Goma ne veut plus vivre dans la poussière

Un Gomatricien tente de se protéger de la poussière, le long d'une route à Goma. Photo : Charly Kasereka
 
Le gouvernement avait promis aux habitants de Goma, ville de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), de bitumer leurs routes. Mais rien ou presque n'a été fait et les Gomatriciens en ont assez d'attendre.
 
Le gouvernement congolais semblait pourtant avoir pris les choses en main. Un projet de réhabilitation de la voirie de Goma devait concerner 31 kilomètres de route. Une enveloppe de 10 millions d'euros avait même été débloquée. Mais, premier revers, les autorités de la province de Goma ont estimé que cette somme n’était pas suffisante pour l’ensemble des travaux. Le projet a donc été revu à la baisse : seuls 10 kilomètres de route seraient reconstruits.
 
Des deux-roues sur une route poussiéreuse de Goma. Photo : Charly Kasereka
  
L’entreprise Traminco a remporté l’appel d’offres pour l’exécution de ces travaux en janvier 2011. Pourtant entre cette date et le 20 novembre 2012, date de l’entrée du mouvement rebelle des M-23 à Goma seuls deux kilomètres et demi de route ont été refaits. Pour justifier ce retard, l’entreprise évoquait les problèmes d'acheminement des engins et des matériaux de construction, qui viennent entre autres du Rwanda et de l’Afrique du Sud.
 
Les travaux ont évidement complètement cessé pendant que les rebelles tenaient Goma. Lorsque l’armée congolaise a repris la ville, le 4 décembre 2012, les habitants attendaient donc une amélioration, mais Traminco a expliqué que des pièces mécaniques avaient été volées aux engins de construction durant la période où le M-23 contrôlait la ville. Elle a néanmoins assuré avoir reçu les pièces de rechange le 20 février : les travaux doivent donc reprendre et l’asphaltage des routes est censé être achevé d’ici la fin du mois. Les habitants restent toutefois dubitatifs. 
 
 
 Des Gomatriciens manifestent contre le retard des travaux. Photo : Charly Kasereka.
 
Chef-lieu de la province du Nord-Kivu, Goma compte plus de 430 000 habitants.
Contributeurs

"À cause de la poussière, les maladies et les accidents se sont multipliés"

Charly Kasereka est journaliste pour une radio locale à Goma.
  
Les travaux devaient concerner trois parties de la ville : le centre-ville, la partie ouest et la route qui mène vers l’aéroport. La partie ouest était même prioritaire car c’est là que se concentre la majeure partie de l’activité commerçante et des services publics de la ville. Or, même le peu de route qui a été reconstruit se trouve au centre-ville [l’entreprise de construction précise qu’elle n’a fait que suivre les indications du gouvernement de la province].
 
En deux ans, même les quelques kilomètres de route goudronnée que nous avions ont été abîmés. Du coup, Goma plonge dans la poussière. Dans l’ouest de la ville, plusieurs boutiques ont fermé car cette poussière détériore les marchandises et fait fuir les clients.
 
De nombreux médecins m’ont averti des conséquences de cette poussière sur la santé des riverains. Elle provoque l'irritation des yeux et des maladies respiratoires.
 
Les accidents se sont également multipliés car les déviations aménagées par l’entreprise en période de travaux ne portent pas de signalisation et sont si étroites que les piétons ont du mal à se frayer un chemin au milieu des voitures. Un étudiant a d’ailleurs été tué vendredi matin, percuté par un véhicule. L’accident a provoqué la colère de ses camarades qui ont bloqué la route pendant quelques heures.
 
Plusieurs manifestations ont eu lieu à Goma pour dénoncer cette situation : des étudiants, des motards, des commerçants et des membres de la société civile sont sortis protester contre les conditions de vie insupportables dans la ville. Les propriétaires des stations-service, qu’on appelle ici les 'pétroliers', ont même menacé de fermer leurs stations et de ne plus payer les taxes routières si les travaux n’avançaient pas [les 'pétroliers' payent des taxes au fonds d’entretien routier lors du transport du pétrole de l’Ouganda vers le Congo par voie routière].
 
La semaine dernière, un sit-in a été organisé devant le siège de l’assemblée provinciale du Nord-Kivu. Les manifestants ont demandé la tenue d’une réunion extraordinaire de l’Assemblée nationale pour discuter de l’avancement des travaux dans la ville. Les Gomatraciens trouvent que leurs représentants ne font rien pour porter leur voix auprès du gouvernement central [contacté par FRANCE 24, le président de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, Jules Haikizimwami, a déclaré que la province du Nord-Kivu n’avait aucun moyen de faire pression sur l’entreprise pour demander l’accélération des travaux car celle-ci a été mandatée par le pouvoir central. Pour sa part, le ministre de l’Aménagement des territoires, interrogé sur la question a assuré devant le Parlement que "toutes les batteries étaient déjà en marche pour l’exécution des travaux"].
 
 
 

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