Torture aux Fidji : une vidéo qui préoccupe peu le régime militaire

Dans la vidéo,  les tortionnaires marchent sur le visage de leur victime. Capture d'écran de la vidéo vidéo publiée sur YouTube le 4 mars avec pour titre "Violence policière aux Fidji mars 2013".
 
La situation des droits de l’Homme aux Fidji est sous le feu des projecteurs depuis la publication d’une vidéo de neuf minutes sur laquelle deux personnes menottées sont torturées dans une forêt par un groupe d’hommes. Face à la pression internationale, le régime militaire qui dirige ce petit pays de l’océan Indien a été contraint d’ouvrir une enquête. Mais sur place, les militants des droits de l’Homme doutent de la bonne volonté des autorités.
 
Dans une déclaration publiée sur YouTube, le porte-parole du ministère de l’Information a promis une "enquête minutieuse", expliquant que les victimes étaient probablement des prisonniers évadés recapturés, sans pour autant préciser le lieu de la scène ou l’identité des agresseurs.
 
 
La personne est frappée avec une batte de base-ball par ses asaillants. Capture d'écran de la vidéo des tortures.
 
La vidéo est un montage de plusieurs séquences, probablement filmées avec un téléphone portable. Elle a été postée sur YouTube sous le titre "Violences policières aux Fidji, mars 2013", pour autant, les agresseurs ne portent pas d’uniforme.
 
Un couple fidjien a affirmé, la semaine dernière, qu’une des victimes torturées sur les images est leur fils. Interrogés par des médias aux Fidji et en Australie, ils ont condamné le traitement qu'il a subi et reconnu que ce dernier était un délinquant récidiviste évadé et qu’il était recherché par la police .
  
Peu préoccupé par l’indignation de la communauté internationale, le Premier ministre fidjien, Frank Bainimarama a affirmé : "Je soutiendrai mes hommes, mes policiers ou n’importe quelle personne dont le nom apparaîtrait dans l’enquête. Nous ne pouvons les écarter au seul motif qu’ils ont fait leur travail, qui consiste à sécuriser notre nation". Au pouvoir depuis le coup d’État de 2006, l’amiral Bainimarama est aujourd’hui chef des armées fidjiennes ainsi que chef du gouvernement militaire. Depuis son arrivée, aucune élection n’a été organisée et aucune constitution n’a vu le jour.
 
Les Fidji ne font pas partie de la convention contre la torture de l’ONU, ce qui n’a pas empêché le Haut Commissaire des Nations unies aux Droits de l’Homme, Navi Pillay, de demander au gouvernement une enquête transparente et que les coupables soient jugés. En 2010, l’ONU avait déjà épinglé le gouvernement de l’archipel d’Océanie pour non respect des droits de l’Homme sur son territoire.
 
Contributeurs

"La marge de manœuvre de la justice est quasi-nulle et, quoi qu’il arrive, les coupables seront protégés"

 
Le révérend Akuila Yabaki est le directeur exécutif du "Forum constitutionnel des citoyens", une association de défense des droits de l’Homme basée aux îles Fidji.
 
C’est la première fois de ma vie que je vois une vidéo de la sorte, mais malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’une telle scène de violence a lieu ici. Le gouvernement a dû être très gêné quand il a pris connaissance de ces images, qui ne sont évidemment pas censées être diffusées sur la place publique.
 
Les Fidji sont un État militaire depuis le putsch de 2006. La police est depuis cette date contrôlée par l’armée. Je suis persuadé que les personnes qui torturent le jeune homme dans la vidéo appartiennent à un service de la police militaire. Je ne sais pas en revanche pourquoi ils ne portaient pas d’uniforme. Peut être n’étaient-ils pas officiellement en service.
 
Dans la vidéo, un chien mord à plusieurs reprises la personne menotée. Capture d'écran de la vidéo des tortures.
 
"Le Premier ministre a mis plusieurs jours avant de s'exprimer, ça prouve que les autorités ne prennent pas les choses au sérieux."
 
Lorsque le Premier ministre, qui est aussi le chef des armées, dit "je soutiendrai mes hommes", c’est comme un aveu que les personnes impliquées sont sous ses ordres. Ça veut aussi dire que la marge de manœuvre de la justice est quasi-nulle, et que quoi qu’il arrive, les coupables seront protégés. On nous a dit que l’enquête était interne : on n'a donc aucune garantie sur l’indépendance et la valeur du résultat.
 
J’étais par ailleurs très étonné de voir que c’est un porte-parole ‘junior’, peu expérimenté, qui a annoncé l’ouverture de l’enquête. Le Premier ministre Bainimarama [qui est également le ministre de l’Information] s’est exprimé quatre jours plus tard sur cette affaire. C’est bien la preuve que les autorités ne prennent pas vraiment les choses au sérieux.
 
Deux personnes, celle à terre et l'autre dans le pick-up, sont torturées dans la scène. Capture d'écran de la vidéo des tortures.
 
"Peut être que le Premier ministre fidjien a quelque chose à voir avec ces violences"
 
Par le passé, nous avons suivi quatre dossiers de personnes tuées par des militaires [Alifereti Nimacere, David Wise, Nimilote Verebasaga, Sakiusa Rabaka ] mais les responsables ont finalement été jugés et punis. Alors pourquoi, cette fois-ci, le Premier ministre dit-il qu’il soutiendra ses hommes quoiqu’il arrive ? On ne peut s’empêcher de penser qu’il a peut-être quelque chose à voir avec ces violences.
 
Plusieurs points de vue s’affrontent dans les médias fidjiens : certains disent que ce n’est pas en agressant ces personnes qu’elles reviendront dans le droit chemin, mais d’autres pensent sincèrement que les criminels méritent ce genre de traitement. Et enfin certains affirment qu’il faut contrôler plus strictement ces individus dangereux. Pour moi, c’est normal que les criminels soient punis, mais on peut toujours trouver une solution pour que ce soit fait dans le respect des droits humains.
 
Ce billet a été écrit en collaboration avec Claire Williams (@clairewf24), journaliste aux Observateurs de France 24.

Commentaires

Faute

Fiji dans l'océan indien!!!! Au temps de l'internet, être mauvais en géographie n'est plus une excuse.

Fiji - en quel ocean???

Employé d'un entreprise de forage maritime en mers profondes, mon bateau (de forage) faisait escale à Fiji, en 1990. Plusieurs années plus tôt (1970) j'avais déjà y fait escale étant passager d'un bateau de passagers qui me portait d'Australie vers l'Europe en passant par le Canal de Panama, via Nouvelle Zélande, Fiji, Tahiti, Curaçao, Madeira.... un voyage de plus de six semaines, arrivant à Lisbon (Portugal).

L'Océan Indien se trouve à l'OUEST d'Australie. A l'EST se trouve l'Océan nommé PACIFIQUE.

Donc..... devinez dans quel océan se trouve l'isle et le nation de Fiji.

CvH

vraiment c'est pitoyable

vraiment c'est pitoyable



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