"En Birmanie, les musulmans n’ont personne vers qui se tourner pour demander de l’aide"

Des habitants de Meiktila (dont des moines bouddhistes, en orange) devant des magasins tenus par des musulmans, saccagés et mis à feu.  
 
Des photos et des vidéos prises à Meiktila, une ville du centre de la Birmanie, témoignent d’émeutes et d’attaques à l’encontre de magasins tenus par des musulmans. Au moins 20 personnes ont trouvé la mort dans ces affrontements, les plus violents depuis ceux qui ont opposé l’an dernier bouddhistes et musulmans dans l’est du pays. Les troubles se poursuivaient ce vendredi.
 
L’origine du conflit reste floue. Mais la police locale et des activistes musulmans s’accordent à dire que tout a commencé mercredi matin, lors d’une dispute entre le propriétaire musulman d’une orfèvrerie et certains de ses clients bouddhistes. A partir de là, les récits divergent. Selon une source de police citée par Radio Free Asia, l’orfèvre aurait cassé un objet appartenant à l’un des clients, déclenchant une bagarre ; mais pour des activistes musulmans, c’est un client qui aurait tenté de vendre du faux or au commerçant. Quoi qu’il en soit, il semble que la querelle a rapidement créé un attroupement et que la foule a attaqué le magasin et d’autres enseignes tenues par des musulmans.
 
Les émeutes se sont poursuivies durant la nuit et jusqu’à ce vendredi. Le couvre-feu décrété par les autorités a manifestement été ignoré. Selon l’avocat et député Win Thein, originaire de Meiktila et membre de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’opposition emmené par Aung San Suu Kyi, au moins 1 200 familles musulmanes, soit près de 6 000 personnes, auraient fui la ville, qui compte environ 100 000 habitants, dont environ un tiers de musulmans.
 
Une foule de bouddhistes attaque des magasins tenus par des musulmans à Meiktila. Vidéo relayée par des activistes musulmans à l'étranger.
 
Un groupe de journalistes qui s’est rendu sur place a rapporté avoir été menacé par des habitants qui voulaient les forcer à quitter leur bus. Ils ont trouvé refuge dans un monastère. Un photographe de l’agence Associated Press (AP) a affirmé avoir été menacé par un moine, au visage caché, qui aurait voulu lui confisquer son appareil photo. Selon AP, les violences se seraient également propagées à un village voisin ce vendredi.
 
Les musulmans représentent environ 4 % de la population en Birmanie selon le dernier recensement. Une vague d’affrontements entre des bouddhistes et des Rohingyas, une minorité musulmane, a fait au moins 200 morts en 2012 dans l’Arakan, un État de l’est du pays. Plus de 100 000 personnes s’étaient alors également retrouvées sans domicile, beaucoup de Rohingyas fuyant vers le Bengladesh voisin. En février 2013, des Bouddhistes avaient attaqué une école musulmane et des magasins tenus par des musulmans dans une banlieue de Rangoon.
 
Après l'attaque et le saccage de magasins tenus par des musulmans, jeudi. La police tente de tenir la foule à distance des commerces. Photo via Rohingya Blogger.
Contributeurs

"Des témoins auxquels j’ai parlé pensent que la violence de la foule a pu être organisée en amont"

Nay San Lwin est un acitiviste birman musulman qui vit en exil en Allemagne. Il contribue au site web Rohingya Blogger. Il a pu parler avec des habitants de Meiktila mercredi et jeudi matin. Les communications sont devenues plus difficiles jeudi après-midi, lorsque certaines de ses sources ont fui la ville et ont arrêté de répondre à ses appels.
 
Des témoins oculaires auxquels j’ai parlé m’ont dit que des centaines de bouddhistes s’étaient regroupés pour détruire des magasins tenus par des musulmans et que l’action s’était déroulée très rapidement, ce qu’ils trouvent louche, comme si ces attaques étaient préparées en amont. Ils disent que beaucoup avaient des bâtons avec eux, et les ont utilisé pour détruite l’intérieur du magasin de l’orfèvre et d’autres commerces. Plus tard dans la soirée, ils ont commencé à détruire des mosquées et à mettre le feu à des maisons appartenant à des musulmans. La police n’a pas bougé.
 
Les bouddhistes ont également encerclé une école islamique, piégeant les étudiants et les enseignants à l’intérieur [plusieurs activistes birmans musulmans, citant des contacts sur place, estiment que certains des étudiants et des enseignants ont été tués après que le feu a été mis à l’école jeudi matin. Les autorités locales ont déclaré qu’une école avait été brûlée, mais n’ont pas mentionné de morts. FRANCE 24 n’a pas jusqu’ici été en mesure de confirmer ces informations de manière indépendante, NDLR].
 
Les musulmans avec qui j’ai parlé à Meiktila sont terrifiés. Beaucoup se sont enfermés dans leur maison, de peur d’être tués s’ils quittent la ville. Mais beaucoup d’autres ont déjà fui Meiktila [des bouddhistes auraient également fui les violences, NDLR]. Ils ont le sentiment qu’il n’y a personne pour les protéger.
 
"En Birmanie, parler des musulmans signifie perdre des votes"
 
Plusieurs leaders de groupe 88 Generation Students [mené par des personnes ayant participé à la révolte étudiante pro-démocratie en 1988 qui a été étouffée par la junte militaire, NDLR] se sont rendus jeudi à Meiktila pour tenter de calmer la situation. Mais il semble que la foule ne les écoute pas du tout [Min Ko Naing, l’un des membres de 88 Generation Student, a déclaré à Radio Free Asia : "Nous voudrions demander à tout le monde d’empêcher la propagation de la violence. La plupart des habitants essayent d’empêcher la violence de se propager ", NDLR].
 
Au cours des dernières décennies, les autorités birmanes ont tenté d’inciter la population à la haine des musulmans. Beaucoup de leaders politiques utilisent des termes péjoratifs pour parler des musulmans en public, comme le mot "kalar". Récemment, les choses ont empiré avec le conflit dans l’Arakan et l’influence croissante d’un moine, Wirathu [Ce moine est connu pour ses positions islamophobes. Selon des activistes musulmans, il s’est récemment rendu à Meiktila où il a critiqué le fait que beaucoup de magasins sont tenus par des musulmans, NDLR]. Nous n’avons personne vers qui se tourner pour demander de l’aide. Même Aung San Suu Kyi [leader de la LND, qui a été longuement assignée à résidence avant de devenir député en 2011, NDLR] ne nous aidera pas, car en Birmanie, parler des musulmans signifie perdre des votes.
 

Commentaires

Musulman de Birmanie

Où sont passé le Qatar et l'Arabie Saoudite????
Comme ils aiment les musulmans de la Syrie ils doivent aussi aimer les musulmans de la Birmanie, sauf si les musulmans de la Syrie sont différents de ceux de la Birmanie........



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