Des supporters anglais tabassés par des néo-nazis : "Je ne m’attendais pas à ça en France"

Le virage nord du Stade Gerland a été le lieu de revendications néonazis par certains supporters. Photo prise en 1987.
 
Un groupe de supporters anglais en déplacement à Lyon, dans le sud-est de la France, pour un match de football a été violement agressé dans la nuit de mercredi à jeudi par des individus cagoulés. Leur club, Tottenham, est régulièrement la cible de groupes néo-nazis parce que considéré comme historiquement "juif ". 
 
Tottenham joue contre l’Olympique lyonnais jeudi soir en Ligue Europa. Les supporters anglais, arrivés hier , prenaient un verre dans un bar du Vieux-Lyon lorsqu’ils ont été agressés. Certains des attaquants ont entonné des chants anti-sémites, d’autres faisaient même le salut nazi, selon des témoins. Les images des dégâts ont été publiées sur Twitter par des supporters présents dans le bar.
  
    Photos publiées sur Twitter par Sarah THFC et Mark D euronews.
     
    Sept personnes ont été blessées, dont une a été transportée à l’hôpital. Dans des vidéos filmées par des voisin alertés par le bruit, on voit des personnes vêtues de noir lancer des chaises avant de s’enfuir.
     
    Vidéo initialement postée par un voisin du bar, reprise par Catchmeupful sur son Youtube.
     
    Trois personnes ont été interpellées et selon le préfet délégué à la sécurité, l'un est membre du groupe d'extrême droite les Identitaires, les deux autres sont désignés comme des hooligans. L’Olympique lyonnais comporte une frange ultra, les Bad Gones, autour de laquelle gravite des individus appartenant à des groupuscules néonazis. Le club a officiellement présenté ses excuses sur son site Internet en dénonçant l’acte de "pseudos supporters".
     
    Le club de Tottenham, fondé en 1882, est associé, pour des raisons historiques, à la communauté juive du nord de Londres. En novembre, neuf supporters avaient été blessés lors d’une agression au couteau à Rome par des ultras du club de football de la Lazio. 

    "Je n'ai même plus envie d'aller au stade après ce que j'ai vécu"

    Shahin Mossavat est un supporter de Tottenham. Il était dans le bar au moment de l’attaque.
      
    On était dans le pub avec des amis, quand on a entendu un groupe de personnes qui scandaient des chants de supporters. On s’est dit que c’était des supporters lyonnais qui passaient par là. Puis ils ont lancé une première chaise à travers la vitre du bar qui a explosé en mille morceaux. On s’est réfugiés au fond du bar pour se protéger des éclats, la première attaque n’a duré que cinq minutes.
     
    On pensait que c’était terminé, mais quelques minutes plus tard, ils sont revenus et ont lancé tout ce qu’ils pouvaient sur la devanture du bar, des chaises, des pierres, des tables, pendant vingt minutes. Certains ont réussi à rentrer et ont échangé quelques coups avec des supporters avant de se faire dégager de force par le propriétaire, qui a bloqué les entrées et les fenêtres avec des tables.
     
    C’était totalement inattendu. Je n’aurais jamais pensé avoir des problèmes en France [le propriétaire du bar avait prévenu la police samedi dernier de fortes chances de débordements ]. On est juste des supporters venus assister à un match. Ce qui s’est passé m’a estomaqué, je n’ai même plus envie d’aller au stade.
     
     
     

    "Les supporters se font appeler 'les juifs' pour lutter contre le racisme"

    Jamie Mayes vit à Londres et supporte Tottenham. Il revient sur les liens historiques entre le club anglais et la communauté juive de Londres.
     
    Historiquement, Tottenham est un club supporté par la communauté juive du nord de Londres depuis le début du XXe siècle. Ce n’est pas un cas isolé, c’est également le cas de l’Ajax d’Amsterdam qu’on rapproche également de la communauté juive, ou le même schéma chez les Celtic Glasgow dont les supporters sont catholiques.
     
    Même si elle constitue un socle des fans du club, l'aspect religieux a été peu à peu abandonné, et aujourd’hui, c’est surtout de père en fils qu’on est supporter de Tottenham, ou pour d’autres raisons, comme le fait de vivre proche du stade ou parce qu’on aime un joueur de l’équipe. Certains disent que c’est parce que le président du club, Daniel Lévy, est juif que ce sentiment s’est renforcé, mais c’est surtout une façon de trouver des excuses à des actions inacceptables et injustes.
     
    En opposition à cette haine raciste, les supporters de Tottenham se font appeler 'The Yid' (les juifs en yiddish) ou la 'Yid Army'. C’est un surnom affectueux pour lutter contre l’intolérance et faire corps avec ces supporters pris à partie. C’est souvent perçu par les autres comme une provocation, c’est pour ça que, personnellement, je préfère le surnom historique des 'Spurs' (NDLR : les éperons) pour désigner mon équipe.
     
     


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