Premiers témoignages de Gao libéré : "Il n’y a pas assez de qualificatifs pour remercier la France"

Photo prise à Gao en mai 2012. Les inscriptions prônant la charia, comme celle-ci, ont été remplacées par des drapeaux maliens et français.
 
Trois jours après sa l'arrivée des armées françaises et maliennes, Gao revit. C’est du moins ce que rapportent nos Observateurs, qui se réjouissent du départ des islamistes et disent se sentir en sécurité sous le contrôle des forces coalisées. Ils soulignent néanmoins la nécessité de rester vigilants face aux sympathisants du Mujao qui pourraient encore se cacher aux alentours de la ville.
 
L’armée française et les forces maliennes ont été accueillies triomphalement dans Gao samedi. Les commerces ont rouvert et, ce matin, des habitants se chargeaient de recouvrir les inscriptions prônant la charia par des drapeaux français et maliens, rapporte l'un de nos Observateurs.
 
Depuis samedi, il était impossible de contacter les habitants de Gao par téléphone. Le réseau a été réactivé aujourd’hui et nous avons pu joindre certains de nos Observateurs sur place. Néanmoins, la connexion à internet fonctionne encore par intermittence. 

"Depuis le 31 mars dernier, on vivait l'enfer"

Issouf vit à Gao, où il est bénévole dans plusieurs associations, notamment pour la Croix Rouge et "Nous rester ici", une association laïque qui sensibilise aux comportements civiques.
 
 
Les drapeaux de la France et du Mali flottent partout dans la ville, il y a aussi ceux du Tchad et du Niger. Les gens sont vraiment très contents, il n’y a pas assez de qualificatifs pour remercier la France. Car vraiment, depuis le 31 mars dernier, on vivait l’enfer.
 
Le retour à la normale est encore progressif. L’armée a instauré un couvre-feu à partir de 20h30 tous les jours. Au-delà de cet horaire, tout le monde doit être chez soi, y compris pour la prière. L’armée estime que des islamistes peuvent encore se cacher dans Gao et aux alentours, et que cela pourrait être particulièrement dangereux la nuit.
 
Ce qui compte maintenant, c’est que tous les peuples du Mali puissent s’entendre. Je ne veux plus entendre parler de l’Azawad. La volonté d’indépendance du MNLA l’a amené à inviter le Mujao et Ansar Dine au Nord-Mali en pensant que ça lui servirait. On a vu ce que ça a donné.
 
 

"Un ancien membre du Mujao a été identifié en ville, les jeunes étaient prêts à lui bondir dessus"

Cheick Yahaya est porte-parole de l’association "Nous rester ici".
 
 
Les bombardements de l’armée française n’ont, selon moi, pas causé trop de dégâts. Seules des bases qui avaient été investies par le Mujao, notamment la douane, ont été détruites. À l’arrivée des troupes, les gens criaient, ils étaient carrément euphoriques. Depuis, la ville est calme, les magasins ont rouvert ce matin et j’ai pu faire des courses dans différents commerces.
 
Je ne crains pas un retour des islamistes dans la ville. Mais les habitants restent préoccupés par la possible présence d’anciens membres du Mujao autour de Gao, notamment de jeunes qui s’étaient laissé convaincre de rejoindre le Mujao, souvent pour de l’argent. Ce matin, l’un d’eux a été identifié. Rapidement, un attroupement s’est formé, quelques jeunes s’agitaient et étaient prêts à lui bondir dessus, mais la majorité de la foule est resté tempérée et les esprits se sont vite calmés. L’homme a été ensuite remis à l’armée malienne. [À Kidal, dans l'est du Mali, les habitants touaregs craignent d'être la cible d'exactions de la part de l'armée malienne, NDLR].
 
Il faut, ceci dit, prendre garde à ne pas faire d’amalgame. Les habitants de Gao ne doivent pas soupçonner toute personne arabe ou touareg d’être liée aux islamistes. Dans ce but, des radios émettent des messages qui appellent à la tolérance et au vivre-ensemble avec les Touareg et les Arabes. Dans mon association, nous essayons également de dissuader les jeunes de sortir avec une arme blanche sur eux, car cela alimente inutilement la tension.
 
 

"Des jeunes ont pillé des magasins tenus par des commerçants arabes"

Dramane vit à Gao, où il a été enseignant puis journaliste et animateur radio.
 
Après l’arrivée des troupes, des jeunes ont pillé des magasins tenus par des commerçants arabes. Ces magasins vendaient de la nourriture et des produits de première nécessité, mais aussi des tapis ou des tissus. Mais le Cadre de Concertation, une association qui regroupe des chefs des village aux alentours de Gao, et qui a une forte autorité, a expliqué qu’il ne fallait pas commettre ces actes de pillages et les choses sont rentrées dans l’ordre.

Commentaires

La "preuve par 9" que les "amis" d'un temps = pas de toujours...

Les "printemps arabes" l'ont bien démontré:si les "islamistes" sont efficaces à "déboulonner" les pouvoirs
impopulaires,à l ' "usure",ils n'ont encore rien prouvé...Mais il faut que les pays du Sahel se "parlent" pour
stabiliser la région,d'une côte à l'autre,notamment pour permettre aux Touaregs d'obtenir un "statut spé
cial".Tous les pays de la zone doivent se rendre à l'évidence:ou bien chacun "campe" sur ses positions,et
la région restera le "nid" d'éléments instables,insoumis,extrêmistes;ou chacun y met du sien,et les Toua
regs pourront alors se "sentir bien chez eux",ce qui pourrait profiter à tout le monde et dynamiser l'écono
mie du sud Sahara,d'une côte à l'autre...voire lier l'économie sud-saharienne avec les régions des massifs
montagneux + au Nord...



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