Depuis le début de l’opération, les Malaisiens sont sous le choc. Notre peuple est sincèrement pacifique. C’est dur de voir que des policiers et des soldats ont perdu la vie dans ces violences.
Funérailles des policiers tués lors des combats.
L’autre sentiment qui domine, c’est l’inquiétude, car nous sommes très mal informés de ce qu’il se passe là bas. Les gens sur place sont difficilement joignables car les lignes passent très mal. On doit s’en remettre aux médias tout en sachant que les informations sont incomplètes. La semaine dernière, des reporters d’Al-Jazira ont été bloqués alors qu’ils s’approchaient en bateau de la ville de Kampung Tanduo, le village très reculé où se trouvaient les hommes du prétendu sultan. J’ai par ailleurs un ami journaliste envoyé spécial sur place et, à travers ses papiers, on comprend qu’ils sont cantonnés à une zone dont ils ne peuvent sortir.
La communication officielle est enfin totalement chaotique. Des représentants de la police ont d’abord affirmé que les intrus avaient subi une sévère défaite tandis que d’autres affirmaient pourtant qu’il n’y avait pas eu de morts chez les insurgés. Mardi, des journaux proches du pouvoir évoquaient ensuite le chiffre d’une vingtaine de morts sans donner de sources. Alors, on se tourne vers les médias philippins, puis on entend que d’après les proches des insurgés, ces derniers sont sains et saufs et qu’
une dizaine de milliers de personnes arriveraient par la mer pour leur prêter main forte !
"Il ne faudrait pas que cela crée des tensions entre les Malaisiens et les Phillipins"
Beaucoup de Malaisiens ont été surpris en entendant que
l’État payait le sultanat pour utiliser ce territoire. Certains réagissent de façon sanguine en disant que c’est leur terre et des drapeaux malaisiens apparaissent sur les réseaux sociaux. [Une
pétition a été lancée sur Internet pour rejeter la demande du sultanat].
Le gouvernement, par ailleurs, aurait dû montrer l’exemple en optant pour une solution pacifique, que ce soit passer par la justice ou ouvrir un débat national.
Le choix de l’option militaire risque de légitimer les gens qui commencent à penser en termes de "nous" (les Malaisiens) contre "eux" (les Philippins Sulu) [Des centaines de milliers de Philippins se sont rendus dans l’État de Sabah au cours des dernières années, dont plusieurs illégalement, à la recherche de travail.] Il ne faudrait pas que cela crée des tensions entre les Malaisiens et les Philippins.