Dans les montagnes de Kabylie, face à la pénurie d’eau : "se laver ou faire la cuisine est devenu un luxe"

Attente pour s'approvisionner en eau à l'une des fontaines naturelles de la région, août 2012. Photo : Kamel Kaci.
 
La région montagneuse de Bouzeguène, située en Kabylie entre Tizi Ouzou et Bejaïa, fait face à une pénurie d’eau. Un phénomène récurrent qui exaspère les habitants. Notre Observateur dénonce un réseau de tuyaux obsolètes et la mauvaise gestion de l’Algérienne des Eaux (ADE), l’entreprise publique gérant la distribution.
 
Bouzeguène est le point névralgique de la desserte en eau de plusieurs dizaines de villages alentour. Un château d’eau de 1 500 mètres cube y a été construit, lequel redistribue l’eau aux localités voisines, alimentées par des châteaux d’eau nettement plus petits. Mais selon notre Observateur, le réseau de tuyauterie qui doit remplir le grand château est percé en de nombreux endroits, ralentissant son approvisionnement, et réduisant drastiquement les quantités d’eau acheminées vers certains villages.
 
Kamel Kaci
Un tracteur tirant une citerne, en route pour s'approvisionner à une fontaine naturelle.
Contributeurs

"Se laver ou faire la cuisine est devenu un luxe"

Kamel Kaci est un professeur de français à la retraite qui vit à Bouzeguène.
 
Les tuyaux qui constituent le réseau installé au milieu des années 2000 fuient de toutes parts. Pourtant, ce réseau devait remplacer l’ancien, devenu totalement inefficace, car beaucoup de consommateurs avaient percé les tuyaux pour y relier directement leur maison sans avoir à payer. On n’a pas de preuve, mais on soupçonne que les actuelles fuites résultent de nouveaux actes de sabotage.
 
Par ailleurs, le nouveau réseau n’est pas achevé : en certains endroits, parfois dans le dernier virage avant l’entrée d’un village, les canalisations sont interrompues. Pourquoi ? C’est inexplicable. Cette négligence est en partie imputable à l’Algérienne des Eaux et aux entreprises qui doivent gérer la construction. Les techniciens de l’ADE essayent de réparer les trous mais ne savent plus où donner de la tête. [Contactée par FRANCE 24, l’ADE n’a pas encore répondu à notre demande.]
 
En conséquence, il est très compliqué de remplir les châteaux d’eau. C’est particulièrement difficile pendant les six mois de sécheresse en été. Du coup, le système D se développe. Certains ont acheté des citernes, qu’ils fixent sur des remorques. Ils vont les remplir à des fontaines naturelles, puis redistribuent l’eau dans les villages, mais cela coûte bien plus cher. D’autres vont remplir directement des récipients à ces fontaines, mais il y a souvent la queue et ça prend du temps.
Kamel Kaci
Attente pour s'approvisionner en eau à l'une des fontaines naturelles, en août 2012.
 
"Des fois, l’eau se remet à couler à 3 heures du matin, il faut se lever pour la stocker"
 
Pour ma part, comme d’autres, j’ai acheté une citerne de 1 800 litres pour ma maison. Je les remplis avec l’eau du robinet quand elle veut bien couler, soit à peu près tous les dix jours, des fois, elle se remet à couler à 3 heures du matin, il faut se lever pour la stocker. Pour ne pas manquer ce moment, je laisse la vanne ouverte pour que le bruit de l’eau qui coule me réveille. En plus de ma citerne, je remplis tout ce qui peut contenir du liquide : des bidons, des jerricans, même des verres ! Mais même si je stocke l’équivalent de trois citernes, ce n’est parfois pas suffisant : se laver ou faire la cuisine est devenu un luxe. Et forcément, on n’a pas de quoi nettoyer les toilettes et les caniveaux.
 
La région de Bouzeguène n’est pas la seule à faire face à cette pénurie. En été, des quartiers entiers de Michelet ou Tizi Ouzou sont dans la même situation. Aux dernières élections locales, les candidats aux mairies ont promis de prendre le problème à bras le corps. Mais pour moi le bout du tunnel est encore très loin.
 


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