Négociations sur le Mali au Burkina Faso : "les responsables du MNLA et d’Ansar Dine plaisantent ensemble"

Des responsables du gouvernement malien, du MNLA et d'Ansar Dine discutent en marge de la réunion à Ouagadougou.
 
Neuf mois après le déclenchement de la crise au Mali, le président burkinabé Blaise Compaoré a reçu mardi pour la première fois ensemble les représentants d’Ansar Dine, du MNLA et du gouvernement transitoire malien pour ouvrir un dialogue sur la situation au nord du pays. Si les positions officielles laissent présager d’une mission complexe, notre Observateur explique que la proximité culturelle entre MNLA et Ansar Dine est un facteur clé dans la réussite de cette négociation.
 
Sur le papier, les velléités des trois parties semblent contradictoires. D’un côté, le Mouvement national pour la Libération de l’Azawad, groupe touareg et laïc armé, revendique la création, dans la région de l’Azawad, d’un État touareg indépendant, ou tout au moins, d’une région largement autonome. Battu militairement par les islamistes, il reste un acteur clé. Une revendication que ne partage pas Ansar Dine, un des trois groupes islamistes qui contrôlent le nord du Mali, avec Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), et qui veut avant tout établir la charia dans le Nord. Enfin, à Bamako, le gouvernement de Dioncounda Traoré n’a de cesse de rappeler "l’indivisibilité" du pays, et tente de reprendre contrôle sur la moitié de son territoire, sans succès.
 
Deux représentants du MNLA discutent en bas de l'hôtel Libya.Assan Midal
 
Les trois parties n’ont à priori aucune envie de discuter. Ansar Dine accuse Bamako d'attaquer des camps nomades dans la moitié nord du Mali. Et officiellement, le MNLA qualifie Ansar Dine de "groupe terroriste". Mais, selon notre Observateur, les contacts entre ces deux groupes existent. Ils s’étaient d’ailleurs alliés un temps, avant de se brouiller à nouveau. Une proximité qui peut laisser penser qu’un accord bipartite est possible.
 
Deux représentants touaregs à l'hôtel Libya.Assan Midal
 
Contributeurs

"Les membres du MNLA et d’Ansar Dine parlent de leur culture touareg et plaisantent ensemble"

Assan Ag Midal est observateur pour le MNLA à l’hôtel Libya de Ouagadougou, où se tient la rencontre tripartite sous l’égide de Blaise Compaoré.
 
 
Je suis arrivé à Ouagadougou vendredi. En tant qu’observateur pour le MNLA, je ne participe pas aux négociations, mais je loge dans l’hôtel Libya avec tous les représentants des trois parties.
 
Forcément, avant le début des discussions, ils ont été amenés à se croiser. Les membres du MNLA sont touaregs et c’est aussi le cas de beaucoup des responsables d’Ansar Dine. Du coup, cela facilite les contacts : on sait ce qui nous oppose concernant l’avenir de l’Azawad, mais on ne l’évoque pas dans ce genre de moments. On se salue, on parle de nos villages, de nos familles, de la culture touareg et on plaisante ensemble. Nous nous connaissons souvent depuis des années, d’autant plus que des membres d’Ansar Dine sont d’anciens du MNLA et inversement. Nous avons aussi croisé des membres du gouvernement malien, mais les échanges se sont limités à des formules de politesse.
 
Des responsables du gouvernement malien, du MNLA et d'Ansar Dine discutent en marge de la réunion à Ouagadougou.Assan Midal
 
"Les deux groupes pourraient donc convenir d’une application partielle de la charia"
 
Cette proximité entre le MNLA et Ansar Dine me donne bon espoir de trouver un compromis entre les deux parties. Ansar Dine ne renoncera pas à la charia, mais mon sentiment, c’est que la population de l’Azawad ne veut pas d’un islam radical. Les deux groupes pourraient donc convenir d’une application partielle de la charia, qui n’inclurait pas les sanctions physiques violentes comme le fait de couper les mains des voleurs. Certes, nous avons subi des défaites militaires en Azawad et nous ne disposons pas de base fixe dans la région. Mais selon moi, Ansar Dine sait très bien que la majorité de la population soutient notre position laïque.
 
Certains affirment qu’un moyen de convaincre Ansar Dine serait de leur proposer des responsabilités politiques dans un Azawad autonome, voire indépendant. Si l’on trouve un accord, je pense qu’on l’on pourrait négocier qu’Ansar Dine rompe ses liens avec Aqmi et le Mujao.
 
Enfin, pour moi, le président burkinabé Blaise Compaoré est la bonne personne pour conduire ces négociations. Il connaît bien la région et surtout, il a fait preuve d’impartialité jusqu’ici. Je lui fais plus confiance qu’aux Algériens qui tentent eux aussi en parallèle de trouver une conciliation, mais dont je suis convaincu qu’ils soutiennent avant tout Ansar Dine.
 
 

Commentaires

@AssanMidal C'est du

@AssanMidal C'est du n'importe quoi, "population de l’Azawad", "majorité de la population" vous savez que vous ne représentez personne dans le Nord.



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