Les femmes libanaises réclament une loi contre les violences domestiques

Des manifestantes ont dansé devant la maison du président du Parlement, Nabih Berri, à Beyrouth dimanche. Photo: KAFA.
 
 
Des centaines de manifestants ont défilé à Beyrouth dimanche et se sont rendus devant la maison de Nabih Berri, le président du Parlement, où des dizaines de femmes ont entamé des chorégraphies. Leur message : le pouvoir législatif doit protéger les femmes des violences domestiques.
 
Nabih Berri s’était distingué en 2009 en militant pour le vote d’une loi pour défendre les Libanaises des agressions de leurs maris. Une ébauche de loi traîne depuis des mois dans les couloirs du Parlement. Une commission parlementaire a passé près d’un an à l’échafauder pour changer le texte afin qu’il protège l’ensemble de la famille et pas spécifiquement les femmes. Elle a également supprimé une clause importante concernant le viol marital.
 
Frustrées par l’immobilisme législatif, des associations de défense des droits des femmes, emmenées notamment par la KAFA, veulent faire de cette loi l'un des sujets de la campagne législative en vue des élections de juin. Elles ont d’ailleurs envoyé aux membres du Parlement des lettres de témoignages de femmes abusées avec lesquelles elles travaillent, expliquant pourquoi elles ont besoin d’une loi les protégeant.
 
Voici l’extrait de l’une de ces lettres :
 
Mon mari m’a frappée après avoir trouvé un de mes cheveux dans la baignoire. Il m’a attrapée la main et a commencé à me frapper à la tête. Ma fille d’un an et demi a commencé à pleurer et a essayé de m’aider, elle voulait me sauver de lui. Depuis ce jour, je suis toujours prête. Je n’ose pas changer mes habits le soir, car je veux être prête à tout moment pour quitter la maison s’il commence à vraiment s’énerver, ce qui est parfois dû à l’alcool, parfois non. Quand cela se produit, je fuis la maison et je dors dans ma voiture au bord de la route, afin que ma fille n’ait pas à assister encore à cette violence.
 
Et un autre extrait :
 
Je suis allée à l’encontre des attentes de la société en épousant quelqu’un qui n’est ni de ma nationalité ni de ma religion. Les premiers jours de notre vie commune ont été les plus heureux de ma vie. Je l’aimais beaucoup, et il était bon avec moi. J’étais heureuse, même si nos conditions de vie n’étaient pas très confortables.
 
Mais avec le temps, il a commencé à changer. J’ai beaucoup supporté. Il ne se contentait pas de me crier dessus, il me frappait aussi. Ça a été un choc pour moi. Je me demandais : 'Pourquoi me fait-il ça ? Qu’ai-je fait ? Est-ce que je mérite ça ? Est-ce que c’est de ma faute ?'
 
J’ai peu à peu perdu confiance en moi. Tout ce à quoi je pensais, c’était de ne surtout pas l’énerver. Je disais 'Oui' à tout pour ne pas me faire frapper. J’ai voulu me suicider à plusieurs reprises […]. À chaque fois, il a pris le couteau de mes mains et s’est moqué de moi, me disant que j’étais lâche et folle.
 
Des manifestantes lors du défilé de dimanche. Photo: Bilal Salameh. 
Contributeurs

"Les questions concernant les droits des femmes sont la dernière des priorités des parlementaires"

Maya Ammar est membre de KAFA, l’organisation qui a coordonné la manifestation de dimanche.
 
Il y a eu une bonne participation - la manifestation incluait non seulement des activistes mais aussi des représentants de presque tous les partis, sauf le Hezbollah et le parti Amal de Nabih Berri. Nous espérons que cela poussera le président du Parlement a tenir une session pour voter cette loi, même si nous n’avons rien entendu dans ce sens pour le moment.
 
Le slogan de la manifestaiton était : 'Les vies des femmes sont plus importantes que vos sièges', [le Parlement étudie actuellement une loi qui pourrait modifier la façon dont les sièges seront attribués lors des prochaines élections. Le Parlement a eu des difficultés pour se réunir récemment, car la coalition du 14-Mars a boycotté la plupart des sessions]. Cela fait quatre ans que nous attendons cette loi, et nous voulons qu’elle soit votée avant ces élections.
 
