Des barrages de jeunes armés inquiètent la population de Bangui

 
Bangui se prépare à l’arrivée possible de la rébellion Séléka. Notre Observateur nous a fait parvenir des images qui montrent que des civils armés ont établi des barrages dans la ville. Des contrôles tolérés par l’armée, mais qui augmentent le sentiment d’insécurité chez les habitants.
  
Sur la droite, un homme porte dans sa main gauche un arc et sur son épaule droite une machette en bandouillère. Capture d'écran de la vidéo d'un de nos Observateurs à Bangui.
 
Les rebelles ont stoppé leur progression à 200 kilomètres au nord de Bangui, à Sibut, et réclament un gouvernement de transition dont serait exclu le président actuel, François Bozizé. Une délégation de représentants du Séléka s’est rendue à Libreville, au Gabon, où des négociations se déroulent actuellement sous l’égide de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC).
 
 Vidéo des barrages prise par notre Observateur très tôt le 31 décembre. Des jeunes armés filtrent les passages dans un quartier de Bangui.
 
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"Ces jeunes volontaires sont armés de machettes, de couteaux et de flèches"

Hervé Aristide (pseudonyme) est un habitant de Bangui. Il a filmé en cachette les barrages organisés par les civils et pris des vidéos entre le 30 décembre et le 1er janvier dans le centre-ville.
  
J’ai filmé vers 4 heures du matin ces barrages de jeunes. Ils se mettent sur les ronds-points ou sur les grands axes qu’ils bloquent avec des tables, des fauteuils ou des gros blocs de pierres. Ils effectuent des contrôles d’identité sur les étrangers et aussi sur les Centrafricains. Mais pour laisser passer la personne, ils demandent en général un petit billet. Certains d’entre eux sentent l’alcool ou sont à mon avis sous l’emprise de drogues. J’étais obligé de me cacher, car toute personne surprise en train de filmer est accusée d’espionnage contre le gouvernement.
 
La plupart sont des jeunes des quartiers, ils se sont réunis en "groupes de patriotes" suite à l’appel du président à être vigilant. Ils sont armés de machettes, de couteaux, d’arcs et de flèches et s’organisent pour distribuer des objets à tous les jeunes volontaires qui souhaitent défendre Bangui. Les Forces armées centrafricaines (FACA) les laissent faire et les encouragent même dans cette voie.
 
 
Des magasins libanais barricadés dans les rues de Bangui, le 31 décembre.
 
Ces barrages créent un sentiment d’insécurité à Bangui. La plupart des grands magasins et des épiceries sont barricadés avec de la tôle et de grandes plaques. Les gérants ont peur que ces groupes utilisent leurs armes pour piller. Ryan, le plus grand supermarché libanais de Bangui, a bloqué l’entrée du magasin et des vigiles y circulent jour et nuit. L’une des principales banques de la capitale, Eco Bank, est également fermée depuis une semaine. À ma connaissance, il n’y a pour l’instant pas eu de cas de pillages répertoriés.
 
Devant l'entrée du magasin Ryan, les véhicules de l'armée françaises et des FACA patrouillent. Les rues sont quasiment désertes.
 
Dans Bangui, très peu de voitures circulent hormis les patrouilles de l’armée française et des FACA. Ceux qui ont laissé leurs voitures dehors ont enlevé les pneus. J’ai moi-même caché ma voiture car j’ai peur de me la faire voler.
 
Les pneus de ces véhicules ont été enlevés par leurs propriétaires, de peur qu'ils soient volés. Photo prise le 30 décembre à Bangui.
 
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration d'Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.


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