La mort "sous la torture" d’un opposant égyptien met le feu aux poudres

Une foule considérable était venue lundi accomplir une prière à la mosquée Amr Makram du Caire, à la mémoire de Mohamed el-Guendi et Amr Saâd. Photo postée sur Facebook.
 
Deuxième nuit consécutive de violences hier en Égypte après la mort lundi dans des circonstances troubles d’un militant de l’opposition, Mohamed el-Guendi. Selon ses proches, le jeune militant aurait été torturé à mort par la police.
 
Des centaines de manifestants en colère ont attaqué, mardi soir, le commissariat central du gouvernorat de la ville de Tantah (capitale du gouvernorat d’al-Gharbeya, au nord du Caire) et jeté des pierres sur les forces de l'ordre venues encadrer la veillée funéraire de Mohamed el-Gendi. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.
 
Mohamed el-Guendi, 28 ans, était membre du parti du Courant populaire de l’opposant Hamdine Sabahi. Il avait disparu dans la nuit du 27 au 28 janvier au cours d’une manifestation aux alentours de la place Tahrir. Le jeune militant a été retrouvé quatre jours plus tard à l'hôpital al-Hilal du Caire, mourant.
 
Photo non datée de Mohamed el-Guendi, prise lors d'une manifestation au Caire.
 
Ses proches et son avocat Mohamed Abdel Aziz affirment qu’il a été torturé dans un camp de la police au Caire, avant d’être transporté à l’hôpital. Ils ont porté plainte contre le ministre de l’Intérieur et le président Morsi. Le médecin qui a mené l’autopsie préliminaire a indiqué mardi dans une interview à la télévision que le décès était dû à un choc violent à la tête provoqué par un objet métallique et que le défunt a eu des côtes et un bras cassés. Il a en outre précisé qu’il faudra attendre le résultat final de l’autopsie qui sera rendu dans quelques semaines avant de pouvoir se prononcer sur les causes exactes de sa mort.
 
Vidéo des funérailles de Mohamed el-Guendi.
 
Auditionnés par le procureur général, les secouristes qui ont transporté le jeune militant à l’hôpital ont affirmé qu’il a été victime d’un accident de voiture. Citant des sources sécuritaires s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, l’agence de presse Reuters a pour sa part  indiqué que Mohamed el-Guendi a perdu conscience au cours de son interrogatoire dans un camp tenu par la police où il aurait été retenu pendant trois jours.
 
La mort de Mohamed el-Gendi intervient dans un contexte marqué par une inquiétante recrudescence des violences policières. Vendredi 1er février, un autre militant a été tué au Caire par des tirs de chevrotine au cours d’une manifestation anti-Morsi. Le jour-même une vidéo particulièrement choquante d’un manifestant dévêtu et sauvagement battu par les policiers avant d’être jeté dans un fourgon de la police avait provoqué un choc dans le pays.
 
La photo de Mohamed el-Guendi prise sur son lit d’hôpital, le visage tuméfié, a fait le tour des réseaux sociaux égyptiens, provoquant l’indignation des internautes.
 
Une page Facebook "Nous sommes tous Mohamed el-Guendi" a en outre été créée sur le modèle de "Nous sommes tous Khaled Saïd", du nom du jeune activiste mort sous les coups de la police le 6 juin 2010 à Alexandrie, et devenu depuis, un des symboles de la révolution.
 
Contactée par FRANCE 24, Magda Boutros, une militante égyptienne des droits de l’Homme, nous a indiqué que son ONG Egyptian Initiative for Human Rights a recensé au cours des quatre premiers mois au pouvoir du président de Mohamed Morsi 15 décès à la suite de brutalités policières : 12 morts par balles et 3 après des tortures. Elle a également indiqué que sur 100 policiers visés par des plaintes de torture, seulement deux ont été condamnés.
 
Affrontements nocturnes entre jeunes et forces de l'ordres à Tanatah après les funérailles d'El Guendi.
Contributeurs

"Nous l’avons cherché pendant trois jours dans les commissariats et les hôpitaux, en vain"

Mohamed Bkhet est activiste. C’était un ami de Mohamed el-Guendi. 
 
J’ai parlé avec Mohamed deux heures avant sa disparition, dans l’après-midi du 27 janvier. Il participait à une marche contre le président Morsi autour de la place Tahrir. Nous avons rapidement commencé à nous inquiéter car son téléphone était éteint et il ne postait plus aucun tweet, ce qui n’était pas dans ces habitudes. Nous l’avons cherché pendant trois jours dans les commissariats et les hôpitaux, en vain.
 
Dans cette vidéo, la mère de Mohamed el-Guendi affirme qu'il a été dans un camp de la police au Caire. 
 
Selon les témoignages que nous avons pu recueillir, Mohamed a été arrêté dans la nuit du 27 au 28 janvier après un accrochage verbal avec un officier qui l’a battu et jeté dans une voiture de police.
 
Le 1er février, le chef du commissariat central du commissariat de Gharbia nous a annoncé qu’il se trouvait à l’hôpital d’al-Hilal au Caire. Le registre de l’hôpital indique que Mohamed est arrivé le 28 janvier au matin. Nous nous étions pourtant rendus à l’hôpital et on nous avait dit qu’il ne s’y trouvait pas.
 
Nous sommes convaincus que notre ami a été torturé à mort parce qu’il a osé rendre une insulte à un officier de police. Nous ne nous tairons pas sur ce qu’il lui est arrivé.
 
Je suis de la même ville que Mohamed [Tantah]. Je l’ai rencontré il y a deux ans dans les manifestations anit-Moubarak place Tahrir. Depuis, il a pratiquement été de toutes les manifestations, contre le Conseil militaire, pendant les événements de la rue Mohamed Mahmoud, et contre les Frères Musulmans. C’était un jeune homme affable et sincère dans son engagement.


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