Je suis arrivé à Zamdela dans la journée de lundi, au moment où les manifestations ont commencé. La veille, une réunion entre les habitants de Sasolburg et leurs conseillers municipaux était prévue mais, j’ignore pourquoi, les conseillers ne s’y sont pas rendus. Cela a décidé les habitants à faire entendre leur colère le lendemain. Ils estiment que le projet de fusion a été décidé sans qu’on les en informe.
Plusieurs raisons expliquent leur opposition au projet. D’abord, ils estiment que Metsimaholo est un canton plus riche que celui de Ngwathe, notamment grâce à la présence de Sasol sur son territoire. Zamdela est un quartier pauvre, le taux de chômage y est élevé, mais un certain nombre de ses habitants profitent de cette présence et travaillent pour Sasol. Pour eux, la fusion des deux cantons signifie l’arrivée possible d’une main d’œuvre concurrente. Je pense surtout que leurs difficiles conditions de vie sont l’explication de ce soulèvement brutal.
Ensuite, ce sentiment que la fusion se ferait au profit de Ngwathe a été alimenté par le fait que le projet a été initié par le Premier ministre de l’État libre (Free State), Ace Magashule [équivalent du gouverneur d’une région]. Or, il est originaire de Parys, qui se trouve dans Ngwathe. Les habitants de Zamdela ont donc vu dans le projet une forme de favoritisme pour Ngwathe. Et ce d’autant plus que le canton unique devrait porter le nom de Ngwathe.
"Des policiers auraient participé au pillage"
Selon moi, la police a vite été dépassée par les évènements. Zamdela est un petit quartier et les autorités locales ont appelé des policiers d’autres districts en renfort, mais ça n’a pas suffi. Du coup, ils ont fini par laisser faire les pilleurs et, d’ailleurs, plusieurs sources m’ont même dit que des policiers auraient participé au pillage.
Mercredi, le ministre de l’Intérieur de l’État libre a annoncé sur une radio locale que le projet de fusion était suspendu. Cette annonce a immédiatement ramené le calme, et les habitants ont eux-mêmes commencé à nettoyer les rues. Mais le ministre n’a pas dit que le projet était enterré, et j’ignore si cette nuance a été comprise par les habitants. Les troubles pourraient donc reprendre.