Débâcle des islamistes à Gao : "On a fumé des cigarettes dans la rue pour fêter ça"

Photo prise en août 2012 lors d'un rassemblement devant le siège de la police islamique de Gao.
 
L’armée française a mis en déroute les groupes armés islamistes qui occupaient la ville de Gao depuis avril 2012. Si la ville n’est pas totalement libérée, les habitants ont déjà commencé à se réjouir et certains renouent avec des petits plaisirs interdits par les extrémistes religieux.
 
Après avoir bloqué l’avancée des groupes armés sur la zone sud du pays, les forces aériennes françaises - notamment des avions Rafale - ont détruit dimanche 13 janvier des positions islamistes dans le nord du pays, parmi lesquelles des dépôts d’armes appartenant à Ansar Dine et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans la région de Kidal, à l’extrême nord du pays. Un peu plus au sud, à Gao, ville contrôlée par le Mujao, plus de 60 combattants islamistes ont été tués par des frappes aériennes.
 
En réponse, des groupes de djihadistes ont pris le contrôle de Diabaly, une commune de 35 000 habitants située au centre du Mali, à 400 kilomètres au nord de Bamako.
 

"Les groupes armés patrouillent toujours dans la ville, mais on sent que quelque chose a changé"

Amédine est professeur à Gao.
 
Hier [dimanche], vers 12h30, on a entendu plusieurs avions survoler nos maisons et partir vers le nord. Il y a eu une dizaines d’explosions et des tirs qui ont duré pendant trente minutes. Puis, on n’a plus rien entendu. Par sécurité, je suis resté chez moi jusqu’à 16 heures, puis je suis sorti dans la rue.
 
Beaucoup d’habitants de Gao étaient curieux de voir ce qu’il s’était passé. Certains partaient vers le nord vérifier ce qui avait été bombardé. J’ai croisé plusieurs groupes armés islamistes qui patrouillaient dans des véhicules. On ne peut pas dire que Gao est totalement libérée, mais il semble que la moitié des djihadistes ont quitté la ville.
 
On sent que quelque chose a changé depuis hier, la population se sent plus libre. Les islamistes passent dans les rues mais n’interpellent pas les gens. Ils ont l’air très préoccupés et nerveux. Les prisonniers ont été libérés. Nombreux sont ceux qui crient "merci la France !" ou encore "vive François Hollande !" .
 

"On redécouvre notre liberté perdue"

Cheick Yahaya (pseudonyme) est un membre du groupe "Nous, pas bouger" de Gao.
 
Lorsque les bombardements ont cessé dimanche, les gens sont spontanément sortis dans la rue pour manifester leur joie. Beaucoup étaient sur les bords de route, discutaient, riaient et se moquaient des islamistes qui pliaient bagages. C’est comme si la panique avait changé de camp. On a commencé à sortir des cigarettes et à fumer dans les rues pour fêter ça [fumer en public était interdit par les groupes armés islamistes, ndlr]. C’est la première fois depuis des mois !
 
On ne voit pratiquement plus de 4x4 des islamistes sillonner la ville, alors qu’auparavant, on en voyait toutes les heures. Dans les véhicules qui ont quitté Gao, on n’a pas vu d’armes lourdes [les avions français ont détruit d’importants dépôts d’armes appartenant aux groupes armés, ndlr].
 
"Nous sommes à la fois heureux et inquiets"
 
Il y a encore des islamistes dans la ville, mais la plupart se cachent dans des jardins. Il semblerait qu’il y ait beaucoup de déserteurs dans le camp des islamistes, notamment chez les habitants qui les ont rejoint par opportunisme. Certains essaient de communiquer dans la rue pour dire que la situation est sous contrôle et ils disent qu’ils se dirigent vers Bamako.
 
C’est assez étrange car les habitants de Gao sont à la fois heureux et inquiets. Heureux parce qu’ils ont le sentiment de regoûter à une liberté perdue, de vivre la "libération de Gao" comme un moment historique. Mais inquiets aussi car ils redoutent que l’approvisionnement devienne difficile dans les heures à venir et surtout que des bandits venus du désert en profitent pour venir piller la population [suivant leur interprétation rigoriste de la charia, les groupes armés islamistes punissaient sévèrement les voleurs, ndlr].
 
Ces témoignages ont été recueillis par Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.


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