Trop pauvres pour fuir en Turquie, des Syriens se réfugient… dans leurs voitures

 
Les combats qui font rage depuis une semaine entre les insurgés et les forces loyalistes au nord-ouest de la province d’Hama (centre) ont poussé des milliers de personnes à fuir leurs villages. De nombreuses familles se sont installées dans des tentes de fortune ou dans leurs voitures en attendant une hypothétique aide humanitaire...
     
Les combats se sont intensifiés depuis lundi, l’armée syrienne utilisant des missiles sol-sol et air-sol contre les insurgés selon des activistes locaux. Les comités de coordination de l’opposition armée à Hama ont fait état de 20 morts et 200 blessés depuis la semaine dernière et affirment que les deux tiers des victimes sont issus de la population civile. Une information impossible à vérifier de sources indépendantes.
 
Selon notre Observateur, une dizaine de familles déplacées vivent dans cette tente, en pleine montagne.
  
Plusieurs groupes rebelles se battent dans la région de Hama parmi lesquels le Front djihadiste al-Nusra, accusé par les États-Unis d’être lié à l’organisation terroriste Al-Qaïda. Le groupe a revendiqué l’attentat-suicide perpétré le 21 janvier contre un bâtiment des forces paramilitaires fidèles au régime à Salmiyé (province de Hama) qui a fait plus de 30 morts.
  
L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) estime qu’entre 1,5 et 2,5 millions de personnes ont été déplacées en Syrie depuis le début du soulèvement, en mars 2011. L’organisation tiendra mercredi une réunion de donateurs pour mobiliser l’aide humanitaire en faveur de cette population.   
Contributeurs

"J'ai vu dans les montagnes une dizaine de familles vivant dans une grande tente"

Mousab Alhamadi est un membre du comité local de coordination de Hama. Il est allé filmer les déplacés dans les montagnes de la province.
  
Aujourd'hui [lundi], je me suis rendu dans des endroits où se sont installées des personnes déplacées qui ont fui leurs villages confrontée à de violents combats entre l'Armée syrienne libre et le régime. Beaucoup ont trouvé refuge dans les villes voisines et les villages qui ont été épargnés par les bombardements car seules les familles qui en ont les moyens ont pu se rendre dans les camps de réfugiés en Turquie. Le trajet en taxi vers la frontière coûte très cher.
 
Par ailleurs, les fermiers n’ont pas souhaité partir trop loin de leurs villages, car ils ne veulent pas abandonner leurs bétail. En partant, ils ont laissé autant de nourriture qu'ils pouvaient à leurs animaux et sont désormais en attente d'une accalmie pour pouvoir revenir.
   
"Tous les jours, nous lisons dans les journaux que les pays arabes ont donné des sommes importantes pour aider le peuple syrien mais, sur le terrain, nous ne voyons rien"
 
Certains déplacés sont installés dans des tentes. J'ai vu dans les montagnes une dizaine de familles vivant dans une grande tente qu’elles avaient récupérée dans une mosquée, celle dont on se sert habituellement pour accueillir les invités lors des cérémonies funéraires. J’ai vu également des gens dormir dans leurs voitures. Certaines familles sont tellement démunies qu’elles doivent demander de l’aide à des inconnus. Certains habitants leur viennent en aide en fournissant des couvertures et de la nourriture, mais cela reste très insuffisant.
 
Tous les jours, nous lisons dans les journaux que les pays arabes ont donné des sommes importantes pour venir en aide au peuple syrien mais, sur le terrain, nous ne voyons rien [quelque 50 pays se sont engagés à débloquer plus de 100 millions de dollars pour venir en aide à l'opposition lors d'une conférence organisée en décembre 2012. Aujourd’hui, nous ne savons pas quelle partie de cette somme est effectivement arrivée en Syrie. En outre, les pays du Golfe n’ont toujours pas tenu leur engagement fait en avril 2012 de créer un fonds de soutien en faveur de l’opposition, NDLR]. Où va cet argent ? Personnellement, je pense qu'il sert à loger les membres de l'opposition à l'étranger dans des hôtels 5 étoiles. Ici, nous avons le sentiment que l’argent dont ils disent qu’il est destiné aux Syriens de l’intérieur ne va pas aux personnes qui en ont réellement besoin.
    
Une famille déplacée installée dans un camion. Photo prise par notre Observateur.
 
Billet rédigé avec la collaboration de Djamel Belayachi, journaliste à FRANCE24.
 


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