Des Yéménites tentent le mariage sans drogue

Des feuilles de khat empilées sur le sol lors d'un mariage traditionnel au Yémen. Photo prise par la fondation Eradah.
 
Dans le nord du Yémen, le khat est particulièrement apprécié par les habitants pour ses vertus stimulantes et euphorisantes. Lors de fêtes ou de cérémonies comme les mariages, il est offert en abondance. Récemment, un groupe de jeunes militants a osé rompre avec la tradition en lançant un mouvement contre la consommation de cette drogue durant les noces.
 
Le mois dernier, des activistes de la fondation Eradah, qui lutte pour une nation sans khat, ont participé à l’organisation de deux mariages sans la fameuse herbe, tandis qu’une troisième cérémonie est prévue le 31 décembre. Ces initiatives ont fait de nombreux émules au Yémen : la semaine dernière, une autre association est parvenue à proscrire le khat d’un mariage. Aujourd’hui, Hind Aleryani, une militante anti-khat de longue date et membre fondateur d’Eradah, dit être en contact avec trois autres couples qui comptent mener cette opération dans les prochains mois.
 
Le khat est une culture lucrative au Yémen. Ses détracteurs déplorent qu’une quantité croissante d’eau, une ressource particulièrement précieuse dans ce pays, soit réservée aux plantations de khat plutôt qu’aux champs. Et craignent, du coup, que son utilisation généralisée affecte la productivité économique. Enfin, cette plante est également décriée pour ses effets secondaires, comparables à ceux d’autres drogues : troubles de l’humeur, perte d'appétit, etc.
 
 
A gauche : un mariage traditionnel avec khat. A droite : un mariage sans khat. Photos réalisées par la fondation Eradah.
Contributeurs

“De nombreux invités ont menacé de boycotter mon mariage”

Baraa Shaiban était l’époux lors du premier mariage anti-khat organisé à la mi-novembre par la fondation Eradah.
 
J'ai vraiment hésité avant d’accepter l’absence de khat à mon mariage. Mais je suis convaincu que le Yémen ne pourra pas se développer tant que cette plante sera cultivée. Mes parents, mes frères, mes sœurs et moi-même, nous ne la consommons jamais. En revanche, d’autres membres de ma famille ont l’habitude de la mastiquer. Elle constitue même la principale attraction lors des célébrations - en particulier les mariages. De nombreux invités ont menacé de boycotter mon mariage quand ils ont su qu’il n’y aurait pas de khat. Pour eux, cela signifiait que je ne souhaitais pas leur présence.

Les messages d’encouragement ont en revanche été très nombreux lorsque j’ai dévoilé mes intentions sur ma page Facebook. Ces réactions positives m’ont décidé à aller jusqu’au bout. Si quelques-uns de mes amis n’ont pas fait le déplacement, beaucoup de personnes que je ne connaissais pas sont venues soutenir mon initiative. Les invités étaient plus de 800 ce jour-là.
 
Le mariage de Baraa Shaiban. Photo prise par notre Observateur.
 
“Sans khat, la salle des mariages était belle et propre
 
Sans khat, la salle des mariages était belle et propre. Les gens ont dansé et sont restés jusqu'à la fin. Des hommes d'affaires présents à mon mariage ont vraiment apprécié l’idée et annoncé qu'ils allaient couvrir à l’avenir les frais d’autres mariages sans khat – ce qui a littéralement emballé l’assistance.
 
Cette expérience m’a appris que, même si la majorité des jeunes, aujourd'hui encore, mâchent du khat, une tendance contre cette pratique se développe. Le moment est donc venu de faire pression sur le gouvernement pour éradiquer sa production. Le printemps arabe au Yémen a enseigné à la population à être active. En clair, à ne pas rester assise et attendre que les choses changent.
 
Baraa Shaiban (au centre) à sa cérémonie de mariage.
 
Des convives en train de danser lors d'un récent mariage sans khat organisé près de la capitale Sanaa.

Commentaires

l'esprit sain oeuvre en silence

merci à l'humanité.



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