Un journaliste chinois disparaît après avoir publié des photos d’enfants morts dans une poubelle

 
L’histoire a fait grand bruit en Chine : cinq enfants des rues ont été retrouvés morts de froid dans une benne à ordures où ils s’étaient réfugiés. Le journaliste qui a publié les clichés a été forcé de quitter sa région. Son fils pense que les autorités ont cherché à l’éloigner.
 
Li Yuanlong, habitant de la ville de Bijie dans la province de Guizhou (sud-ouest de la Chine), travaillait comme journaliste pour un média local. En 2006, il avait été condamné à deux ans de prison pour avoir écrit un article demandant une véritable démocratie en Chine. Il l’avait publié sur des sites internet étrangers sous le pseudonyme de "Night Wolf". Depuis sa libération, le journaliste faisait profil bas, mais c’est en apprenant que des enfants de son quartier avaient été retrouvés morts dans une benne à ordure vendredi 21 novembre qu’il a repris du service. Li Yuanlong a publié ces photos sur le forum chinois KDnet, et l’histoire a attiré l’attention des médias du monde entier.
 
La benne à ordures dans laquelle cinq cadavres d'enfants ont été retrouvés. Photo prise par Li Yuanlong et postée sur KDnet.
 
Les photos ont provoqué un scandale auprès des internautes qui ont critiqué le système scolaire de la province car les enfants, âgés de 9 à 13 ans, n’allaient plus à l’école depuis trois semaines. Depuis que cette affaire a éclaté, six fonctionnaires ont été licenciés - deux directeurs d’école et quatre membres du gouvernement en charge de l’éducation - dans la province. Deux autres ont été suspendus.
 
Mercredi, un ami de Li Yuanlong s’est inquiété de ne pas avoir de ses nouvelles, il a alors supposé qu’il avait été interpellé par les autorités. Son fils, Li Muzi, qui vit aux Etats-Unis, a confirmé jeudi que son père avait été forcé de quitter sa ville.
 
Un terrain vague où les enfants étaient souvent vus. Photo prise par  Li Yuanlong et postée sur KDnet.
 
Une raquette de badminton qui selon Li Yuanlong appartenait aux enfants. Photo prise par Li Yuanlong et postée sur KDnet.
Contributeurs

"Une personne l’a appelé pour lui ordonner de quitter la ville"

Avant qu’il disparaisse, mon père et moi parlions souvent par webcam sur Internet. Mardi soir [mercredi matin pour lui], il m’a dit qu’il avait eu un appel. La personne au bout du fil lui a ordonné de quitter la ville. Il a ajouté qu’ils allaient l’emmener à l’aéroport, ma mère et lui, mais qu’il ne savait pas où. Puis il a dit qu’il devait partir, et il a éteint son ordinateur.
 
Après ça, je n’ai plus entendu parler de lui jusqu’à mercredi soir. Au téléphone, il m’a dit qu’ils allaient bien, et qu’ils étaient dans une ville chinoise très éloignée de leur domicile. Il avait bon espoir d’être de retour à la maison dans quelques jours. Je sentais qu’il faisait attention à ce qu’il disait, et que la conversation était sur écoute. Il ne m’a pas dit avec qui il était. Depuis, son téléphone est éteint.

Aujourd’hui [jeudi], un message a été posté avec son pseudonyme sur KDnet [Traduction du message en question ci-dessous : "Je n’ai pas été embarqué par les autorités, contrairement à ce que certains peuvent penser. Je dois gérer une situation d’urgence, et je n’ai pas accès à Internet pendant quelques jours. Ma femme et moi réglons le problème, je vous contacterai après tout ça. Merci de vous soucier de moi".] Mais de quelle urgence parle-t-il ? À mon avis, ou il a cherché à rassurer les gens, ou quelqu’un d’autre a écrit le message pour lui.
Le message
 
"Ils devraient punir les gens qui ne se sont pas occupés de ces enfants, pas mon père"
 
Je suis très inquiet, cette situation est ridicule. Le gouvernement essaie d’étouffer l’affaire plutôt que de trouver des solutions à la situation des enfants des rues. Je suis sûr qu’il y a plusieurs cas d’enfants qui décèdent de cette façon, mais que ces histoires ne sont jamais révélées. Ils devraient punir les gens qui ne se sont pas occupés de ces enfants, pas mon père qui mériterait d'être récompensé pour oser dénoncer de telles situations.
 
Je pense que certaines personnes ont eu peur que mon père continue à donner des interviews et plus de détails sur ces enfants : d’autres têtes auraient fini par tomber. Ce n’est pas la première fois qu’il est victime d’intimidations. Il y a trois ans, quand je suis parti pour mes études, les autorités lui ont dit que s’il arrêtait d’écrire, ils lui donneraient un passeport pour venir me voir aux États-Unis. Il a fait des demandes, encore et encore, on lui a toujours refusé. Mais il n’a jamais perdu espoir.
 


Fermer