Les blessés de la révolution dénoncent le système "clientéliste" d’attribution des aides

Des blessés et leurs familles devant le bâtiment du conseil des ministres.
 
Une dizaine de blessés de la révolution yéménite campent depuis plus de 10 jours devant le bâtiment du conseil des ministres à Sanaa pour exiger du gouvernement une prise en charge médicale à l’étranger. Ils affirment que le ministre en charge du dossier fait passer en priorité les militants de son parti.
 
Dès son élection en février 2012, le président Abd Rabbo Mansour Hadi a publié un décret engageant le gouvernement à couvrir les soins à l’étranger des personnes blessées au cours de la révolte populaire qui a mené au départ d’Abdallah Saleh. Une ONG, Wafa, a été chargée de traiter les dossiers des victimes et un certain nombre d’entre-elles ont pu bénéficier de soins en Turquie et en Égypte. Des blessés, ainsi que les familles des personnes tuées au cours de la révolte, ont par ailleurs été dédommagés (entre 1300 et 3500 euros), toujours au travers de l’ONG. Le choix de cette association est toutefois contesté par beaucoup, qui l’accusent de favoritisme.
 
Une dizaine de blessés de la révolution ont donc organisé un sit-in devant le siège du conseil des ministres et sont en grève de la faim depuis 11 jours. Ils exigent des autorités d’accélérer la procédure de leur prise en charge. Face aux silences des autorités, un des participants au sit-in s’est même immolé par le feu mardi. Le nombre des blessés de la révolution au Yémen est estimé à 12 000. Certains cas graves sont traités dans des hôpitaux en Allemagne, à Cuba et en Chine. À la question de la prise en charge des blessés, s’ajoute un débat autour de la mise en place d’une commission d’enquête pour désigner les responsables des violences commises durant la révolution, notamment lors du massacre à Sanaa dit du "vendredi de la dignité ", le 18 mars 2011.
 
Le sit-in en journée devant le bâtiment du conseil des ministres.
Contributeurs

"Nous soupçonnons aujourd’hui l’ONG de privilégier les blessés proches du parti du ministre des Finances"

Ahmed al-Hached est avocat. Il participe au sit-in des blessés de la révolution.
 
Onze personnes ont poursuivi l’État en justice après s’être vu refuser une prise en charge médicale à l’étranger en dépit des certificats médicaux qu’ils ont produits. Le tribunal administratif de Sanaa leur a donné gain de cause et ordonné à l’État de débloquer la somme de 350 000 dollars afin qu’ils puissent être soignés en Allemagne et à Cuba. La décision de justice a été rendue en novembre 2012 et depuis le gouvernement traîne des pieds, comme si on voulait punir ces malades qui ont osé poursuivre l’État en justice. Les autorités n’ont à ce jour effectué aucune démarche auprès de nos ambassades à l'étranger pour réserver des places dans les hôpitaux concernés. Or, ces réservations sont nécessaires pour que les blessés obtiennent des visas.
 
 
C’est le ministre des Finances, Sakhr al-Wadjih, qui a chargé l’ONG Wafa, dont il est membre fondateur, de sélectionner les malades devant bénéficier de soins à l’étranger. Nous soupçonnons aujourd’hui l’ONG de privilégier les blessés proches du parti de ce ministre, en l’occurrence Al-Islah [l'association a nié avoir favorisé certains blessés plus que d'autres]. Il existe bien une commission interministérielle chargée de traiter les dossiers des malades nécessitant des soins à l’étranger. Malheureusement, elle ne dispose pas de moyens suffisants pour exercer sa mission. Sakhr al-Wadjih, qui tient les cordons de la bourse, a alloué une somme de 100 millions de rials (environ 345 000 euros) alors qu’il a octroyé 500 millions de rials (environ 1,7 million d'euros) à son association. Nous exigeons que les dossiers des blessés de la révolution soient traités de manière transparente, selon des critères exclusivement médicaux et non l’appartenance à tel ou tel parti.
 "En sit-in et en grève de la faim, jusqu'à la décision de justice concernant les blessés de la révolution soit appliquée et que ceux qui empêchent cela soient jugés"


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