Visite guidée en images des chefs-d’œuvre du Louvre-Lens

La "Sainte-Anne" de Léonard de Vinci. 
 
Depuis le 4 décembre, le Louvre, plus célèbre musée français et l’un des plus grands musée du monde, a ouvert une antenne à Lens, dans le nord de la France. Un projet qui doit contribuer à redynamiser une région sinistrée par la désindustrialisation et touchée de plein fouet par le chômage. Notre Observateur, critique d'art, nous propose une visite guidée en images.
 
Désormais, c'est au milieu des friches industrielles que Michel-Ange et Léonard de Vinci côtoient les sarcophages égyptiens et les mosaïques mésopotamiennes. Le projet Louvre-Lens est une nouvelle étape dans la décentralisation culturelle, déjà amorcée avec l’ouverture en 2011 du Centre Pompidou à Metz. Il a aussi l'ambition de démocratiser l’accès à la culture, en faisant sortir les œuvres majeures de la capitale.
 
Ces projets ont été volontairement implantés dans des régions en difficultés économiques. Le Louvre-Lens ambitionne de drainer 700 000 visiteurs pour sa première année, une aubaine économique pour les 35 000 habitants d’une ville jusque-là connue pour son bassin minier en décrépitude et son équipe de football.
 
Le Louvre-Lens, qui a coûté 150 millions d’euros, se divise en deux grandes galeries. Dans l’immense nef qui abrite la "Galerie du temps", les œuvres sont exposées par ordre chronologique, des prémices de l’écriture en Mésopotamie au chef-d’œuvre de Delacroix, La liberté guidant le peuple. Elles resteront ici cinq ans avant de retourner à Paris et d’être remplacées par d’autres. La seconde est explicitement baptisée "Galerie des expositions temporaires" et abrite pour ses débuts un ensemble d’œuvres de la Renaissance.
Contributeurs

"On pouvait craindre un Louvre de seconde zone. Il n’en est rien."

Pierre Douaire est professeur d'histoire de l'art et critique d'art à Paris.
 
J'ai visité le Louvre un jour de beau temps, mais dans une région où la grisaille prévaut, le bâtiment, conçu par l'agence d'architecture japonaise Saana, est à la fois un écrin qui brille au soleil ou qui se camoufle dans les brumes grises du nord.
 
 
En arrivant sur le site du Louvre-Lens, j’ai tout de suite été marqué par ces deux grandes ailes en aluminium et en verre, étendues sur ce large terrain de 14 hectares. Le stade Bollaert, qui fait la fierté de Lens, s’élève juste derrière.
 
Galerie du temps : "un voyage de 5 000 ans à travers le monde"
 
 
J’entre dans la "Galerie du temps", l’occasion d’embarquer pour un voyage à travers le monde de 5 000 ans à travers 300 œuvres d’art. Le tour de force est réussi, la promenade est aussi didactique que ludique et les pièces maîtresses, qui sont placées chronologiquement, permettent un parcours libre et scientifique. J’en ai presque le vertige tant les œuvres présentées sont de qualité.
 
 
 
Selon moi, cette statue de Kouros permet de bien comprendre comment les Grecs se sont inspirés des colosses égyptiens. À l’image de ces derniers, les bras près du corps sont rigides, mais ici, ils sont déjà plus détachés, et annoncent les statues plus tardives qui vont petit à petit prendre leur indépendance vis-à-vis de l’architecture.
 
 
 
 
Au Moyen Âge, ces Gisants se trouvent dans les églises et les cathédrales. Art funéraire par excellence, ils sont là pour rappeler la mémoire des princes du pays. 
 
 
Je m’arrête quelques dizaines de mètres plus loin, et quelques siècles plus tard, devant ce "Saint Sébastien" peint par le Pérugin. Ce tableau idéalise la fin tragique des premiers martyrs chrétiens. Mais cette œuvre rappelle que si la religion joue toujours un rôle central au XVe siècle en Italie, c’est désormais l’Homme qui est au centre de toutes les attentions, et devient la mesure du monde.
 
"Dans la Galerie des expositions temporaires, l’exposition Renaissance est magnifique"
 
La première exposition temporaire du Louvre-Lens s’intitule sobrement Renaissance, et elle est magnifique. J’y ai trouvé une occasion de me remémorer les changements fondamentaux opérés à cette époque entre le XIVe et le XVIe siècle. La Renaissance commence en Italie, avec l’urbanisation, le développement de la finance, de l’artisanat, la constitution de fortunes, autant de terrains favorables à l’émancipation de l’art lors du Quattrocento (XVe siècle). L’invention de la peinture à l’huile, de l’imprimerie et de la perspective linéaire font de ce siècle le point de départ d’un renouveau artistique.
 
