Les "Jeunes patrouilleurs" bien décidés à faire revivre Gao

Des membres des "Jeunes patrouilleurs" prennent la pose à Gao. 
 
Depuis la prise de Gao par les armées française et malienne le 26 janvier, les habitants de la ville s’organisent pour participer à sa reconstruction. C’est le cas de plusieurs associations parmi lesquelles les "Jeunes patrouilleurs" qui, après avoir traqué les voleurs nocturnes lors de l’occupation de la ville par le MNLA et le Mujao, se sont trouvés une seconde vie.
 
Les "Jeunes patrouilleurs" se sont formés le 4 avril, quelques jours après la prise de Gao par le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) le 31 mars 2012. La ville avait alors été désertée par les fonctionnaires maliens. L’absence d’autorité stable a créé une situation confuse qui a attiré des pilleurs, d’autant que les rebelles touareg avaient ouvert la prison de Gao. A la nuit tombée, l’insécurité régnait en ville. Selon nos Observateurs sur place, de nombreux magasins ont été visités, les voleurs se servant dans la caisse et sur les étalages.
 
Armés de bâtons de bois, les "Jeunes patrouilleurs" ont commencé à arpenter les rues de Gao pour mettre la main sur ces maraudeurs et les remettre aux responsables du MNLA. Une mission qui s’est poursuivie selon eux lorsque les islamistes du Mujao se sont emparés de la ville en juin, expulsant manu militari les rebelles touareg.
 
Depuis l’arrivée à Gao des troupes franco-maliennes, les "Jeunes patrouilleurs" ont cessé leurs rondes nocturnes. Ils disent désormais participer, avec d’autres associations comme "Nous pas bouger ou "Cri de cœur pour les régions du Nord", à la reconstruction de leur ville, où on manque de tout.
 
Membres des "Jeunes patrouilleurs" avec leurs bâtons de bois. 
 
Contributeurs

"On a nettoyé le marché qui était sous les décombres après la dernière offensive djihadiste"

 Ibrahim (le prénom a été changé) vit à Gao. Il est l’un des fondateurs des "Jeunes patrouilleurs".
 
Les "Jeunes patrouilleurs" regroupent des hommes de profils très différents : des enseignants, des étudiants, des chômeurs ou encore des ingénieurs. Ils viennent de différentes ethnies, il y a des peuls, des songhaïs et même des tamasheks [touareg].
 
Lorsque Gao était occupée, chaque nuit, de 22h à 4h du matin, heure de la première prière, nous parcourions la ville armés de bâtons de bois pour tenter d’empêcher les pillages. Quand nous attrapions des voleurs, nous les interrogions, récupérions les biens qu’ils avaient volés et nous les emmenions le lendemain auprès du délégué de quartier, qui les remettaient généralement au MNLA, puis au Mujao quand celui-ci a pris le contrôle de la ville à partir de fin juin. Le MNLA comme le Mujao ont à plusieurs reprises essayé de nous intégrer à leur organisation mais nous avons toujours refusé. Nous ne partageons pas leurs idées et étions contre leur arrivée dans la ville, mais nous n’allions pas pour autant laisser nos concitoyens en danger.
 
Depuis l’arrivée des armées malienne et française en janvier, nous avons arrêté les patrouilles de nuit, ce sont les soldats qui s’en chargent. Désormais, on participe à des opérations pour la ville. La semaine dernière, on a nettoyé le marché qui était sous les décombres après la dernière offensive djihadiste, qui a entraîné des combats très lourds [ndlr : le 7 février ]. On a aussi contribué au nettoyage de fossés en bord de routes, qui étaient bouchés de plein d‘ordures plastiques, ce qui empêchait l’évacuation des eaux sales. Au camp militaire, nos hommes ont coupé des arbres qui bouchaient la vue, afin que l’armée puisse mieux voir si des djihadistes arrivent en ville.
 
Par ailleurs, on s’occupe aussi des jeunes. On a organisé un tournoi de football entre les quartiers de Gao, et on en fera un autre bientôt. Et on a passé dix jours à faire de la sensibilisation auprès de ces jeunes avec des imams et des notables pour leur expliquer qu’il ne faut pas céder aux règlements de compte avec ceux qui sont soupçonnés d’avoir collaboré avec le Mujao. Cela ne nous empêche pas de les rechercher et de donner toute information qu’on peut avoir sur eux à la police et à l’armée malienne.
 

Commentaires

Bravo les jeunes la

Bravo les jeunes la reconstruction du pays ne se fera pas sans vous!! courage



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