Vu de l’intérieur : un détenu nous montre son quotidien dans une prison pour sans-papiers

 
Un détenu sans-papiers a réussi à nous faire parvenir des images de son centre de rétention à Corinthe, en Grèce. Photos à l’appui, il nous raconte le quotidien de centaines d’immigrés illégaux emprisonnés avec lui et dénonce des conditions de détention éprouvantes.
 
Les arrestations d’immigrés clandestins se sont multipliées depuis le milieu de l’année 2012 en Grèce : en août, un coup de filet de la police, baptisé "Xenios Deus", avait permis d’arrêter 7 000 immigrants venant principalement d’Afrique et d’Asie en moins de 72 heures à Athènes.
 
Amnesty International avait dénoncé à ce moment-là les conditions de détention des sans-papiers, certains clandestins restant même en prison après avoir purgé leur peine. Pourtant, les prisons grecques sont pleines à craquer, et le gouvernement a dû construire trente nouveaux centres de rétention à Athènes, certains sur des anciens sites militaires.
 
Depuis 2008, la Convention européenne concernant les étrangers en situation irrégulière prévoit qu’un immigré passé par un pays mais arrêté dans un autre sera renvoyé dans le premier pays où il est rentré sur le territoire européen. Or, la Grèce souffre d’un laxisme de la Turquie voisine, non membre de l’Union européenne, en matière de contrôle à ses frontières : en moyenne 300 immigrés débarquent illégalement sur le territoire grec chaque jour.
 
Photos de la cour de la prison de Corinthe, ancien camp militaire réhabilité en centre de rétention pour immigrés illégaux.
Contributeurs

"Dans le centre de rétention, il n'y a pas d'eau chaude et le chauffage ne fonctionne pas"

Adelphe (pseudonyme) est un ressortissant d’Afrique subsaharienne. Il a fui son pays en avril dernier à cause des violence ethniques et a immigré en Turquie puis en Grèce. Il a été arrêté à Athènes le 20 décembre 2012 dans l’appartement où il vivait avec huit autres personnes, dont des membres de sa famille.
 
La police a débarqué parce qu’elle cherchait des gens qui faisaient de la contrebande. Nous n’avions rien à voir avec ce trafic, mais la police nous a quand même demandé nos papiers d’identité. Comme nos cartes de séjour avaient expiré, ils nous ont menotté comme si nous étions des bandits et embarqués dans des fourgons.
 
On nous a emmenés au ministère de l’Immigration, puis transférés dans la prison de Aspropyrgos, dans le nord d’Athènes, sans aucun jugement. On était à 20 dans une cellule de 5m² et on ne pouvait même pas voir le jour. Je suis diabétique léger, et on ne me donnait pas de médicament. J’ai commencé à avoir très mal au cœur et à l’estomac et j’ai dû être transporté à l’hôpital. Le médecin a admis que j’avais besoin d’être transféré vers un autre endroit. Aujourd’hui, je suis dans un centre de rétention à Corinthe, à 80 kilomètres à l’ouest d’Athènes, mais on ne me donne toujours aucun médicament. Mon frère, mon cousin, et mon neveu sont, en revanche, toujours enfermés à Aspropyrgos.
 
 
Les prisonniers n'ont droit qu'à deux heures par jour pour sortir prendre l'air.
 
"Nous n’avons aucun moyen de distraction"

Nous sommes entre 150 et 200 sans-papiers réunis ici, dans six bâtiments, sur un ancien site militaire réhabilité en prison. Dans ma cellule, nous dormons à quarante dans une salle de sept mètres sur quinze. Dans nos dortoirs, il n’y a rien, nous n’avons aucun moyen de distraction, aucun livre, pas de télévision. Nous avons juste le droit de sortir deux fois par jour pendant une heure prendre l’air. Il y a un roulement de sorte à ce que les prisonniers ne soient pas tous en même temps dans la cour. Mais une fois dehors, il n’y a rien à faire non plus. Certains marchent ou font un peu d’exercice physique, et on a de temps en temps le droit d’avoir un ballon pour jouer au football.
 
 
"On n'a quasiment rien à manger [...] mais se plaindre est très difficile quand on ne parle pas grec ou anglais"
 
Le centre a un accord avec un petit traiteur qui donne ses restes au centre de rétention, mais on n'a quasiment rien à manger : des petits bols de haricots, un peu de pain et des aliments grecs qu’on ne digère pas bien parce qu’on n’a pas l’habitude de cette nourriture, nous, les étrangers. Pour boire, on doit faire la queue car il n’y a que trois lavabos disponibles.
 
