Le festival Kumbha Mela, un défi sanitaire dans une "ville sortie de terre"

Un membre du personnel de nettoyage au festival Kumbha Mela. Photo publiée par Amitava Sanyal sur Flickr
 
Il a lieu tous les 12 ans et dure 55 jours : considéré comme le plus grand rassemblement de la planète, le pèlerinage hindou du Kumbha Mela a commencé mi-janvier dans le nord de l’Inde. Cet événement est avant tout un défi sanitaire pour les organisateurs.
 
Ils seront entre 30 et 60 millions de pèlerins à se baigner dans la ville d’Allahabad au confluent de la rivière Yamuna et du Gange pour réaffirmer leur foi et se laver de leurs péchés. Le pèlerinage qui a débuté le 14 janvier se terminera le 25 février.
 
Pour l’occasion, des postes de police, des marchés et des cliniques ont été aménagés et un immense réseau d’infrastructure sanitaire a vu le jour. Près de 2 000 lampadaires éclairent les rues grâce à quatre générateurs d’électricité temporaires. Une ville construite de toute pièce en à peine quelques mois.
 
Arrivée des pèlerins au premier jour du festival.
 

"Les agents d’entretien travaillent 24 heures sur 24 et sont très mal payés"

Amitaya Sanyali est un journaliste indien qui couvre le Kumbha Mela.
 
Il y a tellement de monde que c’est impossible de tous les compter. Il faut faire attention car la foule peut facilement t’emporter. Il y a un an, le gouvernement indien a mis en place une administration spéciale qui est en charge du bon déroulement du festival. Ils sont sous pression car il y a des millions d’électeurs qui se rendent au Kumbha Mela, et si tout se passe bien, leur vote est quasiment acquis au pouvoir en place.
 
Mais ceux qui rendent l’événement possible, ce sont les agents d’entretien. Ce sont ceux qui travaillent le plus et qui sont les moins payés. Des centaines de personnes s’occupent de nettoyer les routes, et un plus petit groupe de nettoyer l’eau de la rivière.
 
Les autorités fixent des horaires précis aux sadhus  [ascètes hindous]  pour se baigner. Il y a plusieurs camps de sadhus et tous veulent se baigner en premier pour profiter de l’eau encore propre. Et quand ces "hommes saints" sont dans l’eau, beaucoup de monde souhaite se baigner en même temps qu’eux.
 
Les baignades sont organisées tout au long de la journée. Il y a toujours un battement de 30 minutes entre chaque groupe, et c’est à ce moment que les agents d’entretien peuvent aller nettoyer l’eau. Ils n’utilisent pas de produits chimiques, ils ramassent tous les objets qu’ils trouvent comme les fleurs que les baigneurs jettent dans l’eau.
 
Ce festival s’étend sur 14 zones différentes. Je suis allé à une réunion des organisateurs en début de semaine, où ils faisaient un premier point sur le déroulement du Kumbha Mela. Les problèmes principaux concernaient l’hygiène et  l’insuffisance d’accès à l’eau potable.
 
 
 

"Cinquante-cinq mille kilolitres d’eau sont distribués aux pèlerins chaque jour"

Une équipe de 35 personnes de l’université d’Harvard se rend aux Kumbha Mela cette année. Professeurs et étudiants en santé publique vérifient comment une "ville sortie de terre" s’organise.  Satchit Balsari fait partie de ce voyage.
 
C’est époustouflant de voir comment les autorités s’organisent. Quarante-six sondes  sont reliées en permanence à des robinets sur le site de l’événement. Le système assure un débit de 50 000 m3 d’eau par jour. Lors des préparatifs, j’ai vu des toilettes se construire en très peu de temps [4 000 urinoirs, 35 000 latrines et 34 00 toilettes ont été installés, ndlr].
 
Un système de 165 kilomètres relie ces sanitaires à une fosse. On verra si la construction de nouvelles installations sera nécessaire, car il se pourrait que ce qui a été mis en place ne soit pas suffisant [un autre membre de l’équipe explique qu’il existe un risque réel d’épidémie de choléra ainsi que de propagation de maladies hydriques chez les pèlerins, ndlr].
 
Photo d'une partie du site lors du festival de 2001.
Par Nataraja.
 


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