"Si les groupes armés prennent Sévaré, je m’enfuirai à moto le plus loin possible"

Sur l'axe principal de Sévaré vendredi 11 janvier, très peu de circulation. Photo transmise par un Observateur à Sévaré.
 
Depuis la prise de Konna, à quelques dizaines de kilomètres, les habitants de la ville de Sévaré se sont laissés gagner par la peur. Deux Observateurs sur place racontent ces dernières vingt-quatre heures infernales.
 
Sévaré, ville de 40000 habitants, se situe dans la zone contrôlée par les autorités maliennes à la frontière du nord-Mali occupé par les groupes islamistes armés. La ville accueille une base militaire stratégique situé à une dizaine de kilomètres d’un des trois aéroports du pays (celui de Gao est sous le contrôle des groupes touaregs armés). La ville se trouve à 56 kilomètres au sud de Konna, commune tombée hier aux mains des groupes islamistes armées.
 
Vendredi 11 janvier, François Hollande a affirmé que la France appuierait la contre-offensive de l’armée malienne dans la région de Konna et a invité ses ressortissants "non indispensables" à quitter le Mali.
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"Ma mère refuse de quitter Sévaré, elle a peur du jugement de ceux qui n’ont pas les moyens de partir"

Soungalo Niop (pseudonyme) est vendeur de téléphone portable à Sévaré. Il a décidé de fuir hier dans la nuit pour mettre une partie de sa famille à l’abri. Il est revenu cet après midi.
 
Avec un ami, on a quitté la ville hier vers 18 heures quand on a appris que Konna avait été prise par les groupes islamistes armés. J’ai décidé qu’il fallait tout mettre en œuvre pour mettre ma famille [sa sœur et ses trois enfants] à l’abri. On a fait un peu plus de trois heures de route pour aller à San [à 200 kilomètres de Sévaré, première grande ville après Mopti]. On est arrivé épuisés et très inquiets.
 
Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, car ma mère était toujours à Sévaré. Elle a 72 ans, et a toujours habité là-bas. Elle a refusé de partir malgré mon insistance, car elle a peur du jugement de ses amis qui n’ont pas les moyens de partir, et qui risquerait de lui dire qu’elle les abandonne. J’ai l’impression qu’elle préfère mourir là-bas plutôt que de partir.

"Ma ville, c’est Sévaré, je vis ici depuis toujours et je ne veux pas m’en aller"
 
Je suis donc rentré aujourd’hui pour tenter de la convaincre. Je suis parti à 7 heures du matin en taxi bus [son ami a préféré fuir vers Bamako]. On a croisé beaucoup de voitures qui partaient en direction de la capitale malienne. Quand on est arrivé près de Sévaré, on a été bloqué pendant plus d’une heure et demie à l’entrée de la ville par les militaires qui contrôlent tous les véhicules. Il m’a fallu en tout cinq heures pour rentrer chez moi.
 
Dans la ville, c’est quasiment le désert. Dans certains quartiers, on peut compter les passants sur les doigts de la main. Beaucoup de magasins sont fermés, seuls les vendeurs de cigarettes et quelques garages sont ouverts. Moi je reste fermé, car je travaille principalement avec les fonctionnaires de Sévaré, qui sont presque tous partis. Je n’ai plus aucun moyen de gagner de l’argent aujourd’hui et je n’ai nulle part où aller. Ma ville, c’est Sévaré, je vis ici depuis toujours et je ne veux pas m’en aller.
 
Un marché de Sévaré, habituellement très fréquenté, quasiment désert. Certains magasins sont fermés. Photo transmise par un Observateur à Sévaré.
 

"Parler au téléphone dans la rue ou prendre des photos est suspect"

Namongo (pseudonyme) habite à Sévaré. Par manque de moyen, il a pour l’instant décider de rester dans la ville.
 
La route qui mène au camp militaire de Sévaré, à l’ouest de la ville en direction de Mopti est totalement bloquée, et il est absolument interdit aux civils de s’y aventurer. J’ai entendu un trafic aérien très important, et vu des hélicoptères et des avions décoller. En sortant de chez moi, deux 4x4 avec une dizaine de militaires blancs sont passés devant mes yeux.  Depuis, la situation est très calme, j’essaie de rester serein car je me dis qu’avec tous ces renforts, rien ne peut arriver. Mais au cas où, j’ai fait le plein de carburants, et si les groupes armés prennent la ville, je m’enfuirai à moto le plus loin possible.
 
L’ambiance est tendue. Lorsque tu es au téléphone, les gens que tu croises te regardent avec insistance. Prendre des photos est suspect, car beaucoup de gens pensent qu’il y a des espions des groupes islamistes armés parmi la population. La population est très marquée par les événements du 21 mars [date du coup d’Etat de la junte militaire] durant lesquels les militaires nous avait strictement interdit de filmer dans les rues. Ce matin dans mon quartier, deux personnes ont été arrêtées par des soldats qui patrouillaient. Ils ne suspectent plus seulement les personnes avec une peau claire ou une longue barbe comme auparavant [ceux-ci étaient associés aux rebelles touaregs armés ndlr.], même les personnes à la peau noire sont suspectes, et tout le monde se méfie de tout le monde.
 
 
 
 
Ces témoignages ont été recueillis par Alexandre Capron (alexcapron), journaliste à FRANCE 24.
 

Commentaires

Et donc vous croyez que ces

Et donc vous croyez que ces renforts ne serviront à rien? Ces Islamistes, sont-ils bien équipés que toutes ces troupes en renfort au Mali?

bien sure qu'il en sont bien

bien sure qu'il en sont bien équipé



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