Les toilettes sont très sales et il n’y a que quatre cabinets et deux douches pour les quarante personnes du bâtiment. Il arrive parfois que je ne me douche qu'une fois par semaine. En ce moment, c’est l’hiver, mais il n’y a pas d’eau chaude et le chauffage ne fonctionne pas [en octobre dernier, des Corinthiens ont manifesté pour dénoncer les conditions de détention des sans-papiers, NDLR]. Se plaindre est très difficile quand on ne parle pas grec ou anglais. Certains détenus essaient de faire les interprètes, mais les gardiens ne nous écoutent pas et n’en ont rien à faire de nos conditions.
 
Les lavabos auxquels les prisonniers boivent et leurs douches. 
 
"On est traité comme des assassins alors qu’on est des sans-papiers"

Ici, il y a beaucoup de Maghrébins, d’Indiens, de Bengalais, et d'Africains subsahariens. Ils nous autorisent à garder nos téléphones pour avoir un lien avec nos familles, mais nous n’avons normalement pas le droit de prendre de photos à cause de la présence policière et des militaires qui vont et viennent autour du centre. Très souvent, il y a des tensions et des vols entre détenus. Certains ont déjà été sévèrement blessés dans des bagarres qui ont mal tourné.
 
Ce n’est pas une vie normale. On est traité comme des assassins alors qu’on est des sans-papiers. On nous dit qu’on va nous garder en détention pendant douze mois, mais c’est une privation de liberté [légalement, depuis octobre 2012, un demandeur d’asile peut rester un an derrière les barreaux en Grèce]. Même lorsqu’on a fait une demande d’asile et qu’on a la carte rose [papier délivré lors d'une demande en attendant une réponse positive ou négative], on peut se faire arrêter. Après un an ici, qu’est ce que je vais devenir ? Je suis très inquiet, surtout avec mon état de santé qui se détériore.
 
Billet écrit en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.

Commentaires

nous les riches européens en file d'attente du plongeon,

nos taulards bossent pour une misére,dans des châteaux dont une visite vient de rectifier l'accueil,mais le tourisme n'est pas la gratification des emplois grecques.en france le travail est un vrai labeur,pas du tourisme.Ah si platon,socrate,aristote voyaient ça,ils enverraient napoleon 1er en sibérie.

explication

bonjour,
le probleme est mondiale et c est le resultat de la globalisation et le systeme mondial actuel qui fait que le monde est ainsi fait plein d injustice et augmnte les out sider surtout les gens du tiers monde et specialement les jeunes qui croient dans la vie luxueuses en europe, qui a mon avis la crise actuelle a destructure et destabilises ces pays meme.la solution est dans les pays d origine et il faut lutter sur place pour avoir une vie meilleurs et surtout quand on sait que ces pays ont un potentieles enormes ressources naturelle et humaines il faut travailler dans le sens de changer le status quot, il faut poursuivre cette mafia politico economiques internnational qui succent le sang des societes, et je penses que la societe civil doit prendre les choses en main. si non ,a mon avis la societe occidental peut nous creer la suprise en faisant apparaitre un nouveau hitler qui n est pas loin et les victimes seront les faibles qui seront en premieres lignes et en voit actuellent en europe les parties radicaux prendrent du poid sous couvertures du nationalisme et la grece est en tete dans les pays des balkans.

La solution?

Cher frère africain, je pense que la seule solution à envisager pour ton équilibre psychique et pour ta santé, c'est le retour volontaire dans ton pays. Comme le disait le précédent intervenant, l'Afrique ton continent regorge des ressources, elle doit s'organiser et se surpasser pour sortir ses citoyens de leurs difficultés. Il faut prendre ton courage en main et demander ton retour au pays car rien de bon ne t'attend ailleurs. Ceux qui t'ont précédés partout en Europe vivent d'autres difficultés: le racisme quotidien, l'injustice sous toutes ses formes et ils les assument parce qu'ils y sont déjà et n'ont pas le courage de revenir dans leurs pays d'origine. Ils vivent des aides car ils ont des papiers, ceux qui n'en ont pas et qui sont plus nombreux vivent des sales boulots. Ton état ne te le permettrait pas. Alors, le conseil que je te donne c'est de t'adresser à l'OIM pour te rapatrier. Tu es encore jeune, tu pourras te réinventer dans ton pays et aller de l'avant. Ils sont combien tes compatriotes qui sont restés au pays et qui ont réussis leur vie? Nombreux, bien sûr. Pourquoi penser que c'est ailleurs que tu dois nécessairement réussir? Ta place est dans ton pays et ça tu as eu le temps de t'en rendre compte et de te culpabiliser d'avoir pris la décision de tout laisser par un coup de tête pour un rêve utopique. L'Afrique c'est le futur, sois en conscient, elle t'attend les bras ouverts.



Fermer