Vague de mobilisation après la censure du journal "le plus critique vis-à-vis du pouvoir"

Capture d'écran de l'article du Southern Weekly après censure
 
Des centaines de personnes se sont rassemblées lundi à Guangzhou (sud) pour soutenir l’hebdomadaire réformiste "Southern Weekly " (Nanfang Zhoumo) victime d’un acte de censure attribué au responsable de la propagande local.
 
Les protestataires devant les locaux du Southern Weekly, à Guangzhou. Photo postée lundi 7 janvier (@Ben663 et Twitter.com/Benfilm63).
 
À la fin de la semaine dernière, le "Southern Weekly" avait appelé à des réformes politiques en Chine dans son éditorial de la nouvelle année. Mais l’article a été remplacé à la dernière minute par un autre texte faisant l’éloge des nouveaux leaders politiques chinois. Un acte qui a provoqué l’indignation de nombreux journalistes et des citoyens.
 
Rassemblés devant les locaux de l’hebdomadaire, les manifestants ont réclamé la démission du chef de la propagande de la province, Tuo Zhen, responsable à leurs yeux de cet acte de censure. Certains ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "démocratie", "liberté d’expression" ou encore  "élections ". D’autres ont déposé des bouquets de fleurs à l’entrée du bâtiment.
 
Vidéo publiée sur YouTube par Zolazhou. 
Contributeurs

"Le Southern Weekly jouit d’une bonne réputation auprès des lecteurs"

Lu Haitao vit à Shanghaï.
 
Le titre initial, "Le rêve chinois, un rêve de constitutionnalisme" [qui appelait à ce que les droits des citoyens soient respectés], a été remplacé au dernier moment par "Nous sommes plus que jamais proches du rêve". Le personnel n’a pas pu écrire le texte publié car il est truffé d’erreurs flagrantes. Le nouvel éditorial clame "C’est la 1057e fois que nous allons à la rencontre de nos lecteurs", alors qu’il s’agit en fait du 1507e numéro. De plus, il y est écrit que le grand déluge de Chine est survenu il y a deux mille ans [Il est généralement admis que celui-ci a eu lieu il y a 4000 ans, ndlr.].
 
Capture d'écran de l'article du Southern Weekly après censure : "Nous sommes plus que jamais proches du rêve"
 
Il est rare de protester contre la censure en Chine. D’habitude, les gens manifestent contre le coût de la vie ou pour défendre l’environnement. Mais cette fois, des gens ont manifesté pour la liberté de la presse. Pas moins de 90 journalistes se sont mis en grève devant les locaux du Southern Weekly. Ils ont été rejoints par des stagiaires, d’anciens journalistes et des chercheurs. Le Southern Weekly jouit d’une bonne réputation auprès des lecteurs. Il est en fait considéré comme le média le plus critique vis-à-vis du pouvoir en Chine.
 
Photo-montage montrant des étudiants brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire "Courage Southern Weekly" (lundi 7 janvier).
 
Les étudiants ont également manifesté sur leur campus et brandi des pancartes affichant : "Courage Southern Weekly ! ". Par ailleurs, d’autres médias ont manifesté leur soutien à l’hebdomadaire comme le portail d’informations Sina qui a affiché le même message "Courage Southern Weekly !" déchiffrable si on lit de haut en bas.
 
Capture d'écran de la page d'accueil de Sina news.
 
"Les mots comme «Southern» et «Weekly» sont censurés sur Weibo"
 
L’incident fait l’objet d’une censure drastique sur Internet. Les mots comme "Southern" et "Weekly" sont censurés sur Weibo [l’équivalent chinois de Twitter, ndlr]. Si vous lancez la recherche "289, Guangzhou Avenue ", soit l’adresse du journal, vous n’aurez aucun résultat.
 
Dans la soirée de dimanche 6 janvier, l’opérateur du compte Weibo du Southern Weekly, a indiqué dans un post qu’il ne serait plus responsable des messages qui seront publiés à l’avenir car il avait dû donner le mot de passe. [sans toutefois préciser à qui, ndlr.].
 
Capture d’écran d’un message posté par l’opérateur du compte Weibo du Southern Weekly. 
Engduan: J'ai aidé Mao Zhe, le directeur en charge des nouveaux médias du Southern Weekly, à transmettre le mot de passe du compte Weibo du journal. Je ne serai pas responsable des messages, ni de tout autre contenu diffusé par le compte à l'avenir. Merci de votre compréhension. Wu Wei.
6 janvier, 2013, 21:18:00
 
Un autre message posté quelques minutes plus tard sur le même compte affirmait que l’éditorial controversé a été rédigé par l’équipe du journal et que les allégations de censure qui circulent sur le Web étaient des rumeurs sans fondement. L’auteur du post conclut en s’excusant au nom de l’équipe du journal pour les erreurs contenues dans le billet.
 
Capture d’écran d’un message posté moins de trois minutes plus tard sur le même compte.
Aux lecteurs: Les vœux publiés dans notre édition spéciale nouvel an du 3 janvier ont été rédigés par notre rédacteur en chef, et ce en accord avec le thème "à la recherche du rêve". La couverture et la présentation du numéro spécial ont été conçues par la personne qui en a la charge [au sein de la rédaction]. Les rumeurs parues sur Internet sont fausses. Nous nous excusons auprès des lecteurs pour les erreurs commises à cause des contraintes ou par négligence. 6 janvier 2013, 21:20:42
 
Pourtant, quelques instants après, des journalistes du " Southern Weekly" ont publié deux lettres ouverte en ligne, dans lesquelles ils réclament une enquête sur ce qu’ils dénoncent comme une opération de censure ainsi que la restauration des comptes Weibo du rédacteur en chef et des journalistes. En outre, les signataires exigent la démission de Tuo Zhen. La première lettre est signée par les membres de la rédaction, la deuxième par des chercheurs, des journalistes ainsi que des étudiants. Elles ont été largement diffusées sur Internet.
 
Les autorités ne se sont pas exprimées sur l’incident. Et plusieurs médias et portails Web auraient reçu des instructions du département de propagande pour ne pas en rendre compte.
 
Les autorités chinoises exercent une censure méticuleuse : les instructions sont généralement données oralement, par téléphone ou SMS, si bien que les preuves sont toujours très difficiles à rassembler.
 

Commentaires

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Chapeau les chinois braves,

Chapeau les chinois braves, chapeau la liberté. Y aura, pourtant, pas de réforme. Y aurait, sans doute, des révolutions. C'est le karma de la Chine, la nation malheureuse. Ma nation.



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