La guerre des propagandes étrangle l’information sur le conflit syrien

Face caméra, un activiste interroge une femme, qui paraît mourante, sur l'identité de ceux qui l'ont attaquée.
 
Un an et neuf mois après le déclenchement de la contestation en Syrie, le paysage médiatique du pays est plus verrouillé que jamais. Les techniques de propagande utilisées par les médias d’État sont désormais adoptées par l’opposition, rendant de plus en plus difficile le travail des journalistes, sur place comme sur le Web.
 
Le régime de Bachar al-Assad, pionnier de la manipulation
 
Pour l’État syrien, il n’y a jamais eu de mouvement de contestation populaire dans le pays. En mars 2011, lorsque les manifestations ont commencé à Deraa, berceau de la contestation situé au sud du pays, le gouvernement parlait déjà de "fauteurs de trouble".
 
Immédiatement, une bataille de l’information était engagée. Les manifestants postaient sur les réseaux sociaux des vidéos amateurs de la répression de leurs rassemblements pacifiques et les médias publics tentaient de discréditer ces témoignages en affirmant que ces vidéos avaient été filmées en Irak ou au Liban. Une stratégie de manipulation rapidement utilisée par les responsables syriens eux-mêmes alors qu’ils font la promotion de leur "lutte contre le terrorisme". Lors d’une conférence de presse en novembre 2011, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Mouallem, présente des vidéos tournées au Liban comme les preuves "des crimes commis par ces groupes terroristes [en Syrie]".
 
Et récemment, il semblerait que le camp de Bachar al-Assad soit allé encore plus loin en relayant une vidéo présentée comme la preuve de l’enlèvement d’un journaliste américain sur le sol syrien par un groupe djihadiste proche d’Al-Qaïda. Une vidéo dont de nombreux éléments portent à croire qu’il s’agit d’une mise en scène orchestrée par le pouvoir. 
 
Des activistes de moins en moins indépendants
 
 Si, au début de la contestation, l’opposition utilise également des montages vidéo, par exemple pour faire croire à des désertions massives dans les rangs de l’armée régulière, ces manipulations restent rares rapportées au nombre d’images amateurs qui sortent de Syrie. La plupart des activistes partent encore sur le terrain de façon indépendante. Ils filment des images de manifestation et de répression qu’ils mettent en ligne sur YouTube sur des comptes personnels et le matériel dont ils disposent est des plus basiques. Pour convaincre de leur bonne foi, certains vont jusqu’à aider les journalistes basés à l’étranger à vérifier les images, en donnant des indications de temps et de lieux.
 
Plus de discussions possibles sur les réseaux sociaux, les comités révolutionnaires donnent des réponses préparées
 
Mais à mesure que le conflit se durcit, le discours de l’opposition évolue. Depuis cet été, leur communication est verrouillée par des "bureaux de communication militaires" : des cellules médiatiques qui regroupent des activistes qui suivent l’Armée syrienne libre (ASL) et filment ses opérations au plus près. Il n’est plus permis aux journalistes étrangers d’être en contact direct avec les caméramans. Dans ces structures, seuls les porte-parole des bureaux militaires sont habilités à communiquer. 
 
Les porte-parole des comités révolutionnaires se multiplient également. Désormais, la plupart des personnes encore présentes en Syrie et sur le Net font partie de ces formations qui rédigent des rapports quotidiens sur ce qui se passe dans leur ville. Elles ont leur page Facebook, leur chaîne YouTube et leur fil de discussion sur Skype, où les journalistes sont invités à poser leurs questions. Les réponses données sont soigneusement préparées à l’avance et servies d’un bloc aux journalistes. Ces comités bénéficient également de connexions satellitaires et de moyens de montage.
 
Dans l'hôpital de Houla, le 11 décembre, après la mort de plusieurs civils alaouites attribuée par les rebelles aux miliciens à la solde de Bachar al-Assad.
 
Le contenu des vidéos a changé lui aussi. Témoins dans un premier temps, les activistes se mettent en scène sur des enregistrements de plus en plus longs. Face caméra, ils apostrophent leurs destinataires et donnent leur version des faits. Certains n’hésitent d’ailleurs plus à instrumentaliser des victimes au bord de l’agonie comme ci-dessous.
 
Cette vidéo a été filmée après la mort de plusieurs civils alaouites dont des femmes et des enfants à Akrab, près de Houla, dans l’ouest du pays. L’activiste explique que les victimes ont été utilisées comme bouclier humain par les "chabbihas" (les milices pro régime) avant d’être libérées par l’ASL. Il s’adresse ensuite à une survivante dont on entend à peine la voix. À la 25e seconde, il lui demande son nom de famille puis l’interroge : "Qui vous a tués ?" Elle répond : "Notre clan".
 
