Les arbres du Caire, victimes collatérales de la révolution

Des arbres coupés dans une rue du Caire.
 
Autrefois luxuriante, les rues d’Héliopolis, une banlieue du Caire, sont bien moins vertes deux ans après la révolution égyptienne.
 
Le phénomène, particulièrement visible dans la banlieue chic d’Héliopolis, s’étend aussi à d’autres quartiers de la capitale. De nombreux blogueurs et journalistes locaux ont récemment tenté d’alerter l’opinion publique sur la disparition de ces arbres. Certains pointent du doigt l’incurie des autorités locales, d’autres accusent le gouvernement de ne pas sanctionner les entreprises d’entretien de la voie publique qui coupent tous les arbres morts ou sains, sans distinction. 
 
FRANCE 24 a tenté de contacter la municipalité d’Héliopolis ainsi que le ministère égyptien de l’Environnement mais n’a, pour l’heure, pas eu de réponse.
 
 
Images satellite Google Earth.
Contributeurs

"Avant la révolution, on n’aurait jamais osé tailler les arbres comme cela"

Michel Hanna, pharmacien, vit dans la banlieue d’Héliopolis, au Caire. Au cours de l’année 2012, il a posté de nombreuses photos d’arbres coupés ou mutilés pour les poster sur son blog et sur la page Facebook local Heliopolis Eyes.
 
J’ai grandi à Héliopolis et j’ai toujours apprécié ses arbres magnifiques et l’ombre qu’ils offrent. Mais depuis la révolution, au moins la moitié a disparu.
 
Les coupables sont à la fois les autorités locales et les habitants.  Les premières ont coupé beaucoup trop d’arbres sur les trottoirs et dans les jardins publics. Ils disent qu’ils "taillent" mais faire passer une arbre de 10 à 2 mètres de hauteur, ce n’est pas tailler, c’est raser !
 
Les habitants coupent aussi, et ce pour des raisons absurdes : certains ne veulent pas balayer les feuilles mortes sur le pas de leur porte, ou s’inquiètent que des excréments d’oiseaux n’atterrissent sur leur voiture [un éditorialiste du journal "Egypt Independent" a raconté que tous les arbres de sa rue avaient été rasés par les commerçants après qu’une branche a abîmé la voiture d’un client, ndlr]. Personne ne les sanctionne. Avant la révolution, on n’aurait jamais osé faire cela de peur d’être réprimandé. Mais aujourd’hui, plus personne ne craint les autorités.
 
 Un arbre "taillé". Photo de notre Observateur.
 
"On risque bien de finir dans un désert urbain"
 
Ces derniers temps, quand vous appelez la police pour un vol, ils vous expliquent qu’ils ont plus grave à gérer [l’insécurité est en augmentation depuis la révolution], donc imaginez un peu si vous leur parlez d’un arbre coupé ! J’ai essayé de prévenir le ministère de l’Environnement quand j’ai vu que des arbres parfaitement sains étaient coupés. On m’a expliqué qu’ils étaient la propriété des autorités en charge de la zone d’Heliopolis et qu’ils ne pouvaient rien faire. On aurait évidemment besoin de nouvelles réglementations mais comme on n’a toujours pas de Parlement, ce n’est pas pour tout de suite [un tiers des sièges de la chambre basse a été annulé par la Haute cour constitutionnelle égyptienne en juin dernier, ndlr]. Dans un pays où l’économie et la politique vont mal, tout le monde se fiche de l’environnement. On risque bien de finir dans un désert urbain.
 
 
 
Avant/après dans une rue d’Héliopolis.  Photo prise par notre Observateur.
 
Images satellite Google Earth.
 
Un palmier dans les rues d’Héliopolis et l'endroit d'où il a été arraché.
 
 
 
Avant/après dans une rue d’Héliopolis.

Commentaires

S'il y a des coupeurs de bois à Héliopolis,c'est que...

Certains ont bien besoin de bois...ne serait-ce que pour faite "bouillir la gamelle"!!!De toutes façons,les arbres,ça repousse,non...?Ce qui est particulièrement choquant,c'est le peu de cas que font certains des
"bonnes manières" prônées par la "loi de la Charia"...!!Quelle déchéance dans un pays comme l'Egypte,
grand pays musulman parmi les + grands...!!Pour résumer la situation,une "citation":"La connerie n'a
pas de frontière..."!!



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