Des Libyens s’enflamment pour le rugby, sans maillots ni terrain

 
Le petit club de rugby de l’Ahly de Tripoli vient de remporter la première phase de la coupe de Libye. Une information qui, certes, n’éclipsera pas le Tournoi des six nations, mais qui fait tout de même vibrer nos Observateurs, fans du ballon ovale, dans un pays où le foot est roi.
 
La Libye ne dispose pas de fédération nationale de rugby, seulement de comités locaux qui organisent, sans moyens, une coupe qui regroupe les huit clubs du pays, basés à Tripoli et à Benghazi.

"Seul le foot avait droit aux honneurs, sûrement parce que Saad Kadhafi était un joueur professionnel"

 
Abdelkarim Forjani est un ancien joueur de rugby (2001-2007). Depuis 2009, il est membre du Comité de rugby de Libye.
 
Le rugby a été un peu pratiqué dans les années 1960 par des expatriés qui travaillaient dans des entreprises ou des bases militaires étrangères. C’était un passe-temps. En 1998, des expatriés français et britanniques ont créé un vrai club de rugby, le Tripoli Barbarians. Cinq ou six Libyens en faisaient partie. La plupart des matchs avaient lieu en Tunisie ou à Malte, mais nous avons aussi organisé quelques matchs ici contre des équipes étrangères. Nous étions aidés financièrement par les ambassades. Mais jusqu’en 2009, notre sport n’avait aucune existence légale.
 
Le pouvoir refusait de reconnaître le rugby, peut-être parce qu’il était considéré comme un sport violent [la boxe et la lutte ont été interdites sous Kadhafi pour cette raison]. Seul le foot avait droit aux honneurs, sûrement parce que Saad Kadhafi, un des fils de Mouammar, était joueur professionnel et président d’un club de Tripoli. De toute façon, l’ancien régime n’accordait pas d’importance au sport en général, à l’exception des performances de Saad Kadhafi.
 
"Nous sommes en train d’initier des jeunes de Misrata à ce sport"
 
La révolution a évidemment marqué les clubs de la ville. Les matchs se sont arrêtés et nous avons eu deux morts et onze joueurs blessés. Aujourd’hui, ces blessés s’occupent de tâches administratives au sein du comité car ils ne peuvent plus jouer.
 
Aujourd’hui, nous avons 133 joueurs à travers tout le pays. À Benghazi ils ont commencé à jouer en 2007. Il faut qu’une troisième ville s’y mette. Nous sommes en train d’initier des jeunes de Misrata à ce sport. Nous comptons beaucoup sur la visite du responsable du développement du rugby en Afrique du Nord, qui vient de Tunisie, ainsi que sur le soutien du comité olympique pour rendre ce sport plus populaire en Libye.
 
La coupe de rugby de Libye remportée par le club d'Ahly de Tripoli remise au capitaine de l'équipe le 4 février. Photo publiée sur Facebook par Libyan Alahadi.

"Nous n'avons pas de terrain de rugby. Avec des poteaux, nous jouons sur des terrains de foot"

 
Alaa est blogueur au sein de Libyablog (une plateforme mise en place par RFI et FRANCE 24) et pratique le rugby depuis trois ans. Il a remporté la première phase de la Coupe de Libye avec son club Al Ahly.
 
La première fois que j'ai entendu parler de l'existence de ce sport en Libye, c'était il y a quatre ans. Le cousin d'un ami jouait dans un club et il m’a amené avec lui. Au début j'étais juste curieux, mais j’y ai pris goût.
 
J'aime l'esprit de fraternité qui règne, non seulement entre les co-équipiers mais même entre les joueurs des différentes équipes. Il arrive souvent, par exemple, que nous nous entraînions ensemble. C'est un esprit que je ne retrouve pas dans le foot, mais c’est peut-être simplement parce que notre sport est moins populaire et qu'il y a par conséquent moins de pression sur les joueurs.
 
Ce qui est aussi particulier dans le rugby, c'est qu'il n'y a pas réellement d'action individuelle comme au foot. On ne peut rien faire tout seul et chaque but est réellement le fruit de l'effort de toute l'équipe. C'est également un sport très physique, où il ne faut pas avoir peur d'entrer dans un corps-à-corps avec l'adversaire.
 
"Il faudrait expliquer les règles aux Libyens"
 
Je m'entraîne trois fois par semaine avec mon équipe. Nous n'avons pas de terrain de rugby. Avec des poteaux, nous jouons sur des terrains de foot. Quant à nos tenues, nous devons les emprunter au Comité de rugby de Tripoli. D'autres clubs, comme celui des Chabab de Tripoli, utilisent les tenues des footballeurs. Pour les ballons, ce sont soit des dons du Comité, soit grâce à des amis qui nous les amènent de l’étranger. Quant au financement, nous avons parfois un peu d’'argent du ministère des Sports, mais c’est irrégulier. Le reste du temps, le club vit des dons des joueurs.
 
Il faudrait aujourd'hui faire parler de ce sport et notamment en expliquer les règles, car même les spectateurs qui assistent aux matchs n'y comprennent pas grand-chose. Certains le confondent avec le football américain.
 
 
Une vidéo d'un des joueurs du club de rugby de Tripoli pour expliquer comment faire un "ruck". Publiée sur Youtube.
 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.



Fermer