailleurs qu’empirer les choses. Au moins, avec Bachar al-Assad, le peuple a plus de droits qu’en Arabie saoudite, où les femmes n’ont même pas le droit de conduire !
 
Nous, les Houthis, sommes très déçus de ce à quoi la révolution a abouti dans notre pays. Le mouvement de la première heure a été simplement confisqué par les Frères musulmans [des formations politiques issues de ce mouvement politique sunnite se sont imposées aussi aux lendemains des révolutions égyptienne et tunisienne]. Ce mouvement a été pendant des années un allié du gouvernement du président Ali Abdallah Saleh et n’a rejoint la révolution qu’au dernier moment, par opportunisme. Ils se sont assurés de bonnes places dans le gouvernement. Nous ne nous sommes pas battus pour en arriver là.
 


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