Le mémorial italien pour le "Boucher colonial" jugé intolérable en Éthiopie

Rodolfo Graziani pendant la seconde guerre mondiale.
 
Soixante-dix ans après la fin du régime mussolinien, certains Italiens continuent d’entretenir la nostalgie de l’époque fasciste. Dans le village d’Affile, la construction d’un monument à la mémoire de Rodolfo Graziani, général responsable du massacre de milliers de personnes dans l’Éthiopie sous occupation italienne, a provoqué la colère d’activistes à Addis-Abeba. 
 
Le mémorial de Rodolfo Graziani (1882-1955) a ouvert en août 2012 dans le petit village italien situé à l’est de Rome, suscitant la polémique. Alors que le maire de la ville y a vu un moyen "d’honorer un citoyen" d’Affile, où Graziani a vécu, le leader local du Parti démocrate, Esterino Montino, s’est insurgé de voir un monument érigé en l'honneur d'"un général coupable de crimes contre l’humanité en Éthiopie". Le coût du projet - 127 000 euros financé par l’impôt - fait lui aussi grincer des dents dans un pays frappé par la crise. Dans un style architectural abrupt typique des constructions fascistes, les visiteurs du mémorial peuvent voir une sculpture de la tête du général et trouver divers documents retraçant ses faits d’armes. En 2010, une application pour iPhone proposant des discours de Benito Mussolini avait aussi fait scandale.  
 
Photo du mémorial publiée sur Facebook par un groupe d'opposants au projet. 
 
La polémique s’est étendue en Éthiopie, qui a fait partie, avec la Libye, l’Erythrée et une partie de la Somalie, de l’empire colonial italien jusqu’à sa disparition en 1943. Car c’est en Afrique que Rodolfo Graziani a acquis son surnom de "Boucher". En Libye, il a maté la révolte anticoloniale au début des années 1920, avant d’organiser la déportation et la mort dans des camps de centaines de milliers de civils et de participer à la campagne de conquête de l’Éthiopie dont il deviendra vice-roi. En 1937, une tentative d’assassinat contre Graziani échoue de peu et déclenche une vague de répression qui causera la mort de 3 000 à 30 000 Éthiopiens, ce qui lui vaudra le surnom de "Boucher d’Éthiopie". Graziani restera fidèle au "Duce" après son renversement en 1943 et soutiendra les néo-fascistes italiens au début des années 1950. 
 
Opposés à ce mémorial, des manifestants se sont rassemblés le 17 mars dernier devant l’ambassade italienne d’Addis Abeba à l’appel du Blue Party, une formation politique d’opposition au gouvernement, et de l’association Ethiopian Visionary Youth Association. La police a néanmoins mis rapidement fin à la manifestation.
 
Manifestation devant l'ambassade italienne d'Addis-Abeba, le 17 mars. Vidéo via NitroEtiopian.
 
Contributeurs

"Ce monument est une insulte à notre mémoire"

Befeqadu Hailu vit à Addis-Abeba et a participé à la manifestation après laquelle il a été arrêté. Il se présente comme un opposant au gouvernement en place. Il tient un blog politique (en amharique).
 
Les manifestants avaient pour principal slogan : ‘Respecter Graziani, c’est manquer de respect à nos ancêtres’. Pour nous, la construction de ce monument, même à des milliers de kilomètres d’ici, est une insulte à notre pays et à notre mémoire. Ce général a massacré 30 000 personnes en Éthiopie, mais est aussi responsable de tueries massives en Libye et en Somalie, du temps où ces pays étaient des colonies italiennes.
 
À Addis-Abeba, il y a un monument à la mémoire des victimes des colons italiens. Néanmoins, la période coloniale est clairement du passé ici, et ce n’est pas une référence récurrente dans le débat public. Il n’y a pas particulièrement de sentiment anti-italien, nous avons conscience que les Italiens d’aujourd’hui ne sont pas responsables de ce qu’ont fait leurs ancêtres.
 
Graziani doit incarner pour certaines personnes une idée de la grandeur italienne passée. Mais ceux-là devraient comprendre que, pour nous, ce mémorial est intolérable.
 
Je ne pensais pas pouvoir me rendre à la manifestation pour des raisons professionnelles, mais finalement je suis passé devant l’ambassade italienne en voiture. Là, j’ai vu que la police arrêtait les manifestants, et j’ai donc pris des photos pour témoigner, ce qui m’a valu d’être moi aussi arrêté. Nous avons passé la nuit au poste, où nous avons été interrogés à plusieurs reprises sur les raisons de notre manifestation et avons du donner les mots de passes de nos comptes e-mail et sur les réseaux sociaux. Nous avions pourtant déposé une demande d’autorisation de manifester qui était restée sans réponse.
 

Commentaires

Ce monument Reflète le fond de l’âme de l’Italie et de sa popula

Ce monument Reflète le fond de l’âme de l’Italie et de sa population

"dans l’Éthiopie coloniale

"dans l’Éthiopie coloniale italienne" haha arrêter de modifier l'histoire des minorités, l’Éthiopie n'a jamais été colonisé par l'Italie, c'était le seul pays africain à dire NON aux colonisateurs, consultez les historiens et avant de raconter des conneries

Correction

Bonjour,
l'Éthiopie faisait effectivement partie des territoires occupés par l'Italie. Nous avons fait la modification.
Merci.

Bravo

Cher Hailum,
Vous avez la raison. le problème n'est que les journalistes surfirent une un faiblesse de distinguer
entre 'L' Occupation' et celle 'de la colonisation'
En fait, le fait quant à moi , c'est un acte déshonoré de touts fois. le parti au pouvoir y frites, les italiens ici; à Addis fessaient honte.

Monument à Graziani

Graziani est incontestablement un criminel de guerre, et sans doute auteur de crimes contre l'humanité, qui a sévi en Libye (gaz et camps de concentration) et en Éthiopie (gaz, exécutions sommaires de soldats, de civils, de moines, incendies de villages). Il a réussi à échapper à la justice, sans doute protégé par les fascistes demeurés dans l'administration après la guerre.
La 18e Conférence internationale des études éthiopiennes (Dirré-Dawa : novembre 2012) à laquelle j'ai assisté, a protesté à l'unanimité de ses participants contre l'édification de ce monument !

Alain Gascon
Professeur émérite (Institut français de géopolitique-Université Paris 8)
Ancien chargé de cours (civilisation) à l'INALCO



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