Quatre mois après les inondations, les fermiers nigérians sont aux abois

Des plants de maniocs détruits dans l'Etat de Kogi après les inondations de 2012. Photo Croix-Rouge Nigeria.
 
L’été dernier, le Nigeria a connu les pires inondations depuis 50 ans. Quatre mois après, les petits paysans de l’État de Kogi, la zone la plus sinistrée située au centre du pays, peinent à retrouver une vie normale après la destruction de leurs récoltes. Sur place, notre Observateur dresse un bilan alarmant de la situation agricole.
 
Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, 1,2 million de tonnes de denrées alimentaires auraient été détruites et 40 millions d’hectares ont été sinistrés. Certains fermiers réclament au gouvernement de nouvelles semences et des machines afin de rattraper leur retard sur les récoltes.
 
En novembre, le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies estimait à près de 30 millions d’euros les besoins humanitaires du pays après les inondations et constatait une insécurité alimentaire dans plusieurs zones. Le pays a été inondé lors de la saison des pluies qui a débuté au mois de juillet et les intempéries se sont poursuivies jusqu’en septembre. Le bilan faisait alors état de 363 décès et de plus de deux millions de déplacés.
 
Au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec 162 millions d’habitants, le secteur agricole emploie 70% de la population et contribue à 33% du PIB. Les cultures les plus touchées par les inondations sont le manioc, les plantains, l’igname, le maïs et la papaye.
 
Kogi, grande région agricole, sous les flots. Photo prise en novembre. Flickr ShelterBox par Ian Neal.
Contributeurs

"Ils doivent tout recommencer à zéro"

Steve Crabtree est volontaire pour ShelterBox, une organisation humanitaire britannique qui met en place des abris depuis fin octobre pour les populations sinistrées et les aide à reconstruire leur maison. Il est parti sur place le 2 janvier dans le cadre de la troisième mission.
 
Je suis dans l’État de Kogi, dans le petit village d’Eroko, où près de quatre mois après les intempéries la situation est très préoccupante pour les petits paysans et les pêcheurs. La plupart ont tout perdu, non seulement les récoltes mais aussi leurs maisons. Certains n’ont même plus de graines à replanter. Comme ils doivent tout recommencer à zéro, ils sont contraints de demander l’aide des autorités.
 
J’ai rencontré six familles de paysans dans ce village qui ont retrouvé leur foyer complètement détruit. Une partie de leurs récoltes stockées dans des greniers s'est retrouvée au milieu des décombres et est irrécupérable. L’autre partie ainsi que le bétail ont été emportés par les flots.
 
Depuis le mois de septembre, les fermiers ont perdu leurs récoltes et n'ont pas pu reconstruire leurs maisons. Photo envoyée par Steve Crabtree à son arrivée dans le village d'Eroko, dans l'Etat de Kogi au Nigeria.
 
"Il faudra jusqu’à 18 mois pour que certaines cultures soient prêtes"
 
La plupart de ces paysans n’ont pas le temps de reconstruire leur maison. Leur priorité, c’est de s’occuper de leurs champs pour nourrir leur famille, leurs amis. Avant notre arrivée, certains dormaient dehors, d’autres s’entassaient dans des habitats à plusieurs. En leur apportant un abri, on leur permet de se concentrer pleinement sur leurs champs, et on essaie de leur redonner un peu de dignité.
 
Mais il est impossible d’aider tout le monde. Leurs machines ont été cassées ou emportées et ils doivent tout faire à la main. Certaines cultures vont mettre jusqu’à 18 mois pour être de nouveau productives. Sur l’échelle de la catastrophe, on est dans le rouge écarlate.
 
Quatre mois après les inondations, certains habitants n'ont pas encore reconstruit leurs maisons et dorment dans des abris. Photo Ian Nea, Flickr ShelterBox.
 
"Beaucoup de paysans ont tout perdu car ils n’ont pas été informés"
 
L’association Kowen [fondée par la femme du gouverneur de l’Etat de Kogi, ndlr] a fait le maximum pour nous aider d’un point de vue logistique et accéder à des zones isolées. Beaucoup de paysans ont tout perdu car ils n’ont pas été informé de ce qui allait se passer, et ils n’ont pas eu le temps de mettre à l’abri leurs récoltes. Utiliser les moyens de communication modernes pour les prévenir est une idée à développer [le gouvernement prévoit de distribuer 10 000 téléphones pour informer par SMS les paysans des futures perturbations, ndlr].
 


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