Il était environ 6 heures moins le quart du matin mercredi quand la sirène d’alerte a retenti. Immédiatement après, nous avons entendu des coups de feu. Nous sommes sortis des baraques où nous logeons et chacun de nous a essayé de se cacher comme il pouvait. Quant à moi, je me suis terré sous ma baraque qui est un peu surélevée.
Dans cette section de la base de vie logeaient uniquement des Algériens, environ une cinquantaine de personnes travaillant comme chauffeurs, agents de sécurité ou commis de cuisine. Moi je suis chauffeur pour une équipe de techniciens de sonde de BP.
L’électricité a été coupée dès le début de la prise d’otages là où nous étions. Et de là où nous nous trouvions, nous ne pouvions rien voir car notre baraquement était séparé par un grillage de la partie de la base qui était contrôlée par les terroristes et où se trouvaient un grand nombre d’employés étrangers mais aussi algériens.
Seules quelques bribes d’informations nous parvenaient de ce baraquement au début grâce à nos talkie-walkie. Mais après un bref moment, les communications ont été interrompues. Et nous sommes restés coupés du monde extérieur.
"Un employé philippin et deux Turcs ont réussi à fuir l’unité contrôlée par les terroristes en cisaillant un grillage"
Crédit : Kjetil Alsvik / Statoil. Photo non datée.
Nous avions très peur mes collègues et moi. Mais certains ont eu le courage de se déplacer à la cuisine - qui se trouvait à quelques mètres - pour aller chercher de l’eau et de quoi manger. Il nous ont ensuite distribué ces vivres dans nos cachettes. À la tombée de la nuit, certains de mes collègues ont regagné leurs baraques pour y dormir, mais personnellement j’ai passé la nuit sous ma cabane, la peur au ventre.
Un employé philippin et deux Turcs ont réussi à fuir l’unité contrôlée par les terroristes en cisaillant un grillage. Nous les avons caché et rassuré, ils étaient effrayés.
C’est vers 13 heures hier qu’ont commencé les premiers accrochages entre l’armée algérienne et les terroristes. Malgré la peur, dès le début des tirs nous avons décidé de tenter notre chance. Alors que retentissaient des tirs nourris, nous avons coupé les grillages avec des pinces Monseigneur et nous sommes sortis tous ensemble en courant. Nous étions une cinquantaine accompagnés de trois employés étrangers. Nous avons été accueillis par les brigades des forces spéciales qui se trouvaient à quelques dizaines de mètres de la base. En sortant, je ne me suis pas retourné. La seule chose que j’ai vu, c’était un avion qui survolait le site.
L’armée nous a fouillé et interrogé, puis nous a livré aux éléments de la gendarmerie qui nous ont évacué vers l’aéroport d’In Amenas.