 
Je m’arrête forcément devant l’un des chefs d’œuvre du Louvre-Lens, la "Sainte-Anne" de Léonard de Vinci, une des plus belles œuvres du XVe siècle. La toile vaut d’autant plus d’être vue qu’elle vient juste de retrouver ses couleurs d’autrefois, grâce à une restauration qui lui a rendu ses pigments d’origine, lesquels révèlent les nuances qui faisaient défaut auparavant. J’aime dans cette toile le "sfumato", ce léger flou, qui estompe les traits des personnages pour mieux intégrer les corps dans le paysage. Les tons bleus pour l’arrière plan renforcent l’impression de lointain.
 
 
 
 
Le Louvre-Lens permet également de se faire une idée de la grande rivalité qui opposait Michel-Ange et Léonard de Vinci. Pour le peintre de la chapelle Sixtine, Vinci n’était qu’un simple dessinateur, alors que lui considérait qu'il s’attaquait au contraire à des choses autrement plus difficiles, à savoir la sculpture. Michel-Ange jugeait que le dessin n’était fait que pour les "faibles et les femmes". C’est pourtant bien un dessin de Michel-Ange, une étude pour David, qui est exposé ici, et me laisse très admiratif.
 
 
 
Ce livre montre que l’anatomie, qui fait l’objet d’un intérêt croissant pendant la Renaissance, se mêle alors avec l’art. À ce moment, les dissections de corps humain intéressent autant les médecins que les artistes, même si cette pratique reste condamnée. Les connaissances en anatomie se diffusent par ailleurs grâce à l’invention de l’imprimerie.
 
 
Voici un autre ouvrage qui m’a interpellé. Le graveur allemand Albrecht Dürer avait compris qu’au lieu de cacher ses connaissances, il fallait les partager avec le monde entier. C'est ce qu’il fait dans ce livre, où il explique ses techniques artistiques. Pour être accessible, le maître de Nuremberg écrit en allemand et non pas en latin. Je suis également marqué par le fait qu’il signe ses œuvres de ses initiales, un vrai copyright avant l’heure, qui lui permettra d’ailleurs de gagner ses procès contre les contrefaçons venues d’Italie.
 
 
 
Enfin, le Louvre-Lens m’a séduit car, comme au musée du Quai Branly à Paris, les réserves du musée sont visibles. Mieux encore, deux fois par jour, 17 personnes sont invitées à les parcourir.
 
"Les visiteurs du musée avec leurs audioguides m'évoquent ceux de Disneyland avec leurs oreilles de Mickey"
 
En conclusion, cette visite m’a emballé. Le musée du Louvre à Lens est une belle réussite. On pouvait craindre un Louvre de seconde zone. Il n’en est rien. La qualité et l’exigence sont au rendez-vous. L’art s’ouvre au plus grand nombre et c’est tant mieux.
 
J’apporterai toutefois quelques nuances. Le succès de fréquentation des expositions a un effet pervers et les couloirs des musées sont bondés. Par ailleurs, de plus en plus de visiteurs ont recours à des audioguides, appareils auditifs qui fournissent des explications sur certaines œuvres. Voir toutes ces personnes déambuler avec leurs écouteurs m’évoque les visiteurs de Disneyland qui portent eux, des oreilles de Mickey sur la tête ! Je regrette quelque peu que l’on veuille tout expliquer, car selon moi, l’art doit être avant tout une émotion, un ressenti. Mais que faut-il préférer ? Des musées abandonnés et déserts, ou bien des lieux plein de vie, qui font l’effort d’aller vers les gens et leur donnent des éléments de réponse ? Entre élitisme et parc d’attraction, la bonne mesure reste difficile à trouver. 
 
La vidéo promotionnelle annonçant l'ouverture du Louvre-Lens
 
 

Commentaires

louvre-Lens

bravo tout d'abord pour la qualité photographique et la présentation des oeuvres. Je suis moi-même allé le 9 décembre dernier à Lens et c'était la ruée vers l'art. Beaucoup de jeunes vraiment, des familles, des anciens comme moi aussi bien sûr et surtout une vraie ferveur associée à une vraie fierté. J'ai même réussi à féliciter les membres du cabinet d'architecture SANAA, des Japonais en l'occurence et je n'ai guère vu d'appareil collé aux oreilles des gens et quand bien même, car ils étaient heureux. Bravo à tous ceux et toutes celles qui ont oeuvré à la réalisation de ce bijou, laissez-lui voulez-vous le temps de briller de tous ses feux.



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