Lorsque les bombardements ont cessé dimanche, les gens sont spontanément sortis dans la rue pour manifester leur joie. Beaucoup étaient sur les bords de route, discutaient, riaient et se moquaient des islamistes qui pliaient bagages. C’est comme si la panique avait changé de camp. On a commencé à sortir des cigarettes et à fumer dans les rues pour fêter ça [fumer en public était interdit par les groupes armés islamistes, ndlr]. C’est la première fois depuis des mois !
On ne voit pratiquement plus de 4x4 des islamistes sillonner la ville, alors qu’auparavant, on en voyait toutes les heures. Dans les véhicules qui ont quitté Gao, on n’a pas vu d’armes lourdes [les avions français ont détruit d’importants dépôts d’armes appartenant aux groupes armés, ndlr].
"Nous sommes à la fois heureux et inquiets"
Il y a encore des islamistes dans la ville, mais la plupart se cachent dans des jardins. Il semblerait qu’il y ait beaucoup de déserteurs dans le camp des islamistes, notamment chez les habitants qui les ont rejoint par opportunisme. Certains essaient de communiquer dans la rue pour dire que la situation est sous contrôle et ils disent qu’ils se dirigent vers Bamako.
C’est assez étrange car les habitants de Gao sont à la fois heureux et inquiets. Heureux parce qu’ils ont le sentiment de regoûter à une liberté perdue, de vivre la "libération de Gao" comme un moment historique. Mais inquiets aussi car ils redoutent que l’approvisionnement devienne difficile dans les heures à venir et surtout que des bandits venus du désert en profitent pour venir piller la population [suivant leur interprétation rigoriste de la charia, les groupes armés islamistes punissaient sévèrement les voleurs, ndlr].