Vidéo : humiliation de "voleuses" en Angola

Capture d'écran de la vidéo dans laquelle deux femmes sont battues.
 
Une vidéo, diffusée la semaine dernière sur les réseaux sociaux, montre de présumées voleuses humiliées et maltraitées par un groupe d’hommes dans un supermarché de Luanda, la capitale angolaise. Pour notre observatrice, ces images sont révélatrices du "manque de respect" envers les femmes dans son pays.
 
Les premières secondes de cette vidéo sont sans violence, mais elles laissent présager de la suite. On y voit deux femmes photographiées et filmées avec une bouteille de champagne qu’elles auraient tenté de dérober, selon leurs agresseurs, dans un rayon du supermarché Prelex. La scène se déroule dans un entrepôt non loin du magasin.
 
Très vite les choses dérapent. Le groupe d’hommes se met à frapper les deux femmes à coups de ceinture et de bâton sur toutes les parties du corps, avant de les contraindre de manger du piment, puis de les attacher à un poteau pour leur faire subir d’autres sévices.
 
En Angola, cette vidéo a choqué l’opinion publique et fait réagir la société civile. La présidente de l’Organisation des femmes angolaises (OMA), Luzia Ingles, a notamment réclamé une "punition sévère", tandis que le Conseil de coordination des droits de l’Homme en Angola a exhorté le gouvernement à mettre fin "à l’impunité qui règne dans le pays."
 
Le Bureau du procureur général de la République d’Angola s’est saisi de cette affaire et la police a procédé à onze arrestations, parmi lesquelles le directeur du supermarché qui a reconnu avoir participé aux faits. Les suspects encourent jusqu’à huit ans de prison.
 
Attention : si de nombreux passages ont été coupés par FRANCE 24, certaines images restent choquantes.
 
 
 
Contributeurs

"La violence contre les femmes est courante dans mon pays"

Delma Monteiro est consultante indépendante spécialisée sur les questions du sida et des droits de l’Homme. Elle vit à Luanda.
 
Cette vidéo est très choquante. En dehors de la cruauté et du sadisme des agresseurs, j’ai été aussi frappée par l’attitude de la femme présente dans la pièce qui fait comme si de rien n’était [elle apparaît à la toute fin de la vidéo, lorsque les deux femmes sont attachées au poteau, ndlr].
 
Malheureusement, ces actes de violence sont monnaie courante dans ce pays parce qu'il existe un manque de respect évident envers les femmes. Beaucoup de crimes similaires demeurent impunis. Si la vidéo de ces deux femmes martyrisées a naïvement été publiée par ses auteurs sur You Tube, c’est parce qu’ils se sentent intouchables. Et ceux qui n’échappent pas à la justice écopent généralement de peines si légères, qu’elles engendrent souvent la récidive.
 
Le changement de mentalité est un processus qui doit impliquer toute la société
 
Cette justice à deux vitesses se répercute également dans les affaires de crimes passionnels où la peine de prison est plus lourde quand la victime est un homme. L’affaire Nerika Loureiro est un exemple frappant. Cette jeune femme a été condamnée en 2011 à une peine exemplaire de dix-sept ans de prison pour avoir assassiné son mari, sans que les raisons exactes de ce meurtre n’aient pu être élucidées (était-elle violentée ?) Romana Belarmino a, quant à elle, été battue à mort par son époux sous les yeux de son fils de 5 ans il y a un an. L’homme n’a officiellement jamais été retrouvé et aucune information sur l’instruction de l’affaire n’a été rendue publique.
 
L'Assemblée nationale a approuvé le 14 juillet 2011 une loi sur la violence domestique, mais son manque de clarté n’est d’aucun secours pour les femmes victimes de violence. Si la loi dit qu’il faut éduquer sur les questions d'égalité entre les sexes, rien n'a été fait en ce sens jusqu’ici.
 
Le changement de mentalité est un processus qui doit impliquer toute la société, elle ne relève pas seulement de la responsabilité du gouvernement. Certaines femmes voient la violence comme une fatalité car il n’existe aucune structure capable de les écouter, les soutenir et les conseiller. Du coup, les enfants grandissent dans ce climat nauséabond, presque normal à leurs yeux, et reproduiront, pour certains d’entre eux, le même schéma.
 


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