Un journal birman dénonce la désinformation d’un média d’État

À droite, la photo résultant du crash d'un avion et que The New Light of Myanmar a implicitement associé à l'attaque perpétrée par le groupe armé indépendantiste du Kachin.
 
La liberté de la presse se porte mieux en Birmanie, et le site du journal The Myanmar Times, un hebdomadaire détenu par des fonds privés, vient d’en donner la preuve en osant remettre en cause la véracité d’une légende relative à deux photos publiées dans le quotidien d’État The New Light of Myanmar.
 
C’est The Irrawady, un site spécialisé sur la Birmanie et l’Asie du Sud-Est, qui relaie l’information. Un des clichés publiés dans The New Light of Myanmar présentait les photos d'un cadavre et d'une carcasse de mobylette comme conséquences de l’explosion d’une mine posée par l’armée indépendantiste du Kachin (KIA), un groupe qui lutte pour obtenir l’indépendance de la région du Kachin située dans le nord du pays. Les photos étaient ainsi légendées : "Un innocent meurt dans l’explosion d’une mine près du village de Zanan, sur la route entre Myitkyina et Putao".
 
Or, selon The Myanmar Times, la photo de la mobylette montre en réalité les conséquences d’un crash d’avion survenu le 25 décembre dernier près de l’aéroport de Heho, dans l’État du Shan, à environ 200 kilomètres de la capitale Naypyidaw, dans le centre du pays.
 
Il fallait oser pointer la supercherie d’un journal directement contrôlé par le pouvoir, et ce scénario aurait probablement été inimaginable il y a encore un an. Mais, signe que la Birmanie s’ouvre progressivement depuis l’arrivée au pouvoir de Thein Sein en février 2011, le ministre délégué à l’Information a immédiatement reconnu l’erreur : "J’ai vraiment honte. Nous allons devoir essayer d’en tirer les leçons", a-t-il déclaré, estimant que la légende erronée avait probablement porté atteinte à la confiance qu’ont les lecteurs dans les informations publiées par les journaux d’État.
 
La censure officielle a été abolie en Birmanie le 20 août 2012. L’un de nos Observateurs avait alors néanmoins estimé que les risques d’autocensure restaient forts. The Myanmar Times semble être passé outre, sans s’attirer les foudres du ministère de l’Information. Ironie de l’histoire, selon The Irrawaddy, ce dernier venait de publier un communiqué qui accusait les médias privés de publier des "informations fabriquées" sur le conflit au Kachin.
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