Malheureusement, en ce moment, les questions concernant les droits des femmes sont la dernière des priorités des parlementaires. Un exemple à l’appui : un seul député [sur 128] a répondu aux lettres écrites par les victimes de violence que nous avions pourtant transmises à tous les députés.
 
"Quand une femme appelle la police parce que son mari la frappe, la police se contente de lui faire signer une déclaration selon laquelle il s’engage à ne plus le faire"
 
En plus de criminaliser toute forme de violence domestique, physique, sexuelle, économique, la proposition de loi doit créer une unité spéciale au sein des Forces de sécurité libanaises pour s’occuper de ces violences. Le Liban a sérieusement besoin d’une loi de ce genre : aujourd’hui, quand une femme appelle la police parce que son mari la frappe, la police se contente généralement de lui faire signer une déclaration selon laquelle il s’engage à ne plus le faire… S’il recommence, on lui fera donc signer une autre déclaration, etc. Le fait de frapper les autres est criminel, c’est écrit dans le code pénal, mais la police n’applique que rarement la loi quand il s’agit de violences domestiques. Dans leur ménage, les femmes continuent d’être considérées comme subordonnées aux hommes.
 
Un autre problème, c’est que les conflits entre maris et femmes, comme les divorces, la garde d’enfants et les violences, continuent d’être traités par les autorités religieuses [le système des tribunaux religieux continue d’utiliser des lois qui datent de l’époque ottomane et qui, généralement, favorisent les hommes]. Quand une femme se plaint à un tribunal religieux d’être battue, il va en général lui demander d’être patiente. La résolution des divorces prend souvent des années, et ne s’achève que lorsque la femme a abandonné la plupart de ses droits, notamment une aide financière. Pour être vraiment traitée, la violence domestique doit être punie par l’État, par des lois qui s’appliquent à tous.
 
Photo: Bilal Salameh.

Commentaires

Manifestation peu crédible

Chères libanaises victimes de violences conjugales,

Ce n'est pas pour minimiser les faits dont vous avez fait part au monde par votre action citoyenne, mais je trouve étrange que cette manifestation soit uniquement contre les violences commises sur vous en tant qu'épouses libanaises, et non contre les violences inhumaines commises contre les employées domestiques étrangères, chez vous au Liban.
Je vous encourage alors vivement, chères libanaises, de commencer par arrêter de traiter ces travailleuses en tant qu'esclaves, afin que vous regagner le cœur du public et vos réclamations soient un peu plus crédibles.

Bien à vous.

Reaction au commentaire de Amine Wallace

Avez vous une preuve tangible que toutes ces femmes qui manifestent sont des femmes qui maltraitent les domestiques étrangère? Il me semble qu'on devrait commencer par les droits de la femme Libanaise en premier pour donner des droits aux femmes étrangères aussi!

Je trouve que votre commentaire un peu déplacé car ce ne sont pas seulement les femmes Libanaise qui maltraitent les domestiques mais les hommes aussi! Certains hommes les violent! Qu'avez vous a me répondre sur ce fait M. Amine? Est ce qu'on doit enlever les droits aux hommes car ils ne traitent pas leur domestique de manière humaine?

Je pense que le problème de domestique est un problème grave! Mais le mettre sur les dos des femmes est un peu trop! Les hommes en sont autant responsable!

Une manifestation incrédible

Chères libanaises victimes de violences conjugales,

Ce n'est pas pour minimiser les faits dont vous avez fait part au monde par votre action citoyenne, mais je trouve étrange que cette manifestation soit contre les violences commises sur vous en tant qu'épouses libanaises, et non contre les violences inhumaines commises contre les employées domestiques etrangères.

Je vous encourage vivement, chères libanaises, de commencer par arreter de traiter ces travailleuses en tant qu'esclaves, afin que vous vos réclamations soient un peu plus crédibles.

Bien à vous.

Une manifestation incrédible

Chères libanaises victimes de violences conjugales,

Ce n'est pas pour minimiser les faits dont vous avez fait part au monde par votre action citoyenne, mais je trouve étrange que cette manifestation soit contre les violences commises sur vous en tant qu'épouses libanaises, et non contre les violences inhumaines commises contre les employées domestiques etrangères.

Je vous encourage vivement, chères libanaises, de commencer par arreter de traiter ces travailleuses en tant qu'esclaves, afin que vous vos réclamations soient un peu plus crédibles.

Bien à vous.



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