Le 21, l’apocalypse, c’était à la mairie d’Odessa

 
Après quatre mois de pause, le conseil municipal d’Odessa a tenté de se remettre au travail vendredi 21 décembre. Mais la mairie a été prise d’assaut par une horde de citoyens mécontents. Si l’apocalypse n’a pas eu lieu ce jour-là – comme les Mayas l’avaient prédit – on n’en était pas loin.
 
À l’entrée, les manifestants se sont heurtés au service de sécurité de la mairie. Des gaz lacrymogènes ont été lancés des deux camps et les manifestants ont été violemment aspergés par des canons à eau. Selon les médias locaux, les forces de l’ordre étaient présentes mais ne sont pas intervenues. Des sources locales affirment qu’il s’agissait pour la police de signifier son mécontentement après une récente décision du maire de travailler avec des sociétés de sécurité privées. 
 
Vendredi, les manifestants partent à l’assaut de la mairie d’Odessa.
 
Les principales composantes de cette foule hétéroclite étaient les nationalistes du parti Svoboda et les commerçants de la ville. Les premiers reprochent au conseil municipal d’avoir changé l’appellation d’une rue portant le nom d’un indépendantiste ukrainien, pour lui donner celui d’un homme d’affaire d’Odessa du 19ème siècle. Les commerçants, quant à eux, se révoltaient contre la privatisation récente des deux principaux marchés de la ville, le Privoz et le Sedmoy Kilometr.
 
La foule de mécontents comprenait également un groupe d’étudiants de l’école de navigation d’Odessa, qui vient elle aussi d’être privatisée, ainsi que des sympathisants de Ioulia Timochenko et des militants de divers partis d’opposition. 
 
Les manifestants sont dispersés par des jets d'eau.
 
La colère gronde en Ukraine depuis que les autorités ont lancé en 2012 une importante vague de privatisations des biens de l’État. Les partis d’opposition accusent le président Ianoukovitch de manquer de transparence dans les processus de cession et de privilégier les hommes d’affaires qui ont financé sa campagne de 2010.
Contributeurs

"Avec la privatisation du marché, les loyers vont augmenter et de nouvelles taxes vont être imposées"

Alexey Gerasimenko, 40 ans, est ingénieur naval à Odessa. Sa mère travaille au marché Privoz.
 
Ce marché a toujours été un vrai cauchemar. Même quand il était public, il était sous-loué à des hommes d’affaires pour quasiment rien, puis ensuite les parcelles étaient relouées une fortune aux petits commerçants qui ne disaient rien, de peur d’être délogés. On pensait tous qu’avec la nouvelle administration [le maire Olesiy Kostusev a pris ses fonctions en novembre 2010, ndlr], une solution serait trouvée. Mais la municipalité a vendu le marché aux mêmes hommes d’affaires, officialisant cette situation catastrophique. Et si l’on en croit l’expérience des autres marchés privatisés en Ukraine, les loyers ne feront que monter, de nouvelles taxes vont être imposées.
 
“Beaucoup auraient aimé que les nationalistes mettent le maire dehors”
 
À Odessa, les gens ont été surpris que ce rassemblement tourne aussi mal. Les nationalistes ont clairement profité du mécontentement populaire pour promouvoir leur propre agenda. Traditionnellement, Odessa n’est pas un bastion nationaliste, mais il est vrai que ces derniers temps, ce groupe progresse. On voit notamment beaucoup de graffitis sur les murs, affichant "Fier d’être ukrainien" ou encore "L’Ukraine ou la mort". Et autour de moi, beaucoup de personnes qui n’apprécient guère les nationalistes d’habitude m’ont dit qu’elles auraient voulu qu’ils entrent dans le bâtiment pour virer le maire et lui faire dévaler le célèbre escalier du Potemkine. 


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