"Chauffeur de taxi", le rap coup de gueule contre la misère en Iran

 
À 23 ans, Emad Ghavidel est un rappeur novice mais passionné. Ses sujets de prédilection : les maux de la société iranienne. Dans son dernier clip "Chauffeur de taxi", qui se partage sur Internet, il raconte le difficile quotidien des classes populaires iraniennes. Un succès.
 
Ce jeune Iranien habite Rasht, dans le nord du pays. Il découvre le rap persan dans les années 1990 puis est présenté en 2009 à YAS, un des rappeurs iraniens les plus célèbres du pays, mais aussi le premier autorisé à se produire en Iran. Cette rencontre est décisive pour lui. Il décide de se lancer dans un rap à vocation sociale.
 
 
Contributeurs

"Quand les gens négocient pour 30 centimes d’euro, il y a un problème"

Je sais ce qu’il faut endurer quand on est taxi : la pauvreté, les problèmes familiaux qu’elle engendre. J’ai été moi-même chauffeur de taxi pendant un moment [il n’est pas rare que des Iraniens s’improvisent taxi parallèlement à une autre activité. Selon nos Observateurs iraniens, la course de taxi est au minimum de 5 000 rials soit 30 centimes d’euro. Les chauffeurs gagneraient une dizaine d’euros par jour. En 2012, le salaire moyen était d’environ 300 euros en Iran].
 
C’est une vie vraiment difficile. J’ai aussi connu un chauffeur qui, alors qu’il faisait le trajet Rasht-Téhéran, s’est fait arrêter à un poste de contrôle et a passé un an en prison parce qu’un de ses passagers avait de la drogue sur lui. Il a perdu son taxi, donc son gagne-pain. C’est à force de parler avec eux et de voir toutes ces difficultés que j’ai décidé de chanter cette chanson. J’ai écrit les paroles en quelques jours pendant les fêtes de Norouz [Nouvel An iranien, le premier jour du printemps].
 
Je ne pense pas avoir pris de risques en parlant des problèmes économiques rencontrés par les Iraniens. Finalement, tout le monde parle de ça en ces temps de crise. On ne peut pas nier qu’il y a un problème aujourd’hui quand des gens négocient pour 0.25 centimes d'euros avec leur chauffeur de taxi !
 
"Le rap parle beaucoup de fête et de sexe, il est temps qu’il se tourne vers le social"
 
Le rap est un style musical underground en Iran, il n’est pas reconnu par les autorités [seuls quelques rares chanteurs sont autorisés]. Mais ça n’a pas empêché ma chanson de devenir populaire. Ce qui a tout déclenché, c’est quand elle est passée sur PMC [une chaîne iranienne basée à Los Angeles]. Et jusqu’à présent, tous les chauffeurs de taxi que j’ai croisés m’ont dit qu’ils appréciaient ma chanson.
 
Je pense que le rap se doit désormais de parler des problèmes sociaux. Jusqu’à présent, on entendait beaucoup de chansons sur les fêtes, l’amour, le sexe, mais maintenant il est temps pour les rapeurs de se tourner vers les vrais problèmes qui les entourent et qui les concernent aussi directement.
 
J’ai toujours aimé chanter. Dans ma ville, on avait seulement deux magasins d’instruments de musique et les vendeurs ne mettaient quasiment jamais de guitares en vitrine car elles étaient considérées comme trop occidentales. Mais, quand ça arrivait, je m’arrêtais toujours devant sur le chemin de l’école pour les regarder. Puis, finalement, ma mère m’en a acheté une, c’était le plus beau jour de ma vie. Ensuite, j’ai découvert des rapeurs comme Eminem, mais aussi le rap persan. Et comme j’avais beaucoup de choses à dire, j’ai choisi de raper moi aussi.  
 
Ma première chanson, c’était un texte à deux voix sur Homs. Je l’avais appelé "Bataille pour Homs" en solidarité avec les combattants syriens de la ville qui se battent pour la liberté. J’ai aussi écrit sur les femmes qui se font brûler le visage à l’acide par les hommes qui les juges amorales, des choses qui ont déjà eu lieu en Iran.
Billet réalisé avec la collaboration d'Omid Habibinia, journaliste.

Commentaires

les amis de mes amis sont mes amis

Difficile de témoigner de la difficulté de vie en IRAN pour ne pas la vivre et ne pas la vivre.
Nombre de personne pense leurs plais et leurs peines. La cicatrisation est notre constitutif.
Les peuples de la terre sont votre soutien vos principes et vos valeurs sont modèles.

Très cordialement "la base de la base"



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