Le chemin de croix de l’aspirant fonctionnaire sénégalais

 
Ils sont des centaines par jour à se présenter devant un bâtiment administratif de la rue Mousse Diop, à Dakar, pour soumettre leur candidatures à un poste dans la fonction publique. Ils viennent de tout le pays, et nombreux sont ceux qui passent la nuit dans la file d’attente pour être sûrs de pouvoir déposer leur dossier. Car les places sont chères.
 
Selon les derniers chiffres, le chômage toucherait 49 % de la population sénégalaise. Pour lutter contre ce fléau, le gouvernement sénégalais a lancé un grand recrutement de 5 591 agents de la fonction publique. Ce chiffre peut paraître assez ambitieux. Il est pourtant très loin de la promesse de campagne du président Macky Sall, élu en avril 2012, qui était de créer 500 000 emplois durant son mandat – soit 100 000 par an pendant cinq ans. Dans un pays où mêmes les jeunes diplômés peinent à trouver du travail, les chômeurs et autres "mal-employés" se bousculent donc aux portes pour tenter d’obtenir un contrat de fonctionnaire, qui leur garantirait la sécurité de l’emploi.
 
Parmi ces 5 591 nouveaux postes, la grande majorité sera dans le secteur de la sécurité :  1 000 recrues pour la police ; autant pour la gendarmerie ;  1 135 pour l’armée. Deux-cent dix postes seront réservés aux étudiants de l’École nationale d’administration (l’ENA) et du Centre de Formation judiciaire (CFJ).
 
Le ministre de la fonction publique, Mansour Sy, a tenu à expliquer que les critères examinés pour choisir les candidats seraient leur diplôme, leur mérite, leur âge et leur engagement citoyen. Cependant, l’association des diplômés chômeurs du Sénégal a déjà émis des craintes que le processus ne soit pas transparent, et compte organiser un sit-in la semaine prochaine.
 
Cette vidéo, filmée par Amadou Kagal Ndiaye, un réalisateur de documentaires qui vit à Dakar, montre des centaines de personnes attendant pour déposer leurs candidatures au bâtiment administratif de la rue Mousse Diop le 19 février. Dans la seconde partie de la vidéo, le réalisateur parle à un jeune homme qui lui explique qu’il est venu de la commune de Gandiaye, dans la région Kaolack, à environ trois heures de route de Dakar.
Contributeurs

"Je prie pour être retenu, mais honnêtement, je sais que j’ai très peu de chances. Je n’ai aucun ami ou parent dans la fonction publique"

Abdou, 29 ans, travaille comme agent administratif dans un hôpital de la banlieue de Dakar. Précaire, il a déposé sa candidature pour obtenir un autre poste au même grade, mais cette fois dans la fonction publique.
 
Je gagne environ 50 000 francs CFA [environ 76 euros] par mois, ce qui n’est pas suffisant pour un jeune marié comme moi – je dépense 35 000 francs CFA [53 euros] par mois juste pour notre loyer. Si j’arrivais à obtenir un poste dans la fonction publique, je pourrais gagner entre 110 000 et 150 000 francs CFA [entre 167 et 228 euros] par mois. Ca me changerait la vie.
 
Je prie pour être retenu, mais il faut être honnête, je sais que j’ai très peu de chances. Je n’ai aucun ami ou parent dans la fonction publique, ce qui, tout le monde le sait, compte beaucoup. Et quand je suis allé déposer mon dossier, le 19 février, je dirais qu’il y avait environ 800 autres candidats qui attendaient – alors je n’ose pas imaginer combien de dizaines de milliers de personnes ont postulé. [Plus de 120 000 dossiers auraient déjà été enregistrés par le ministère de la fonction publique. La période de dépôt de candidatures, qui a débuté il y a un mois, devait se clôturer le 20 février, mais a été prolongée jusqu’au 8 mars.]
 
Je suis arrivé à 5 heures du matin, et j’ai enfin réussi à déposer mon dossier à 16 heures. Il y avait beaucoup de magouilles. Certaines personnes, qui avaient passé la nuit dans la file d’attente, n’étaient en fait pas du tout venues déposer leurs candidatures – elles ont revendu leurs places à des prix allant de 10 000 à 20 000 francs CFA [entre 15 et 30 euros]. Il y avait aussi des vigils qui faisaient entrer d’abord les gens qui leur envoyaient du crédit téléphonique.
 
"Je suis déçu par notre président, pour qui j’avais voté. Ces emplois, ce n’est rien par rapport à ce qu’il nous avait promis"
 
Mon dossier m’a demandé des semaines de préparation. On nous a demandé nos CV et nos diplômes, bien sûr, mais aussi nos casiers judiciaires, à récupérer au tribunal ; nos "certificat de bonne vie et de mœurs", à récupérer auprès de la police ; nos extraits de naissance et un certificat de visite médicale. Pour mon extrait de naissance, j’ai dû rentrer dans ma ville natale, à 70 kilomètres de Dakar.
 
Ma femme aussi a postulé, pour devenir secrétaire, ainsi que nombre de nos amis. Tout le monde veut rentrer dans la fonction publique. Cela représente une très grande sécurité dans un pays où l’emploi est instable.
 
Personnellement, je suis très déçu par notre président, pour qui j'avais voté. Ces 5 000 et quelque postes, ce n’est rien comparé à ce qu’il nous a promis. Et ce n’est rien par rapport à la demande.

Commentaires

Pourquoi les gens ne

Pourquoi les gens ne comprennent ils pas que l’État ne créer pas de richesse, c'est partout pareil quand une crise arrive, tout le monde ne pense qu'a entrer dans la fonction publique alors que ce n'est qu'un petit pansement qui ne soigne rien.

Les États doivent se concentrer sur la micro économie au lieu de vouloir faire de la macro économie, aujourd'hui la macro économie est trop malade pour aider les nations en difficulté.

I agree with you!

Je suis tout a fait d'accord avec vous "Tyrion"! Les gens ne sont pas informe, ils vivent dans l'ingnorance! Les promesses de campagne et la realite sont comme le jour et la nuit. C'est triste! Je vois beaucoup de similarites entre the President Senegalais et President Obama, beaucoup d'expectation, beaucoup de promesses mais les attentes du peuple sont tres grande. Il faut une autre approche pour regrer ce douloureux probleme.

Guy - USA



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