La police égyptienne tente de soigner son image auprès des manifestants

Des manifestants acclament les policiers. Capture d'écran d'une vidéo tournée mardi soir par Mazen Saïd.
 
Rare scène de fraternisation au Caire entre policiers et manifestants, mardi 4 décembre au soir, lors d’un rassemblement d’opposants qui protestaient contre le décret élargissant les prérogatives du président égyptien, Mohamed Morsi. Des manifestants ont chaudement applaudi les forces anti-émeutes et même porté un officier en triomphe sur leurs épaules quand la police a annoncé son retrait des abords du palais présidentiel où ils étaient rassemblés.
  
La police anti-émeutes a d’abord barré la route aux centaines de manifestants - qui avaient réussi à couper des fils barbelés installés à une centaine de mètres du palais présidentiel – en faisant usage de gaz lacrymogènes.
 
Mais après la sortie d’un convoi de voitures dans lequel se trouvait, selon les manifestants, le chef de l'État, les forces de l’ordre ont sonné le retrait des troupes, suscitant une vague de sympathie parmi les protestataires. Depuis, les vidéos de manifestants ovationnant ou embrassant des policiers fait le tour des réseaux sociaux.
 
Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, le ministère de l’Intérieur a affirmé que le retrait des forces de police des abords du palais présidentiel, "afin d’éviter tout accrochage" avec les manifestants,  était une décision "juste à 100 %", qui "démontre que la manière de penser du  ministre Ahmed Djamel est totalement différente de celle de son prédécesseur Habib al-Adli [ministre de l’Intérieur de Hosni Moubarak]".
 
L’opposition égyptienne réclame l'abrogation du décret par lequel Mohamed Morsi s'est octroyé unilatéralement des pouvoirs élargis le 22 novembre. Elle exige également l'annulation du référendum organisé le 15 décembre pour valider la nouvelle Constitution. 
 
Sur cette vidéo tournée par notre Observateur des manifestants applaudissent des éléments de la police anti-émeutes alors qu’ils quittent le quartier du palais présidentiel, tandis que d’autres les saluent en agitant des drapeaux égyptiens.
Contributeurs

"La police égyptienne n’a pas changé pour autant"

Ragi Hanna, blogueur, a participé à la manifestation de mardi contre le président Mohamed Morsi.
  
J’étais sur les lieux entre 18h et 19h30. La police lançait à la chaîne des gaz lacrymogènes contre les manifestants qui tentaient de couper les fils barbelés pour accéder au bâtiment de la présidence. Plusieurs personnes, y compris moi, ont été blessées.
 
Mais dès que Morsi a pris la fuite [un responsable de la sécurité a affirmé que 'le président de la République a quitté le palais d'Ittihadiya à l'heure prévue après la fin des rendez-vous officiels', sous-entendu qu’il ne s’agissait pas d’une fuite], les policiers ont changé d’attitude. Les tirs ont cessé et j’ai vu un des officiers s’adresser ainsi à la foule : 'Ne vous inquiétez pas, nous sommes avec vous. Personne ne va vous frapper. Vous avez le droit de vous exprimer librement'.
 
La plupart des forces anti-émeutes ont quitté les lieux à pieds, abandonnant même quelques camions ce qui a suscité la sympathie de nombre de manifestants. Certains scandaient : 'La police et le peuple, main dans la main', d’autres en ont profité pour récupérer les gaz lacrymogènes qui se trouvaient dans les fourgons.
 
"Le président a tout intérêt à empêcher que la situation ne dégénère, car cela donnerait un prétexte à l’armée pour reprendre la main"
 
Malgré le retrait de la police, aucun manifestant n’a pu pénétrer dans le palais. Ceux qui tentaient d’escalader ses murs étaient repoussés par des tirs de sommation venant de l’intérieur du bâtiment. L’ambiance restait toutefois tendue.
  
La police a effectué un repli stratégique parce qu’elle n’avait plus aucune raison d’empêcher les manifestants de s’approcher du palais après le départ de Mohamed Morsi. Je ne crois pas que la police égyptienne, qui a semé la terreur pendant la révolution, ait changé. En revanche, elle a acquis de l’expérience et joue l’apaisement car elle sait que l’usage excessif de la violence ne servira qu’à amplifier le mouvement et renforcer l’hostilité des Égyptiens envers le président. Ce dernier a tout intérêt à empêcher que la situation ne dégénère, car cela donnerait un prétexte à l’armée pour reprendre la main. 
  


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