Les Égyptiennes sortent les couteaux contre les agressions sexuelles

 
Tahrir, c’est le symbole de la révolution égyptienne. Mais, depuis ces derniers mois, cette place du centre du Caire est aussi devenue le triste théâtre d’un nombre impressionnant d’agressions sexuelles. Et c’est en manifestant armées que des Égyptiennes ont décidé de dénoncer cette violence endémique.
                                                                                                
Selon les groupes anti-harcèlement locaux, 19 agressions sexuelles ont eu lieu au cours de la seule journée du 25 janvier au niveau de la place Tahrir où des manifestants célébraient les deux ans de la révolution. Ce jour-là, une des victimes a été agressée par une foule et violée avec un objet tranchant. Une violence extrême qui a indigné nombre de personnes en Égypte, un pays où le harcèlement sexuel est courant, notamment dans les grandes villes. Plus de 80 % des femmes en ont été victimes selon le Centre égyptien pour le droit des femmes
 
Dans un communiqué publié cette semaine, l’organisation Amnesty International exhorte les autorités égyptiennes à tout faire pour que les auteurs d’agressions sexuelles soient jugés. S’adressant au président Mohamed Morsi, l’organisation a, par ailleurs, demandé à ce que des "mesures radicales soient prises pour mettre un terme à cette culture de l’impunité". Les activistes égyptiens exigent quant à eux une protection policière renforcée ainsi que la mise en place d’une unité spéciale en charge des violences sexuelles. 
 
Manifestation des Égyptiennes mercredi.
Contributeurs

"L’objectif des violeurs, c’est qu’on ne descende plus dans la rue"

Sally Zohney milite pour le droit des femmes. Elle vit au Caire.
 
En écoutant les médias parler de la série de viols du 25 janvier, on avait l’impression que les femmes n’avaient plus d’autre choix que de cesser de manifester place Tahrir. Mais c’est justement l’objectif des violeurs et des agresseurs. Nous avons donc voulu leur montrer que ça ne marcherait pas en allant manifester et en appelant le gouvernement à renforcer la protection des manifestants. Nous avons marché au cri de 'Tant que le corps des femmes ne vaudra rien, nous protesterons contre le président'.
 
Actuellement, la loi n’arrive pas à nous protéger. Les policiers expliquent aux femmes agressées qu’elles méritent ce qui leur est arrivé, car ce sont elles qui ont décidé de sortir manifester. Et comme le gouvernement laisse régner ce climat d’impunité, ça alimente le phénomène. 
 
Les manifestantes au début de la manifestation. Photo : Kandil
  
"Les femmes armées voulaient montrer que, désormais, elles sauraient répliquer"
 
Le message des dizaines de femmes qui brandissaient des bâtons ou des couteaux de cuisine, c’était de montrer qu’elles sauraient désormais se défendre en cas d’agression. J’avoue que c’était effrayant, mais je comprends leur démarche.
 
Heureusement, personne n’a attaqué le cortège. Nous étions escortées par des bénévoles, dont beaucoup de membres d’OpAnti-Sexual Harassment. Ils ont formé une sorte de bouclier humain autour de nous. Étant donné que des manifestations pour le droit des femmes ont déjà été attaquées, nous sommes toutes un peu paranoïaques.
 
Photo : Kandil.
 
Il y avait des jeunes et des adultes, mais aussi des parents en colère qui nous ont crié leur soutien et leur fierté. Une victime de viol qui avait raconté son histoire aux médias est venue. Sa présence signifiait beaucoup pour nous. Nous avons envoyé un message fort : les femmes sont de retour dans les rues, même celles qui ont subi des attaques.
 
Mais il n’y a pas que les manifestations. Le harcèlement sexuel est un problème quotidien. Ne serait-ce que sur la route vers le rassemblement, un homme a essayé de me toucher la poitrine. J’ai réussi à le repousser mais c’est éreintant de devoir toujours être sur le qui-vive, de vérifier qui est derrière, devant ou à côté de vous. 
 
Photo : Kandil.

Commentaires

Harcelement, ça na pas changé

Je me souviens qu'avant la révolution l’Égypte avait ce même problème.
Ça décourage le tourisme si n'importe quel homme se croit permis de toucher les fesses de n'importe quelle femme seule ou accompagné.

Go les nanas ! Battez-vous,

Go les nanas ! Battez-vous, montrez vos crocs !!
Tous les êtres humains ont droit au respect SAUF ceux qui ne respectent pas les autres.
Elle est belle cette Egypte parce qu'elle est juste et courageuse.

Violence en Égypte

Dure réalité.
Aussi à ce sujet : http://bit.ly/UDDTsD.



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