Qui est le Front Al-Nosra, ce compagnon d’armes djihadiste de l’ASL ?

Capture d'écran d'une vidéo annonçant une opération kamikaze, postée par une chaîne YouTube qui se réclame du Front Al-Nosra. Le drapeau noir porte la mention "Il n'y a de divinité que Dieu et Mohamed est son prophète" et le nom du groupe armé.
 
Après sa participation à plusieurs attaques récentes contre les forces de l’armée régulière syrienne, dont des attentats-suicides, le groupe djihadiste du Front Al-Nosra (Jabhat Al-Nosra) a été inscrit sur la liste des "organisations terroristes étrangères" par les autorités américaines. Cette brigade islamiste aux méthodes contestées collabore pourtant avec la rébellion syrienne, soutenue, elle, par la communauté internationale.
 
Le nom Front Al-Nosra est d’abord apparu en janvier 2012. Après que des attaques ont été perpétrées contre des positions de l’armée de Bachar al-Assad dans la région d’Idlib, près de la frontière turque, un enregistrement de propagande avait été diffusé sur Internet. Sur des images des attaques, un membre du mouvement annonçait la formation du groupe et appelait au djihad (la guerre sainte).
 
Vidéo qui fait la propagande du Front Al-Nosra.
 
Abou Mohamed Al Joulani, porte-parole du Front Al-Nosra, n’apparaît jamais dans ces vidéos mais communique par enregistrements audio. Nos Observateurs affirment que les membres du Front évitent le contact avec les médias pour des raisons stratégiques. Ils souhaitent donner à leur ennemi le moins d’informations possibles sur leur compte.
 
Toujours au mois de janvier 2012, Ayman Al-Zaouahiri, chef du réseau terroriste Al-Qaïda, choisit aussi d’appeler au djihad en Syrie. Un hasard de calendrier qui a poussé certains, notamment les autorités américaines, à affirmer que le Front Al-Nosra était une cellule d’Al-Qaïda en Syrie.
 
Le 17 mars 2012, la capitale Damas est secouée par un double attentat à la voiture piégée qui fait 27 morts parmi lesquels des civils, le premier d’une longue série. Quelques jours plus tard, l’attaque est revendiquée par le Front Al-Nosra. Mais l’opposition syrienne est sceptique. Elle dénonce alors un complot fomenté par les autorités pour justifier sa répression contre la rébellion qualifiée depuis le départ de "groupes terroristes".
 
Au mois d’août, les combats entre rebelles et armée régulière atteignent Alep, deuxième ville et poumon économique de la Syrie. Dès lors, les opérations du Front Al-Nosra se concentrent sur la ville et sa présence sur le terrain est avérée. Le dernier fait d’armes de ses combattants est la prise de la base de Cheikh Souleimane, dernière grande garnison de l'armée syrienne dans la région d'Alep.
Contributeurs

"Nous sommes prêts à travailler avec n’importe quel groupe qui prend les armes contre Bachar Al-Assad"

Bachir Al Hajji est chef d’une section de la brigade de l’Union dans l’islam (Liwa’ Attawhid), qui réunit les groupes armés de l’ASL dans la région d’Alep.
 
L’apparition du Front Al-Nosra dans la région date d’il y a à peu près quatre mois, lorsque nous sommes entrés dans la ville d’Alep. Comme ils se définissent eux-mêmes comme djihadistes, nous évitions au début d’être en contact avec eux, car cela risquait de desservir notre cause [ D’après FRANCE 24, des djihadistes sont présents dans des brigades de l’ASL au moins depuis le mois d'août 2012, ndlr ]. Mais après avoir attendu, en vain, le soutien de la communauté arabe et internationale, nous étions prêts à travailler avec n’importe quel groupe qui prendrait les armes contre Bachar Al-Assad.
 
"On dit que ce sont des étrangers mais la plupart sont des Syriens appartenant à la mouvance islamiste"
 
Depuis,  nous collaborons régulièrement avec ses combattants pour faire face à l’armée de Bachar Al-Assad et libérer la ville d’Alep [Ce fut notamment le cas lors de la dernière opération qui a opposé la rébellion à l’armée régulière de Bachar al-Assad à Cheikh Suleimane, près d’Alep. Selon un activiste présent dans la zone, ce sont les combattants du Front Al-Nosra qui ont mené l’assaut contre les forces régulières en coordination avec les soldats de l’ASL qui assuraient à l’arrière la couverture anti-aérienne, ndlr].
 
Beaucoup disent que ce sont tous des djihadistes étrangers. J’ai moi-même combattu à leurs côtés dernièrement et il est vrai qu’il y a des Irakiens ou des Koweïtiens. Il y avait même un Allemand converti à l’islam. Mais la plupart sont des Syriens appartenant à la mouvance islamiste.
 
Le Front Al-Nosra est un groupe indépendant qui ne répond pas au commandement de l’ASL. Il n’y a pas non plus de commandement commun mais simplement une coordination entre eux et la plupart des brigades de l’Armée syrienne libre à Alep.
 Vidéo des rebelles armés en train de fêter leur victoire après avoir pris le contrôle de la base de Cheikh Suleimane.


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