En Afrique du Sud, un conflit entre un chauffeur de taxi et des policiers vire au drame

Capture d'écran de la vidéo montrant le chauffeur de taxi traîné par un camion de la police. 
 
À Johannesburg, un chauffeur de taxi est mort mardi dernier à la suite des mauvais traitements qui lui ont été infligés par la police locale. Et cela pour… s’être mal garé.
 
La scène se passe à Daveyton, dans la banlieue est de Johannesburg, mardi 27 février, aux alentours de 18h. Elle a été filmée par des riverains et récupérée par le tabloïd local Daily Sun. On voit un homme debout au milieu d’un groupe de policiers. L’échange est tendu et les agents ne tardent pas à se saisir de l’homme qui commence à se débattre. La foule amassée autour se met à huer les policiers. L’enregistrement s’arrête, puis on voit les policiers porter l’homme vers un fourgon de police et lui attacher les mains à l’arrière du véhicule. Ensuite, celui-ci démarre en traînant l’individu sur plusieurs mètres avant que la vidéo ne s’arrête.
 

Attention, certains passages de cette vidéo peuvent choquer

Vidéo amateur tournée le 26 février et publiée le 28 février sur la page Facebook du journal local The Daily Sun.
 
Ces images ont choqué l’opinion publique en Afrique du Sud, poussant même le président Jacob Zuma à condamner les agissements des policiers. Ce dernier a également ordonné l’ouverture d’une enquête auprès du ministre de la Police. Ce vendredi, la police sud-africaine a annoncé la mise à pied des huit policiers impliqués.
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"Les gens disaient aux policiers : 'Vous êtes filmés !' mais ils s’en fichaient"

Olan est transporteur à Johannesburg. Il habite à Daveyton et était présent sur les lieux de l’incident.
 
Le chauffeur avait stationné sa voiture au coin d’une rue, à côté d’un commissariat de police. Il n’était pas le seul à avoir fait ça, car cet endroit est connu pour être pris d’assaut par les chauffeurs de taxis, surtout qu’il n’y a pas de parking autour. Mais, pour des raisons inconnues, la police lui a spécialement intimé l’ordre de changer l’emplacement de son véhicule.
 
Le chauffeur a refusé d’obtempérer et s’est emporté car il ne comprenait pas non plus pourquoi les policiers s’en prenaient spécialement à lui. Mais les policiers se sont saisis de lui. Le chauffeur se débattait et les policiers devenaient de plus en plus violents. La foule a commencé à crier, on leur disait : 'Laissez-le !', mais les policiers répliquaient : 'C’est lui qui a commencé'. Certains ont essayé d’intervenir mais la police a alors tiré en l’air pour les en dissuader [on entend le tir dans la vidéo à 1’01]. Moi-même je n’ai pas osé m’interposer, j’avais peur de subir le même sort.
 
L’homme a été traîné par le véhicule de la police sur près de 500 mètres. Les gens disaient aux policiers : 'Vous êtes filmés !', mais ils s’en fichaient. Ils ont ensuite croisé un autre camion de police. Le chauffeur a été transporté à bord du deuxième camion jusqu’au commissariat où il est décédé.
 

"En Afrique du Sud, les policiers et les chauffeurs de taxi ne se supportent pas"

 Mohammed est homme d’affaires à Johannesburg.
 
Ce qui s’est passé mardi dernier est certes très choquant, mais je pense que cela n’a rien à voir avec la nationalité du chauffeur [celui-ci était mozambicain, NDLR]. C'est plutôt sa profession qui est en cause.
 
En Afrique du Sud, les policiers et les chauffeurs de taxis ne se supportent pas. Il faut dire que ces derniers ont tendance à ne pas respecter le code de la route, à s’arrêter n’importe où - même en plein milieu de la rue - pour prendre ou déposer un client et qu’ils se garent également n’importe comment. La police leur reproche du coup de rendre la circulation infernale et de provoquer de nombreux accidents. Ils sont souvent agressifs avec les chauffeurs de taxis, même avec les femmes.
 
Mais cette fois, la police a dépassé toutes les bornes. Torturer cet homme comme ces agents l’ont fait a choqué tout le pays. Depuis mardi, de nombreuses manifestations ont eu lieu pour dénoncer ces abus et exiger que des sanctions rigoureuses soient prises.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.

Commentaires

ce n'est pas etrange

c'est tout simplement ahurissant



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