J’étais sur les lieux entre 18h et 19h30. La police lançait à la chaîne des gaz lacrymogènes contre les manifestants qui tentaient de couper les fils barbelés pour accéder au bâtiment de la présidence. Plusieurs personnes, y compris moi, ont été blessées.
Mais dès que Morsi a pris la fuite [un responsable de la sécurité a affirmé que 'le président de la République a quitté le palais d'Ittihadiya à l'heure prévue après la fin des rendez-vous officiels', sous-entendu qu’il ne s’agissait pas d’une fuite], les policiers ont changé d’attitude. Les tirs ont cessé et j’ai vu un des officiers s’adresser ainsi à la foule : 'Ne vous inquiétez pas, nous sommes avec vous. Personne ne va vous frapper. Vous avez le droit de vous exprimer librement'.
La plupart des forces anti-émeutes ont quitté les lieux à pieds, abandonnant même quelques camions ce qui a suscité la sympathie de nombre de manifestants. Certains scandaient : 'La police et le peuple, main dans la main', d’autres en ont profité pour récupérer les gaz lacrymogènes qui se trouvaient dans les fourgons.
"Le président a tout intérêt à empêcher que la situation ne dégénère, car cela donnerait un prétexte à l’armée pour reprendre la main"
Malgré le retrait de la police, aucun manifestant n’a pu pénétrer dans le palais. Ceux qui tentaient d’escalader ses murs étaient repoussés par des tirs de sommation venant de l’intérieur du bâtiment. L’ambiance restait toutefois tendue.
La police a effectué un repli stratégique parce qu’elle n’avait plus aucune raison d’empêcher les manifestants de s’approcher du palais après le départ de Mohamed Morsi. Je ne crois pas que la police égyptienne, qui a semé la terreur pendant la révolution, ait changé. En revanche, elle a acquis de l’expérience et joue l’apaisement car elle sait que l’usage excessif de la violence ne servira qu’à amplifier le mouvement et renforcer l’hostilité des Égyptiens envers le président. Ce dernier a tout intérêt à empêcher que la situation ne dégénère, car cela donnerait un prétexte à l’armée pour reprendre la main.