Témoignage et images du grand pèlerinage chiite vers Kerbala

Cortèges de fidèles à l'entrée du mausolée d'Al Husseïn à Kerbala.
 
Les musulmans chiites du monde entier se sont donné rendez-vous à Kerbala, en Irak, pour leur pèlerinage annuel. Malgré la peur des attentats, les croyants continuent d’affluer.
 
Kerbala se trouve à 100 kilomètres au sud-ouest de la capitale irakienne Bagdad. En 680, elle fut le théâtre d’une bataille violente, entre les partisans de Yazid Ibn Mou’awiya et ceux d’Husseïn, qui se solda par la décapitation de ce dernier. Fils de l’imam Ali et petit-fils du prophète Mohamed, Husseïn est considéré comme le troisième imam par les chiites, qui commémorent sa mort tous les ans durant l’Achoura, ainsi que 40 jours après, pour l’Arbaïne.
 
L’Irak est un pays à majorité chiite (plus de 75% des musulmans) qui a longtemps été gouverné par la minorité sunnite, conduite par Saddam Husseïn. Ce n’est que depuis la chute de ce dernier, en 2003, que les festivités chiites ont cette ampleur.
 
Le jeudi 3 janvier, dernier jour du pèlerinage, a été entaché par un attentat à la voiture piégée au sud de Bagdad qui a tué 15 chiites en route pour Kerbala.
 
Cortège des Pèlerins venant de Bassorah et se dirigeant vers Kerbala.
 
Contributeurs

"Le pèlerinage est aussi l’occasion de voir la diversité du monde chiite"

Meead Al Mhanna, 38 ans, est professeur de sport. Il vit à Hindiya, à 20 kilomètres de Kerbala. Sa ville est aussi surnommée "Touireg" (petite route) car elle se trouve sur le chemin des pèlerins.
 
Le pèlerinage de Kerbala commence 20 jours après Achoura et se termine le quarantième jour qui est l’apothéose du pèlerinage.
 
Les pèlerins marchent vers Kerbala depuis les différentes villes chiites d’Irak. Ceux qui viennent de l’étranger descendent généralement à l’aéroport de Nadjaf [60 kilomètres au sud de Kerbala] et marchent vers la ville sainte. La marche des quarante jours est un signe de foi pour les chiites.
 
 
Chaque cortège porte des banderoles avec le nom de sa ville ou de sa région. L’un des plus importants en Irak arrive de Bassora [deuxième ville du pays, située à l’extrême sud et majoritairement chiite], mais j’en ai vu qui sont venus de Qom en Iran, du Bahreïn et même du Qatar. Les pèlerins entonnent des chants chiites qui évoquent le martyr d’Husseïn. Il y a aussi des mises en scène pour rappeler les membres de sa famille qui ont été faits prisonniers et dont une partie ont également péri après la bataille de Kerbala, comme sa sœur Zeinab ou sa fille Rokaya.
 
Une mise en scène avec un cortège de femmes représentant des membres de la famille de Husseïn faites prisonnières. 
 
"Rien ne peut nous dissuader de commémorer l’Arbaïne"
 
Les pèlerins font escale dans les villes qu’ils traversent à la tombée de la nuit pour repartir le lendemain. Al Hindiya est la dernière ville où ils s’arrêtent avant d’arriver à Kerbala. Nous accueillons donc beaucoup de visiteurs pendant les derniers jours du pèlerinage. Les pèlerins installent des tentes et les habitants leur apportent à boire et à manger, ainsi que des couvertures. Certains les hébergent même chez eux.
 
D’importantes mesures de sécurité sont prises à l’occasion du pèlerinage de Kerbala car le risque d’attentat contre les chiites est effectivement important. Les policiers et les soldats sont partout, on voit des hélicoptères sillonner le ciel. A l’entrée de certaines villes, il y a des checkpoints. Un tel déploiement vise à dissuader les terroristes mais nous savons bien qu’il est impossible de garantir la sécurité vu le nombre de personnes qui affluent [presque chaque année, le dernier jour du pèlerinage est marqué par un attentat]. Mais rien ne peut nous dissuader de commémorer l’Arbaïne.
 
Le pèlerinage se termine par la visite au mausolée de Husseïn, là où son corps est enterré [plusieurs théories existent par contre concernant l’endroit où sa tête aurait été enterrée - à Damas, au Caire, etc.]. La prière devant la tombe doit être brève pour laisser la place aux autres. Les pèlerins poursuivent la célébration dans le patio du mausolée. Certains se donnent en spectacle en marchant sur les braises ou entrent en rampant et en se frappant la tête en signe de deuil. Ces pratiques ne sont pas appréciées par tous les chiites. Mais le pèlerinage est aussi l’occasion de voir la diversité du monde chiite.
 
 
Cortège de l'année dernière devant le mausolée du Husseïn à Kerbala. L'enfant juché sur le dos du cheval représente le fils du troisième imam.
 
Autre cortège des prisonniers, avec des hommes en vêtements d'époque. La vidéo date de la commémoration de l'année dernière. 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France24.


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