Au Koweït, le bras de fer est lancé entre la police et l'opposition

Un policier en cagoule réprimant des manifestants avec un bâton.
 
Trois mois après le début des manifestations, le vent de révolte souffle plus que jamais sur le royaume du Koweït. Les élections début décembre, loin de calmer la contestation, n’ont fait que mettre de l’huile sur le feu.
 
Les manifestations ont démarré au Koweït en octobre dernier, après que l’émir, profitant de la dissolution du Parlement, a lui-même fait modifier le mode de scrutin d’une manière qui, selon l’opposition, favoriserait la famille régnante, la dynastie Al-Sabah.
 
En réaction à cette réforme, l’opposition a appelé d’un bloc au boycott des élections parlementaires du 1er décembre 2012. Un appel entendu puisque l’abstention a atteint un taux record avoisinant les 70 %.
 
C’est dans ce contexte tendu que 200 à 300 personnes sont sorties manifester dimanche 6 janvier dans les faubourgs de Koweït City, la capitale du royaume. Très vite, les forces de police sont intervenues pour disperser le rassemblement. Elles auraient arrêté 70 personnes, dont la correspondante de FRANCE 24 dans le Golfe, qui a depuis été relâchée.
 
Ces évènements coïncident avec la condamnation de deux utilisateurs koweïtiens de Twitter à deux ans de prison pour avoir critiqué l’émir et le gouvernement sur le réseau de microblogging.
 
Première monarchie du Golfe à avoir un Parlement élu, le Koweït connaît des crises politiques incessantes le plus souvent attribuées à la dynastie des Al-Sabah qui règne depuis plus de 250 ans sur le pays et ne semble pas prête à partager le pouvoir.
 
Vidéo montrant un grand nombre de policiers mobilisés pour la répression de la manifestation du 6 janvier.
Contributeurs

"Jamais les Koweïtiens n’ont été traités de la sorte"

Hamad Al-Olayan, 30 ans, milite dans les groupes de jeunes de l’opposition. Il affirme n’être affilié à aucun parti.
 
La manifestation de dimanche est la cinquième de cette série de marches baptisées "les marches de la dignité".
 
C’est la première fois que nous quittons la place Irada [devant le Parlement, ndlr] qui était jusque-là le point de ralliement de l’opposition pour marcher dans d’autres quartiers de la ville, comme à Qortoba. Certains nous reprochent de porter la contestation au cœur des quartiers habités et de provoquer les autorités qui nous autorisent pourtant à manifester place Irada. Mais cette logique est absurde, car une contestation qui se fait avec la bénédiction du pouvoir en place n’en est pas véritablement une. De plus, l’article 44 de la Constitution nous autorise à manifester sans demander d’autorisation, ce qui veut dire que nous n’enfreignons aucune loi en agissant de la sorte. En voulant nous cantonner à cette place, le gouvernement veut contrôler l’opposition et étouffer sa voix.
 
Nous avons été choqués par le degré de violence dont a fait preuve la police dimanche. Celle-ci a utilisé des bombes lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc. Elle n’a pas hésité à tirer sur des femmes et a arrêté plusieurs personnes, dont deux anciens députés. Jamais les Koweïtiens n’ont été traités de la sorte. La réponse des forces de l’ordre était disproportionnée au vu de la nature pacifique de notre marche.
 
"L’émir et son gouvernement doivent revenir sur la réforme électorale d’octobre et cesser les abus de pouvoir"
 
En plus de la violence exacerbée sur le terrain, l’ambiance est de plus en plus tendue sur la scène politique. Le Parlement n’est pas du tout représentatif du peuple koweïtien. D’une part, comme le nouveau mode de scrutin a revu à la baisse le nombre de voix nécessaires pour l’élection de chaque député, les élus ne s’adressent plus à l’ensemble de la population mais uniquement à leur clan, afin de se garantir le minimum de voix nécessaires pour obtenir un siège. Du coup, la vie politique devient de plus en plus sectaire. D’autre part, de grandes tribus comme celle de Mtir ou Al-Awazem ne sont pas représentées car elles ont boycotté l’élection.
 
En tant qu’opposition, nous ne comptons pas nous taire face à cette injustice. Le Koweït est une démocratie et les citoyens ici connaissent leurs droits. J’espère uniquement que le pouvoir en place n’ira pas trop loin dans son aveuglement, qu’il renoncera à l’usage de la force et écoutera nos revendications. L’émir et son gouvernement doivent revenir sur la réforme électorale d’octobre et cesser les abus de pouvoir. Mais nous ne voulons pas pour autant que le Koweït sombre dans un cycle de violence comme d’autres pays de la région.
 
Manifestation avec des pancartes dénonçant le passage en force de la réforme du mode de scrutin.
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.


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