Une caricature du roi d'Arabie saoudite fait polémique au Liban

 
Un dessin géant jugé attentatoire au roi Abdallah d’Arabie saoudite apparu mardi dans les rues de la capitale libanaise fait des remous au Liban. Une polémique qui intervient dans un contexte de tensions entre Beyrouth et les pays du Golfe.
 
La photo est devenue virale dès son apparition sur les réseaux sociaux. Elle montre une affiche géante accrochée au dessus d’un pont à Antelias, dans la banlieue nord de Beyrouth à majorité chrétienne, représentant le souverain wahhabite. La caricature représente le roi sur une carte de jeu brandissant une épée tachée de sang. Selon la presse locale, elle a été retirée par les forces de l’ordre quelques heures après sa découverte, dans la matinée de mardi. Selon le quotidien l’Orient-Le Jour, une affiche similaire aurait aussi été placardée dans le village de Fanar, non loin de la capitale.
 
Ce happening n’a pas été du goût de la justice libanaise qui a annoncé, dès mercredi, l’ouverture d’une enquête pour retrouver les auteurs de l'affiche.
 
"Si tu es aimable avec l’homme digne, il t’en sera reconnaissant. Mais si tu l’es avec le vaurien, il se retournera contre toi [il s'agit d'un vers du poète arabe al-Moutanabby, NDLR]. C'est la récompense pour les milliards d'aide financière donnés au Liban."
 
La photo a également été largement partagée et dénoncée sur les réseaux sociaux saoudiens.
 
Pour beaucoup d’internautes libanais, cette caricature constitue en fait la réponse du berger à la bergère au journal saoudien Al-Watan. Cette publication avait, en effet, sorti quelques jours auparavant une caricature du patriarche maronite libanais Mgr Béchara Raï, accusé d’être proche du régime de Bachar al-Assad, pour dénoncer une visite qu’il venait d’effectuer en Syrie les 9 et 10 février. Ce dessin représente le dignitaire religieux portant un missile sur la tête en guise de mitre.
 
Cette guerre des caricatures intervient dans un contexte marqué par de fortes tensions entre le Liban et les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). L'Arabie saoudite soutien en effet la rebellion en Syrie, est menée par une majorité de combattants sunnites. Tandis que des combattants du Hezbollah libabanais, un mouvement politique chiite, se battent aux côtés des forces régulières syriennes. Enfin Michel Aoun, leader politique libanais de confession chrétienne maronite, s'est rangé dans le camp du Hezbollah. Autant de divisions politiques et confessionnelles qui accroissent les tensions internes au Liban, mais aussi entre ce pays et l'Arabie saoudite.
  
La presse libanaise s'inquiète d'ailleurs des répercussions que pourrait avoir cette crise sur les nombreux Libanais installés dans les pays du Golfe. Entre 2009 et 2012, des centaines de familles libanaises chiites ont été expulsées des Émirats arabes unis, car soupçonnés d’être proches du Hezbollah.
Contributeurs

"Quelqu’un qui dessine une caricature ne devrait pas être poursuivi par les autorités"

Ali Latifa Fakhri est membre du mouvement libanais Anti-Racism à Beyrouth.
  
Je m’étonne de la célérité avec laquelle les autorités libanaises ont ouvert une enquête pour arrêter les auteurs de cette caricature. Nous sommes censés être en démocratie mais, en réalité, nous vivons sous un régime qui n’hésite pas à mobiliser l’appareil de sécurité et de renseignements de l’État contre quelques malheureux gribouilleurs, alors qu'il ne lève pas le petit doigt pour retrouver un enfant qui a été kidnappé hier à Janah [un quartier de Beyrouth].
 
Quelqu’un qui dessine une caricature ne devrait être inquiété ou aller en prison, peu importe son camp politique ou sa religion. Nous sommes devant une affaire éminemment politique et très sensible. Apparemment, le Premier ministre tente d’étouffer par tous les moyens la crise avec l’Arabie saoudite, et ce au mépris de la liberté d’expression et des droits de l’Homme.
 
Le peuple libanais est pris entre le marteau et l’enclume car le pays est gouverné par deux camps : le camp du 8-Mars, plutôt favorable au régime syrien, et celui du 14-Mars, qui soutient plutôt la révolte contre Assad. Si vous exprimez votre soutien à l’un des deux camps, vous êtes systématiquement harcelés par le camp adverse. J’ai été moi-même emprisonné pendant deux jours en avril 2012 parce que j’avais dessiné des graffitis à Beyrouth lors d’une manifestation contre Bachar al-Assad. 
  


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