Ces méthodes ne sont pas sans rappeler un reportage diffusé sur une télévision syrienne privée dans lequel une journaliste tend le micro à une vieille dame agonisante allongée dans un cimetière. 
 
"Quand 10 personnes meurent, l’opposition vous parle de 100 et les médias d’État n’en parlent pas"
 
La généralisation des méthodes propagandistes rend la tâche difficile aux organisations internationales qui travaillent sur le dossier syrien. Parmi elles, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) basé en Royaume-Uni, est au premier plan, ses bilans chiffrés des victimes étant la principale source des médias à l’étranger. Rami Abderrahmane, président de l’OSDH :
 
 
Quand 10 personnes meurent, l’opposition vous parle de 100 et les médias d’État n’en parlent pas. Les comités révolutionnaires ne se rendent pas compte qu’ils se discréditent autant que le régime en gonflant ainsi les chiffres. 
 
L’existence de l’OSDH est antérieure à la guerre en Syrie. La présence de nos militants, aujourd’hui au nombre de 230, date de 2006. Ce sont des personnes dont on a éprouvé la fiabilité. Lorsque les membres de l’OSDH ne sont pas présents sur les lieux, nous recoupons les informations qui nous parviennent pour rédiger nos rapports. Quant au nombre de victimes, nous demandons les noms et dans la mesure du possible les vidéos qui témoignent des violences. Il arrive que l’OSDH ne communique pas sur certains évènements quand nous ne sommes pas en mesure de vérifier la véracité des faits rapportés.
 
Dans la situation actuelle, un décompte fidèle du nombre de victimes est quasiment impossible. Malgré cela l’OSDH avance un bilan de plus de 43 000 morts tous bords confondus.
 
" Sur le terrain, nous sommes totalement dépendants de la rébellion"
 
Au vu de ces difficultés, être sur le terrain pourrait être considéré comme l’unique moyen d’avoir accès à une information objective. Mais depuis le début du conflit, les autorités syriennes ont refusé à la plupart des journalistes étrangers de se rendre sur place. C’est donc grâce à l’ASL, que les reporters passent la frontière du pays. Une aide qui n’est pas désintéressée.
 
Karim Hakiki, grand reporter de France 24, s’est rendu en Syrie en février dernier :
 
Vu les risques du terrain, nous dépendons de la rébellion pour nos déplacements, notre protection mais aussi pour le contact avec la population. Il est impossible de se rendre dans un endroit sans l’aval et l’encadrement de l’ASL. Lorsque nous recueillons des témoignages, il y a toujours un membre d’une katiba qui se tient à côté de nous. Leur présence peut mettre en confiance certains habitants, mais nous ne pouvons pas travailler de manière indépendante, chose que j’ai tenu à souligner dans les reportages tournés là-bas. Et filmer du côté des pro-Assad, pour équilibrer les points de vue, demeure impossible. Le gouvernement refuse toujours de nous donner des visas.
 
Dans ce contexte, l'enjeu pour les journalistes est d'essayer, autant que faire se peut, de contourner ces réseaux  de d'information organisés et d'accèder à des sources indépendantes à l'intérieur même du pays.
 
Contributeurs
 Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.

Commentaires

Quoi d'etonnant ???

Envoyez vos équipe sur le terrain comme ca se faisait au temps du vrai journalisme et comme ca vousn'aurez plus a accusez de tout et n'importe quoi les seule sources existente sur le terrain.
On en a marre de vos envoyez speciaux qui ne bougent pas de leur hotel au liban ou en jordanie ou turquie pourqu'ensuite vous veniez faire votre cinéma contre les journaliste revolutionnaire parcequ'ils ne sont pas obljectif alors qu'ils n'ont pas a l'être du tout une seule seconde a la différence de vous..
Assumez votre incapacité a prendre les risque que demande le travaille de journaliste si vous êtes honnête au lieu d'accuser les autres de ne pas faire votre travaille pour lequel vous êtes, vous, payé (et pas eux)

Allez-vous diffusez mes critiques ou allez plutot me censurer par faute de réponse a ces critiques légitime ?

200 % d'accord avec vous.

200 % d'accord avec vous. Tout est dit !

PROPANGANDE DES ENEMIES DE LA SYRIE

UNE PRESSE AU SERVICE DES COLONS, DIVISEES POUR MIEUX REGNER TIENT BON SON EXCELLENCE ASSAD LE MONDE LIBRE EST AVEC TOI.



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