Noyé par la pluie hivernale, le camp de Zaatari sombre dans le désespoir

Des réfugiés syriens en train de creuser dans la boue pour dégager un peu d'eau.
 
Ils s’étaient installés en juillet sous un soleil brûlant. Les réfugiés syriens qui ont fuit leur pays vers la Jordanie voisine doivent aujourd’hui faire face aux pluies diluviennes qui inondent leurs abris de fortune.
 
Depuis le début de la semaine, tout le Moyen-Orient est en proie aux intempéries. Pendant que la neige tombe en Syrie, en Israël et dans les territoires palestiniens, le Liban et la Jordanie, eux, sont inondés par de très fortes précipitations. C’est l’hiver le plus pluvieux que connaît la région depuis une dizaine d’années et de nombreux foyers ont été privés d’électricité. Des intempéries qui touchent les populations locales mais surtout les réfugiés, qui vivent dans le dénuement le plus total.
 
Ces Syriens fuyant la guerre ont commencé à s’installer en juillet 2012 dans le camp de Zaatari, en Jordanie, non loin de la frontière avec la Syrie. Ils sont aujourd’hui près de 50 000, dont plus de la moitié sont mineurs. Des hommes, des femmes et des enfants à qui les autorités jordaniennes interdisent de quitter le camp.
 
Vidéo du camp Zaatari filmée le 7 janvier.
 
Contributeurs

"Nous avons le sentiment d’être abandonnés de tous"

Abou Firas (pseudonyme), commerçant de Deraa, premier foyer de la révolution syrienne, habite Zaatari avec les dix membres de sa famille depuis la fin du mois d’août.
 
Les tentes du HCR [le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU] ont du mal à faire face aux pluies diluviennes et aux vents incessants [plus de 200 tentes se sont effondrées dans le camp]. De plus, la terre ici n’absorbe pas du tout l’eau. Du coup, le niveau est monté très vite et des familles se sont retrouvées avec 40 centimètres d’eau sous leur tente. Hier, j’ai passé trois heures avec d’autres réfugiés à aider des familles à évacuer leurs tentes.
 
Ces familles se réfugient alors dans les quelques écoles du camp. Celles-ci ne sont pas très solides non plus, elles sont faites de zinc, mais elles sont légèrement surélevées et donc plus résistantes que les tentes. Celle où nous avons accompagné les familles hier a été construite par le gouvernement du Bahreïn. Elle peut accueillir entre 2 500 et 3 000 personnes.
La météo paralyse toute la vie du camp. Les gens ne quittent plus leur tente sauf en cas de nécessité. Du coup, les contacts s’en trouvent réduits et nous nous sentons de plus en plus seuls et isolés.
 
"Les membres de l’opposition syrienne en Jordanie ne décrochent plus quand je les appelle"
 
Il est indéniable que nous avons reçu des aides de la part des ONG présentes ici, du HCR ou du gouvernement jordanien. Des membres de l’organisme de défense civile [l’équivalent des pompiers] sont venus avec des pelleteuses pour ouvrir une brèche afin que l’eau ne stagne pas, ce qui provoquerait des maladies. Les ONG nous ont aussi fourni des chauffages au gaz. Mais ces aides, bien que précieuses, restent insuffisantes au vu de notre nombre. De plus, la vague de froid risque de provoquer des maladies respiratoires, et je doute que les hôpitaux de fortune que nous avons ici et qui sont installés dans des caravanes soient capables d’accueillir et de soigner tous les patients.
 
J’ai réussi à obtenir les numéros de quelques membres de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution [le nouveau front uni de l’opposition syrienne] présents en Jordanie et je les ai appelés il y a quelques jours. Au début, ils ont répondu à mes appels mais, par la suite, ils ne décrochaient plus. Nous avons le sentiment d’être abandonnés de tous.
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.


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