Centrafrique : témoignage exclusif depuis une ville passée aux mains des rebelles

Groupe de rebelles au nord du pays. Photo non datée postée sur le site du RJDH-RCA.
 
Quand ils prennent une ville, les rebelles coupent systématiquement les réseaux téléphoniques, rendant impossible la communication entre les habitants et l’extérieur. Pourtant, à la faveur d’un rétablissement, probablement temporaire, des liaisons, nous avons réussi à entrer en contact avec l'un de nos Observateurs à Kaga-Bandoro, ville de la République centrafricaine passée sous le contrôle de la coalition Séléka, le 25 décembre.
 
Kaga-Bandoro, localité de près de 25 000 habitants, est située à 300 kilomètres au nord de Bangui, la capitale centrafricaine.

Après trois semaines d’avancée fulgurante dans le nord du pays, les troupes de la rébellion se tiennent actuellement à Sibut, à 160 km au nord de Bangui. La coalition rebelle menace de faire sauter Damara, le dernier verrou avant la capitale tenu par les Forces régulières (Faca) et des éléments de la Force multinationale d'Afrique centrale (Fomac).
 
Acculé, le président François Bozizé a proposé, dimanche, aux insurgés d'entrer dans un gouvernement d'union nationale, ajoutant qu’il ne se représenterait pas à la prochaine élection. Le lendemain, la rébellion centrafricaine de la Séléka menaçait de nouveau de marcher sur Bangui, disant ne pas croire aux promesses de partage du pouvoir du président centrafricain.
Contributeurs

"Il n’y a eu aucun tir"

Basile (pseudonyme) habite à Kaga-Bandoro.
 
J’ai assisté à l’arrivée des rebelles dans la matinée du 25 décembre. Ils étaient une quarantaine et j’ai compté six pick-up. Nous n’avons senti aucune agressivité de leur part. Les Faca [Forces armées centrafricaines] étaient parties depuis la veille [une information confirmée par d’autres sources contactées par RFI. Les autorités affirment que les Faca ont été contraintes de s'enfuir après avoir été attaquées par les rebelles de la Séléka]. Les rebelles avaient des lance-roquettes mais il n’y a eu aucun tir.
 
La première chose qu’ils ont faite c’est fouiller les bâtiments officiels. Je pense qu’ils étaient à la recherche d’armes. Ils sont allés à la base des Faca, dans les bâtiments des gardes des eaux et forêts et dans les locaux de la police. À chaque fois, ils finissaient par tout saccager. Le bureau du préfet a aussi été mis à sac, ainsi que les bureaux de l’organisation humanitaire IRC [International Rescue Committee].
 
Derrière eux, des habitants se sont aussi adonnés à des pillages. Par exemple, les rebelles ont détruit la pompe d’une station essence pour s’approvisionner. Une fois repartis, des villageois ont accouru avec des seaux pour prendre ce qu’il restait de fuel. C’était la foire d’empoigne, à tel point qu’un homme, qui s’est senti lésé, a jeté une allumette pour incendier la pompe. Une vingtaine de personnes ont été blessées.
 
"Ils manquaient de véhicules donc ils ont volé des motocyclettes pour descendre sur Sibut"
 
Actuellement, les rebelles sont en très petit nombre à Kaga-Bandoro. Après avoir été rejoints pas une autre faction, le gros des troupes est descendu sur Sibut, où ils sont actuellement en train de parlementer avec le président Bozizé. Ils manquaient de véhicules au départ, donc ils ont volé des motos.
 
L’armée centrafricaine a brillé par son absence ici. Pourtant, elle aurait pu défendre la ville car les soldats des Faca étaient plus nombreux que les rebelles. Mais des rumeurs disaient que ces derniers étaient armés jusqu’aux dents et techniquement supérieurs, donc les chefs militaires ont pris peur.
 
"Il y a beaucoup d’étrangers parmi les rebelles"
 
Je n’ai pas pu parler avec des rebelles mais j’ai pu constater c’est qu’il y a beaucoup d’étrangers parmi eux, notamment des Tchadiens et des Soudanais.
 
Aujourd’hui, la situation est calme mais, comme on ne sait pas à quoi va aboutir le dialogue entre les deux parties, alors on se tient prêts dans la perspective que les rebelles reviennent en nombre et utilisent notre ville comme une base arrière.
 
J’ai mis ma famille à l’abri dans les locaux de la Mission de consolidation de la paix [Micopax, force armée de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC)], une force d’interposition formée à Kaga-Bandoro de soldats du Congo Brazzaville. Même s’ils n’ont pas le droit de prendre part au conflit, on se sent en sécurité chez eux. Si les rebelles les attaquaient, ce serait comme déclarer la guerre à tous les pays de la CEEAC. Je ne pense pas qu’ils feraient cela.
 


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