Construire un hélicoptère, le rêve d’une vie d’un habitant du Somaliland

L'hélicoptère de Said, avec le drapeau du Somaliland.
 
En octobre 2006, après un incendie meurtrier, Said Abdi Jidheh, mécanicien au Somaliland, a compris que les pompiers locaux manquaient cruellement d’un hélicoptère pour secourir les gens. Il s’est alors mis en tête d'en construire un.
 
Sept ans après avoir monté les premières pièces de son hélicoptère, malgré les galères et le temps passé sur son ouvrage, Saïd Abdi Jidheh n’a rien perdu de sa motivation. Notre Observateur est allé à sa rencontre dans son petit entrepôt d’Hargeisa, principale ville du Somaliland.
 
La République du Somaliland est un ensemble de régions administratives du nord-ouest de la Somalie, dont les habitants ont proclamé l’indépendance en 1991, une décision qui n’a été reconnue par aucun État.
 
Pour l'heure les pompiers du Somaliland ne sont équipés que de quelques camions.
 
Said le mécanicien filmé par Mohamed Amin Djibril, et des photos de son hélicoptère.

"Je suis convaincu qu’un jour, nous piloterons dans le ciel du Somaliland"

 
J’avais 10 ans quand je me suis imaginé pour la première fois que je deviendrai pilote. Et puis, je me suis demandé pendant longtemps comment réaliser ce rêve. Une fois adulte, j’ai préféré m’assurer un travail au dépôt de pétrole du port de Berbera. Après avoir été licencié, j’ai été formé comme mécanicien dans un garage d’Hargeisa.
 
Un jour de 2006, je suis tombé dans le journal sur un article qui racontait que huit enfants et leur mère étaient décédées dans l’incendie de leur maison. Ça m’a beaucoup fait réfléchir, notamment sur les moyens de sauver les gens lors de telles catastrophes. Souvent, le retard des secours dû à la mauvaise qualité des routes est la cause première du problème. Et c’est là que mon rêve d’enfant est revenu : il fallait que je construise un hélicoptère capable de porter secours aux gens en cas d’incendies.
 
"J’ai fait l’avant sur le modèle de ce que je voyais dans les films"

Évidemment au Somaliland, un tel projet n’est pas une mince affaire. Quand j’en ai parlé à mes collègues, ils m’ont pris pour un fou. Je passais mes nuits à réfléchir à mon nouveau projet. En octobre 2006, j’ai posé les premières pièces, sans aucune aide. Deux mois plus tard, je me faisais licencier sans raison. Sans doute ne voulait-on pas travailler avec un fou qui passe son temps sur sa machine. Mais j’ai continué, comme je pouvais, malgré les difficultés financières. Deux mois plus tard, le garage m’embauchait à nouveau.
 
Au départ, je n’avais qu’une vague idée de comment construire cet appareil. J’ai commencé comme si je construisais le plancher d’un bus. Puis j’ai fait l’avant, sur le modèle de ce que je voyais dans les films. Ensuite, j’ai construit le système de pilotage et deux fenêtres. J’ai ajouté deux pneus pour l’atterrissage et une longue structure à l’arrière pour équilibrer l’appareil.
 
Photo de Said envoyée par Mohamed Amin djibril.
 
"J’ai finalement été aidé par des gens qui, au début, me prenaient pour un fou"
 
Puis, peu à peu, j’ai été aidé par des gens qui, au début, ne me faisait pas du tout confiance. Mon collègue Abdi Idan Farah a été particulièrement important car c’est lui qui a mis en place tout le système électronique.
 
Comme chaque mesure doit être pensée, Abdi et moi avons fait un appareil de 7,40 mètres de long, 4,5 de hauteur et chaque pale fait 9,4 mètres. Au total, j’ai dépensé 4 000 dollars ; tout vient de nos économies. On passait notre temps dans notre petit entrepôt près de ma maison.
 
J’ai ensuite rencontré des gens plus expérimentés qui m’ont très bien conseillés, dont des membres de l’aviation somalienne. J’ai emprunté un livre à un ancien pilote, Muse Abdillahi Jama, ce qui m’a permis d’améliorer plusieurs parties de la structure de l’appareil.
 
"Un ancien ministre nous a donné 400 dollars et a promis que le gouvernement soutenait notre projet. Mais depuis, plus rien"

J’ai aussi fait la rencontre d’un ancien ministre en charge de l’aviation le 18 octobre 2009. Il nous a donné 400 dollars et a promis que le gouvernement soutiendrait notre projet. Mais le nouveau ministre ne nous a jamais contacté.
 
Nous n’avons pas encore pu tester notre appareil, mais je suis convaincu qu’un jour nous piloterons dans le ciel du Somaliland. Nous avons calculé qu’il nous manquait 17 000 dollars pour les équipements, faire les tests et tous les autres petits frais. Avec cette somme, on pourrait bientôt avoir entre les mains le premier hélicoptère bombardier d’eau du Somaliland.
 
L'appareil, en février 2013, n'a pas fière allure, mais Said n'attend qu'un peu d'argent pour s'y remettre.
 

Commentaires

Rêve qui devient une Réalité

Continue a tes battre et réalise ton propre objectives que tu t'es fixé pour cher compatriote, j'en suis sure qu'un jour ton hélicoptère volera sur le ciel de la nation Somaliland.

Le rêve est permis à tout les mondes mais seulement les personnes qui se donnent le temps de le réaliser comptent.

merveilleux !

J'espere vraiment voir votre helicoptere voler un jour! Continuez a vous battre pour realiser vos reves!

Vous devriez ouvrir un compte de soutient, les gens du monde entier peuvent donner un petit peu et a la fin, vous arriverez a 17000 dollars !

Un beau rêve qui peut

Un beau rêve qui peut paraitre utopique à nos yeux mais il faut nous souvenir qu'il y a de cela un siècle les premiers hommes à voler dans les airs avec le premier planeur passait pour des fous.

Souhaitons que le rêve de Said Abdi Jidheh se réalise un jour. Parce que ce sont les rêves des hommes/femmes qui font avancer la société.



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