Sur la place Shahbag, les manifestants sont là 24 heures sur 24 et effectuent des rotations. Il n’y a pas de tentes, on ne campe pas, la météo est bonne. A 3 heures du matin, on peut croiser des femmes et des enfants et ce alors que le Bangladesh n’a jamais été un pays très sûr pour les femmes. Or aucune attaque n’a eu lieu depuis le 5 février. Les premiers soirs, je n’en revenais pas de voir un tel calme. Les gens s’entraident, il n’y a pas d’autorité centrale ici.
Vue aérienne de la place Shaghag occupée par les manifestants. Photo : shahbag.org
Les manifestants islamistes sont très violents avec ceux qui se revendiquent du mouvement de la place Shahbag. Vendredi dernier, après la prière, certains ont vandalisé des scènes montées dans différentes villes du pays pour les réunions du mouvement Shahbag et ils ont détruit le drapeau national. À Dacca, ils ont voulu envahir la place Shahbag, en arrivant sur des mobylettes par trois points différents, mais la police les a contenus.
Forcément, il y a des débordements de la police. Mais s’ils sont attaqués avec des bombes artisanales, faut-il qu’ils restent statiques ? Des policiers ont néanmoins pu perdre leur sang-froid, et il est vrai que des islamistes ont été tués mais également des passants, en marge des émeutes. Ces incidents nécessitent une enquête indépendante.
"Les manifestants islamistes sont pauvres et facilement manipulables"
La loi du 17 février ne va pas plus inciter le gouvernement à demander la peine de mort, elle modifie juste les conditions d’appel. Le gouvernement actuel a par le passé fait alliance avec le Jamaat-e-islami, donc il n’y a aucune raison de penser qu’il veuille délibérément envoyer des criminels de guerre à la potence. À moins qu’il ne soit sous pression, et c’est pour cela que nous manifestons.
Pour moi, condamner le responsable de deux ou trois meurtres à la peine de mort, c’est contraire aux droits de l’Homme. Mais quand ce sont des maniaques génocidaires, qui ont tué des centaines de milliers de personnes, ont violé 200 000 femmes, ils méritent la peine capitale. De plus, si le Jawaat-e-islami revient au gouvernement, il peut très bien choisir un président qui annulera les peines prononcées envers les criminels de guerre, dont la plupart appartiennent à ce parti. C’est pourquoi le mouvement de Shahbag demande que le tribunal soit permanent.
Les membres du Jawaat-e-islami se trompent et mentent : ils ont voulu faire croire que nous voulions interdire tous les partis religieux, ont dit que tous les blogueurs sont des athées et des apostats, tout ceci est faux. Il y a un fossé dans le pays entre islamistes et non islamistes, mais il est surtout dû à des questions d’éducation. Beaucoup des islamistes qui participent aux émeutes n’ont pas accès à une éducation scientifique et laïque. Ce sont des gens très pauvres, ils deviennent des mercenaires facilement manipulables.