Avant qu’il disparaisse, mon père et moi parlions souvent par webcam sur Internet. Mardi soir [mercredi matin pour lui], il m’a dit qu’il avait eu un appel. La personne au bout du fil lui a ordonné de quitter la ville. Il a ajouté qu’ils allaient l’emmener à l’aéroport, ma mère et lui, mais qu’il ne savait pas où. Puis il a dit qu’il devait partir, et il a éteint son ordinateur.
Après ça, je n’ai plus entendu parler de lui jusqu’à mercredi soir. Au téléphone, il m’a dit qu’ils allaient bien, et qu’ils étaient dans une ville chinoise très éloignée de leur domicile. Il avait bon espoir d’être de retour à la maison dans quelques jours. Je sentais qu’il faisait attention à ce qu’il disait, et que la conversation était sur écoute. Il ne m’a pas dit avec qui il était. Depuis, son téléphone est éteint.
Aujourd’hui [jeudi],
un message a été posté avec son pseudonyme sur KDnet [Traduction du message en question ci-dessous : "Je n’ai pas été embarqué par les autorités, contrairement à ce que certains peuvent penser. Je dois gérer une situation d’urgence, et je n’ai pas accès à Internet pendant quelques jours. Ma femme et moi réglons le problème, je vous contacterai après tout ça. Merci de vous soucier de moi".] Mais de quelle urgence parle-t-il ? À mon avis, ou il a cherché à rassurer les gens, ou quelqu’un d’autre a écrit le message pour lui.
"Ils devraient punir les gens qui ne se sont pas occupés de ces enfants, pas mon père"
Je suis très inquiet, cette situation est ridicule. Le gouvernement essaie d’étouffer l’affaire plutôt que de trouver des solutions à la situation des enfants des rues. Je suis sûr qu’il y a plusieurs cas d’enfants qui décèdent de cette façon, mais que ces histoires ne sont jamais révélées. Ils devraient punir les gens qui ne se sont pas occupés de ces enfants, pas mon père qui mériterait d'être récompensé pour oser dénoncer de telles situations.
Je pense que certaines personnes ont eu peur que mon père continue à donner des interviews et plus de détails sur ces enfants : d’autres têtes auraient fini par tomber. Ce n’est pas la première fois qu’il est victime d’intimidations. Il y a trois ans, quand je suis parti pour mes études, les autorités lui ont dit que s’il arrêtait d’écrire, ils lui donneraient un passeport pour venir me voir aux États-Unis. Il a fait des demandes, encore et encore, on lui a toujours refusé. Mais il n’a jamais perdu espoir.