J’ai sillonné deux quartiers avec ma camera et mon balai pour voir qui participait. C’était incroyable le monde qu’il y avait. Des hommes, des femmes, des riches, des pauvres, des étudiants et des éléments de l’armée. Des soldats ont posé leurs armes au sol pour prendre des balais. Certains ont même planté des arbres et dessiné des fresques murales. C’était génial !
C’est la première fois que je sens que les Yéménites sont d’accord sur quelque chose : embellir leur capitale qui a été négligée sous la présidence d’Ali Abdallah Saleh. En 2011, avant qu’il ne quitte le pouvoir, les Yéménites étaient divisés entre les pros et les anti-régime. Ces divisions sont encore bien présentes, mais cette campagne a réussi à tous nous rassembler. Le maire a été malin, il avait placardé des affiches avec des docteurs ou des ouvriers qui disait "Je suis ‘untel’ et je participe au nettoyage". Il y avait même des affiches avec les leaders de différents partis politiques. Le message implicite de rassemblement a donc été bien reçu.
“Je portais aussi une pancarte pour demander que les éboueurs obtiennent de meilleurs salaires”
Le plus émouvant, ça a été de voir les citoyens d’un pays où il y a tellement d’armes les poser pour prendre des balais et des pinceaux. [Le Yémen est le
deuxième pays du monde, après les Etats-Unis, en nombre d’armes par habitant.] J’étais fière de mon pays.
Si j’ai d’abord hésité à participer, c’est parce que les éboueurs
luttent depuis plus d’un an pour obtenir une augmentation de salaire. Or, la ville a préféré dépenser de grosses sommes d’argent dans la promotion de cet évènement et dans les équipements. [La ville aurait distribué aux bénévoles 200 000 chapeaux et 300 000 balais ainsi que des gants décorés avec le slogan]. J’ai finalement décidé de prendre mon propre balai. Et je portais aussi une pancarte pour demander qu’ils obtiennent de meilleurs salaires. Car demain, eux, seront encore dans la rue pour nettoyer. On ne doit pas les oublier.