Autour des corps, il y avait encore des gens qui se baladaient avec des bouteilles d’alcool à la main. [Un autre témoin rapporte que certaines personnes se trouvant sur les lieux étaient droguées.] En arrivant, une jeune fille nous a dit : "Vous voulez que je vous montre ce qu’on va faire aux bandits qui viennent ici ?". Un autre fille a insisté "Oui vas-y, montre-leur !" et sous l’influence de tout le groupe, la première a mordu dans un morceau de chair humaine calcinée [On voit cette scène dans la vidéo récupérée par FRANCE 24.]
On avait déjà entendu, sur la route, que des gens avaient fait ce genre de chose. Sur place, les gens ne parlaient que de ça, du fait que des habitants en furie avaient mangé des morceaux de cadavres pendant la nuit [il n’existe pas d’images pour étayer ces témoignages, mais celles récupérées par FRANCE 24 montrent que les cadavres ont été dépecés]. Et ce n’est pas la première fois que ça arrive après un lynchage.
"Les habitants nous ont expliqué qu’ils ne croyaient pas en la justice"
Les gens sont dans un véritable état de panique à Goma, notamment depuis que plus d’un millier de prisonniers s’est évadé de la prison centrale de Munzenze pendant la prise de la ville par les rebelles du M23.
La prison de Munzenze. Photo : Charly Kasereka.
Les habitants nous ont expliqué qu’ils ne croyaient pas en la justice. Ils considèrent que s’ils ne s’occupent pas eux-mêmes des présumés bandits, rien ne les arrêtera. Le nombre d’actes de banditisme, notamment les attaques de domiciles, a beaucoup augmenté. Les habitants ne voient plus d’autre solution que cette justice populaire. En moins de deux semaines, j’ai répertorié neuf cas de voleurs lynchés à mort. Et il suffit d’un simple soupçon pour que les choses dérapent. [D’après la journaliste Maria Malagardis du journal "Libération", qui s’est rendue à Goma, le chef traditionnel du quartier Majengo a affirmé que parmi les victimes du lynchage du 2 décembre se trouvait un "innocent qui se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment ".]
Les images de la scène ont été diffusées sans floutage sur les deux chaînes locales de Goma, NishapiTV et Hope Channel. Les gens ont été très choqués qu’on puisse laisser passer de telles choses sans prendre de précautions et prévenir le public.
Ces derniers jours, le gouverneur s’est exprimé plusieurs fois à la radio pour calmer les esprits. Il a voulu rappeler aux habitants qu’ils ne pouvaient pas se faire justice eux-mêmes. Mais les gens ne l’écouteront pas.
Commentaires
Horrifiant!!!!
Submitted by Ip Boy (non vérifié) on mer, 19/12/2012 - 17:36.Je ne vois pas ce qu'on en tire comme fierté de ce type de justice sommaire. Je suis désolé pour le continent, pour ne pas dire cette partie du continent qui s'illustre tristement par la guerre de prédation (au vu et au su de tous) imposée par ses voisins adoubés par les puissances occidentales; avec son corollaire de refugiés, de femmes et filles violées, de famine, de paupérisation des masses dans une zone incroyablement riche. Fasse Dieu qu'un jour, les Africains comprennent que ce qui les sépare n'est rien comparé à ce qui les unit.
réaction
Submitted by FOUPOUAGNIGNI moktar Ibrahim (non vérifié) on jeu, 13/12/2012 - 19:54.eh oui!!bien que les autorités parlent et reparlent que les populations ne peuvent pas se faire justice elles-mêmes, ce qui est sûr et certain, cela va continuer tant qu'il y aura des bandits, des malfrats saisis!!!En tout cas, çà se passe comme çà dans tout le monde entier!!!
Oui !!!!! C'est comme ça.
Submitted by Altobert on mer, 19/12/2012 - 17:42.Les journalistes ont l'air étonnés, offusqués mais en fait chers Messieurs c'est comme ça en Afrique, des cas de cannibalismes sont peu connus PAR LES OCCIDENTAUX, mais ce qui connaissent bien l'Afrique ne seront certes pas étonnés. En tout cas, je ne le suis pas. Lors de certaines guerres tribales, les vainqueurs bouffés ( par exemple) le Maire, enfin celui qui occupé cette fonction, découpé en tranche et vendu sur le marché. Sympa non !!!!!