Dans Tombouctou coupée du monde, le règne de la débrouille

Un gardien, seul, dans la résidence abandonnée par son employeur. Capture d'écran des vidéos prises par notre Observateur Othman Agh Mohamed, journaliste à Sahara Médias.
 
L’arrivée des milices islamistes à Tombouctou a mis à genoux l’économie de la ville et mis au chômage technique des milliers d’habitants. Notre Observateur est allé à la rencontre des gardiens des riches demeures de la ville. Bien que leurs patrons aient fui depuis longtemps, ils continuent de faire leur travail sans savoir de quoi demain sera fait.
 
Les islamistes d’Ansar Dine et d’Aqmi contrôlent la ville de Tombouctou dans le Nord-Mali depuis avril 2012 où ils ont détruit les derniers mausolées le 24 décembre. L’activité économique de la ville a également été touchée puisque plusieurs métiers ont été interdits : chauffeur de taxi privé, professeur en école publique, etc. Le tourisme est quant à lui au point mort, mettant à genoux l’artisanat local.
 
Selon notre Observateur sur place, seuls les agriculteurs et les petits commerçants tirent leur épingle du jeu, notamment à cause de la levée des taxes décidée par les islamistes.
 
Symboles de cette situation : les gardiens des maisons des quartiers riches de Tombouctou. Ils continuent de travailler, malgré la fuite de leurs patrons, mais dans la plupart des cas ils ne sont plus payés depuis des mois.
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"Les gardiens sont tout juste autorisés à jardiner pour survivre"

Othman Agh Mohamed, journaliste pour Sahara Médias, vit à Tombouctou. Il est allé à la rencontre des gardiens de la ville.
 
Je faisais un reportage dans la ville de Tombouctou et j’ai remarqué que des gens travaillaient toujours dans les jardins des maisons vides. C’est un quartier riche situé au sud de Tombouctou où sont implantées des banques et des ONG.
 
Les gardiens passent leurs journées à jardiner ou à cultiver des légumes. Certains d’entre eux n’ont rien du tout à faire. Ils restent là pour protéger les maisons des voleurs. Ils vivent comme si leurs patrons étaient là et vérifient que tout va bien.
 
"Si on exclut les fonctionnaires, 90 % de la population de Tombouctou est au chômage"
 
Parfois, les propriétaires les appellent pour s’assurer que tout va bien. Ceux que j’ai rencontré sont très en colère car leur employeurs ne leur envoient rien. Un gardien gagne normalement entre 30 000 et 40 000 francs CFA par mois (entre 45 et 60 euros). Là, ils n’ont aucun salaire et ils peuvent juste cultiver les légumes pour survivre.
 
Si on exclut les fonctionnaires et les soldats d’Ansar Dine, je dirais que 90 % de la population de Tombouctou est actuellement au chômage ou sans aucun revenu. J’ai voulu parler de ces gardiens car ils sont plusieurs dizaines dans cette situation. La vie pour eux est difficile et ils essaient de s’en sortir en trouvant des solutions. Je les trouve très courageux.
 
Le gardien dans la vidéo : "C’est le chômage technique qui m’oblige à trouver des solutions et à jardiner, surtout que j’ai accès à un point d’eau gratuitement chez mon employeur. C’est la première fois que je cultive des légumes. Je pense que ça va aider ma famille à survivre".
 
Ghissa Ag Mohamed a 40 ans. Il est le gardien de deux maisons du quartier. Il vit dans une petite dépendance avec sa femme et ses enfants. Il cultive des légumes pour nourrir sa famille et gagne un peu d’argent en aidant aux distributions de riz de la Croix-Rouge grâce à sa charrette.
 
 
 
Le gardien : "Je n’ai trouvé que ce travail provisoire, car j’étais au chômage auparavant. Au moins, j’ai accès à l’eau gratuitement ici"
 
 
Aljamat Ag Ghali est un peu plus jeune. Il a 28 ans. Lui n’a rien à faire. Il est tout seul dans la maison, ses parents et sa femme habitent à un autre endroit dans Tombouctou. Il reste là car il a peur de perdre son emploi et a espoir que son employeur revienne bientôt. Il n’a aucun endroit où aller, alors il veille sur le bétail de son patron.
 
 

Fatimata est une jeune fille de 12 ans qui vit avec sa mère dans une maison adjacente à une grande villa. Comme le propriétaire est parti, la famille rentre dans la maison pour utiliser le potager et y cultiver salades et tomates.
 
 
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration d'Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.


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