Les tentes du HCR [le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU] ont du mal à faire face aux pluies diluviennes et aux vents incessants [plus de 200 tentes se sont effondrées dans le camp]. De plus, la terre ici n’absorbe pas du tout l’eau. Du coup, le niveau est monté très vite et des familles se sont retrouvées avec 40 centimètres d’eau sous leur tente. Hier, j’ai passé trois heures avec d’autres réfugiés à aider des familles à évacuer leurs tentes.
Ces familles se réfugient alors dans les quelques écoles du camp. Celles-ci ne sont pas très solides non plus, elles sont faites de zinc, mais elles sont légèrement surélevées et donc plus résistantes que les tentes. Celle où nous avons accompagné les familles hier a été construite par le gouvernement du Bahreïn. Elle peut accueillir entre 2 500 et 3 000 personnes.
La météo paralyse toute la vie du camp. Les gens ne quittent plus leur tente sauf en cas de nécessité. Du coup, les contacts s’en trouvent réduits et nous nous sentons de plus en plus seuls et isolés.
"Les membres de l’opposition syrienne en Jordanie ne décrochent plus quand je les appelle"
Il est indéniable que nous avons reçu des aides de la part des ONG présentes ici, du HCR ou du gouvernement jordanien. Des membres de l’organisme de défense civile [l’équivalent des pompiers] sont venus avec des pelleteuses pour ouvrir une brèche afin que l’eau ne stagne pas, ce qui provoquerait des maladies. Les ONG nous ont aussi fourni des chauffages au gaz. Mais ces aides, bien que précieuses, restent insuffisantes au vu de notre nombre. De plus, la vague de froid risque de provoquer des maladies respiratoires, et je doute que les hôpitaux de fortune que nous avons ici et qui sont installés dans des caravanes soient capables d’accueillir et de soigner tous les patients.
J’ai réussi à obtenir les numéros de quelques membres de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution [le nouveau front uni de l’opposition syrienne] présents en Jordanie et je les ai appelés il y a quelques jours. Au début, ils ont répondu à mes appels mais, par la suite, ils ne décrochaient plus. Nous avons le sentiment d’être abandonnés de tous.