Les soldats de l’ONU "protégés" par la brigade de rebelles syriens

Capture d'écran d'une vidéo montrant le personnel de l'ONU enlevé par la brigade syrienne. 
 
Une brigade de rebelles syriens a revendiqué la prise en otage, le mercredi 6 mars, de 21 membres d’une force de l’ONU basée dans la région du Golan. Mais le lendemain, son porte-parole a affirmé, dans une interview truffée d’incohérences, qu’il ne s’agissait pas d’une prise d’otage mais d’une mesure de protection.
 
Deux vidéos ont été diffusées, mercredi, par la Brigade des martyrs de Yarmouk sur le compte YouTube de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme. Sur la première, des hommes armés qui se filment devant un camion de l’ONU expliquent : "La Brigade des martyrs de Yarmouk déclare qu'elle détient des membres des forces onusiennes de maintien de la paix au Golan, jusqu'à ce que les forces armées de Bachar al-Assad se retirent des alentours du village de Jamla, qui se trouve près de la frontière israélienne. "
 
Sur la deuxième, les mêmes hommes expliquent que "l'ONU aide le régime à pénétrer dans le village de Jamla. Ils prétendent être là pour surveiller le désengagement mais ils mentent (…) Ils veulent faire dégager l'Armée syrienne libre du village parce que ce sont des partisans d'Israël. Le régime syrien, l'ONU et les États européens sont tous des alliés d'Israël."
 
La brigade des martyrs de Yarmouk, membre de l’ASL ?
 
Comme de nombreux groupes armés syriens, cette Brigade des martyrs de Yarmouk possède une page Facebook. Les administrateurs y rapportent régulièrement les détails des opérations menées par ce groupe armé. Le rapt du personnel de l’ONU y est d’ailleurs revendiqué. Dans les messages postés sur cette page, la brigade laisse entendre qu’elle est membre de l’ASL, l’Armée syrienne libre, organisation militaire censée chapeauter les différents groupes armés se battant contre le régime.
 
Une brigade accoutumée aux exécutions sommaires
 
Cette brigade semble accoutumée aux exécutions sommaires. Deux vidéos, filmées à proximité du plateau du Golan et postées sur Youtube trois jours avant la prise d’otage, en sont un exemple. La première montre des hommes présentés comme des combattants de la Brigade des martyrs du Yarmouk qui menacent des soldats de l’armée régulière syrienne faits prisonniers. Quelques instants plus tard, la caméra se détourne et des tirs de mitraillette retentissent. Sur la deuxième vidéo, visiblement filmée peu de temps après la première scène au même endroit, un homme de la Brigade de Yarmouk montre les cadavres des soldats du régime (on reconnaît certains soldats qui étaient apparus sur la première vidéo) et prédit la victoire finale de l’ASL.
 
Les hommes de la Brigade du Yarmouk font prisonniers des soldats de l'armée régulière.
 
"Ce n’est pas une prise d’otage, mais une mission de protection"
 
Contacté par FRANCE 24, Leith Hourani, le porte-parole du bureau médiatique de cette brigade, confirme l’appartenance de la brigade au bureau militaire de l’Armée syrienne libre. Il nie toutefois que l’opération de mercredi soit une prise d’otage. Selon lui, des soldats ont d’abord arrêté le convoi pour vérifier l’identité de ses occupants. Les rebelles auraient ensuite choisi de garder les agents de l’ONU auprès d’eux afin de les "protéger" contre l’armée syrienne qui bombarde la région. Une vidéo des otages a d’ailleurs été diffusée jeudi. Ces derniers confirment, probablement sous la contrainte, la version du porte-parole de la brigade.
 
Interrogé alors sur les vidéos où ses combattants revendiquent la prise d’otages, le porte-parole de la brigade a d’abord expliqué à FRANCE 24 qu’il ne pouvait pas "empêcher les habitants de filmer et de diffuser sur Internet". Il a ensuite reconnu qu’il s’agissait "membres de base" de sa brigade, ce qui explique leur présence sur les lieux, mais qu’ils n’étaient pas autorisés à filmer. Leith Hourani ajoute que ces hommes ont tenu ces propos de bonne foi, mais sans posséder tous les éléments. Il précise que ces personnes seront "sanctionnées".
 
Ces propos contradictoires montrent que la brigade n’assume plus son opération de prise d’otage. Peut-être parce que le commandement central de l’ASL a condamné le soir même l’enlèvement du personnel de l’ONU, sans toutefois nier l’appartenance de la Brigade des martyrs de Yarmouk à son réseau.
 
Cet incident montre la désorganisation de l’Armée syrienne libre. La Brigade des martyrs de Yarmouk a-t-elle agi sans l’autorisation du commandement de l’ASL ? Ou les responsables de l’ASL étaient-ils au courant de cette opération et dû lâcher leur brigade en raison des conséquences politiques désastreuses de cette prise d’otage ?
Contributeurs
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.

Commentaires

Brigade des martyrs ?

Nous allons encore nous faire "baiser" par cette mouvance arabophone-musulmane. Nous n'avons pas à prendre position dans ces querelles intestines. Qui sont réellement les factions appartenant à cette ASL ?
Il y a probablement des djihâdistes que l'on risque de retrouver dans quelque temps au...Mali !!!



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